Deuxième journée, et nous n’avons pas beaucoup dormi… Cependant c’est toujours aussi enthousiaste que nous quittons notre gîte pour rejoindre le site du Hellfest. Kiss est de la fête pour son ultime show en France, et il va falloir ruser pour pouvoir assister au show de Cult Of Luna qui se produira en même temps… Eh oui ! Le Hellfest, c’est aussi ça : des dilemmes, des choix cornéliens et des aller-retour plus sportifs les uns que les autres à mesure que se déroule la journée ! Jugez donc : des concerts de 10h30 à 2h05 du matin… L’Enfer ici a un sérieux goût de Paradis !

Par Hyass et Axl Meu.
Photos : Clotilde Cadart.


Axl (A) : Je commence ma journée sur les chapeaux de roue avec Coilguns. Un petit réveil en douceur, ou pas ! Les Suisses sont totalement névrosés et assassinent les matinaux que nous sommes en tirant sur nous avec des morceaux Rock/Noise et en nous balançant des croissants dans la face !! Et quand bien même le message n’aurait pas été compris, le frontman se rend dans la fosse, crie sur les festivaliers avant de rejoindre ses collègues sur scène. Bref, toujours aussi intègres, les gars de Coilguns ont montré qu’ils savaient s’y prendre pour casser les gueules de bois.

Shaârghot sous la Temple à 11h05

A : La curiosité me pousse sous la Temple pour assister au concert de Shaârghot, formation Electro Metal que nous avions interviewée pour la sortie de The Advent Of Shadows. Et que dire, si ce n’est que sa programmation est toute justifiée ? Tous grimés de noir, chacun des protagonistes incarne superbement bien son rôle, notamment celui du Shaârghot et des Shadows, et délivre un spectacle électrifiant qui s’inscrit à la suite des mastodontes du genre, à savoir Punish Yourself et Combichrist, également à l’affiche ce jour.

Fiend sous la Temple à 11h40

Hyass (H) :Fiend fait beaucoup parler de lui, et à juste titre ! Imaginez donc : une formation qui se définit comme un groupe des bas-fonds parisiens propulsée sur la tournée européenne de Tool… Je rejoins donc la Valley de bon matin avec un petit lot de festivaliers, mais c’est à ça qu’on reconnaît les braves ! Le quatuor de Stoner / Sludge / Doom semble sur les rotules, mais ne lâche pas l’affaire : du spleen et du mystique, il en distribue par fléchettes à en assommer les derniers éléphants de la planète. Et ce pourrait être indigeste en cette heure de petit-déjeuner s’il ne proposait pas aussi des moments plus aériens et plus psychés à en faire tomber les martiens de la secte Heaven’s Gate, dont il s’inspire dans son dernier opus. Un groupe à suivre, assurément !

H : Me voilà en route pour FM. De base, je ne suis pas la meilleure cliente pour ce genre de show old school très grand public. Le groupe a cependant pour lui une aura intemporelle : le Londres des 80’s et des songs sucrées Hard Rock que l’on écoute presqu’en s’en défendant… Bon, pas question de se cacher ici cela dit : il est midi ! Et c’est d’ailleurs sans aucun complexe que le public au rendez-vous devant la MainStage 01 se dandine en rythme. Il faut dire que la prestation du groupe de Steve Overland et Pete Jupp est plus qu’honnête : ok, ils sont là depuis longtemps, mais ce ne sont pas des Rock Stars capricieuses qu’on se le dise ! J’assiste donc à un véritable moment d’échange, amusée, mais en tapant du pied.

Whitechapel sur la Mainstage 2 à 12h50

A : N’ayant pas trouvé mon bonheur dans les performances de FM (trop vieux) et de Wolfheart (trop superficiel…), j’ai dû attendre celle de Whitechapel qui, bien que je ne sois pas très client, a littéralement dévasté les abords de la MainStage 02. Les Australiens, qui évoluent dans un Deathcore très lourd, organisent circle pit sur cirple pit et mettent à mal le public à coups de titres tirés du nouvel album : The Valley (« Black Bear », « Brimstone », « Forgiveness Is Weakness », « When A Demon Defiles A Witch »). Il me faut donc avouer : la qualité était au rendez-vous !

Will Haven sous la Valley à 12h50

H : Retour en terrain connu avec le set de Will Haven sous la Valley. Le quartet emmené par Grady Avenell et Jeff Irwin – les deux historiques du groupe né en 1995 – entend bien montrer qu’il est toujours vivant ! Et je constate qu’en effet la rage n’a pas faibli malgré les années. Toujours aussi percutant et sombre, son Noise Hardcore fait mouche devant un public en communion. Les riffs s’éternisent dans leur répétition, le chant écorché file des frissons et les boucles des machines d’un cinquième larron dissimulé en fond de scène finissent de rendre l’ensemble aérien et hypnotique.

A : Mes pérégrinations me mènent sous la Temple pour le concert de Dool, un nom qui circule de plus en plus sur les réseaux. Particulièrement sensible aux vocalises de sa chanteuse androgyne, il ne m’a pas été trop difficile de rentrer dans la bulle Post Rock sombre soufflée par la formation néerlandaise qui contient d’ailleurs dans ses rangs quelques rescapés de l’aventure The Devil’s Blood. Bref, je me régale ! Après des titres de Here Now, There Then et une reprise de Killing Joke, « Love Like Blood », Dool justifie haut la main sa programmation sous la tente noire.

Punish Yourself sous la Temple à 15:05

H : La Temple est archi pleine et nous assistons à un vrai tour de force de la part de Punish Yourself qui rivalise désormais avec les grands de sa catégorie – je pense notamment à Ministry que nous avons vu deux jours plus tôt en forme dans le cadre du KnotFest. Alors que beaucoup (et à raison) regrettent de ne pas voir le combo de nuit pour apprécier pleinement les corpse paint fluorescents des protagonistes, Punish Yourself réussit vite à faire oublier ce désagrément en proposant un set radical, énergique et précis. Si l’habillage et les jeux de scie sont indéniablement des plus qui permettent de les distinguer des autres formations, nous avons pu constater qu’ils n’étaient désormais que cerise sur le gâteau !

Site du Hellfest 2019

A : Je me dirige maintenant vers Deadland Ritual. J’attendais beaucoup de ce concert… Hélas, ce super-projet monté entre autres par Matt Sorum (Guns N’ Roses), Steve Steven (Billy Idol) et Franky Perez (Apocalyptica) me déçoit… Quelle arnaque ! Le groupe qui axe principalement son concert sur des reprises – certes bien exécutées – ne transpire pas l’envie d’en découdre. Les gars n’ont pas faim et du coup, les minutes sont longues, archi-longues. Il nous faudra bien plus qu’une reprise de Black Sabbath (« War Pigs ») pour nous faire patienter… Même Geezer Butler a trouvé bon de s’échapper de scène avant la traditionnelle photo de « famille », c’est dire !

Moonspell sous la Altar à 17h40

H : J’attendais beaucoup de Moonspell dont j’avais vraiment apprécié le dernier opus 1755… Les premières notes et l’arrivée de Fernando Ribeiro une lanterne à la main sous l’Altar ont encore fait monter d’un cran cette pression que vit le fan devant son groupe de cœur… Malheureusement, la suite n’a pas été si convaincante. La faute à un son imprécis, avec des parties orchestrales (sur bande) mal agencées au son direct des musiciens. Et puis, Moonspell de jour, sans son jeu travaillé de lumière, c’est un peu comme un conteur sans son feu dans la cheminée… la magie a du mal à opérer !

A : La performance de Whitesnake est entamée quand j’arrive à proximité de la scène, mais quel plaisir de retrouver l’ex-Deep Purple qui affiche une forme plutôt bonne, malgré son opération à la jambe. En pleine promo’ de Flesh & Blood, le Serpent Blanc revient toute de même sur ses plus grands hits. Un vrai régal, même si Coverdale rencontre toujours des problèmes quand il s’agit d’assurer ses vocalises. D’ailleurs, beaucoup de temps est accordé aux « solo », notamment ceux de Tommy Albridge, un batteur d’exception dont on ne cessera de vanter les mérites… Whitesnake vieillit bien, malgré ses tubes tirés d’une époque révolue (« Is This Love », « Bad Boys »)…

A : Quelques coups d’œil sur le concert de Within Temptation s’imposent. Et que dire si ce n’est que Sharon Den Adel a toujours ce « truc » pour électrifier ses courtisans ? Qui n’est jamais tombé secrètement amoureux d’elle ? À côté, la scénographie est musclée, et les jeux de flamme se prêtent particulièrement bien à la série de morceaux proposés : « Paradise (What About Us ? », « Faster », deux classiques qui s’intègrent assez facilement aux autres titres issus de Resist : « Mad World », « Raise Your Banner », « Supernova », « The Reckoning »…

Within Temptation sur la MainStage 02 à 20h00.

A : Difficile de rester sourd aux appels de Def Leppard. Il faut dire que les Britanniques se font rares en France. En vingt ans, ils n’y ont donné que deux concerts (en 2013 et cette année). Joe Eliott et sa bande donnent un set honnête – sans les artifices auxquels on aurait pu s’attendre (seules quelques animations vidéo, avec notamment un hommage à Steve Clarks) – et font dans le hit : « Animal », « Let’s Get Rocked », « Rock Of Ages »… Alors, certes, la voix a franchement perdu en intensité, mais on ne leur en tient pas rigueur : c’est Def Leppard ! Un bon moment, bien qu’il n’y avait tout de même pas de quoi s’extasier.

A : Je décide d’observer sur les grands écrans le concert de ZZ Top. 50 ans, ça se fête ! Malgré son âge avancé, la formation texane a encore de la poudre à canon à revendre. Toujours bien dans leurs Santiags, les deux barbus et l’imberbe (désolé pour Frank Beard…) compilent leurs plus grand succès, font le jeu de la danse synchronisée et ne manquent pas d’humour (mince, combien y a-t-il de syllabes dans « Mississippi » ?). Certes, les tempos sont affolement ralentis, Billy Gibbons manque sans doute de justesse, mais jamais ils n’oublieront le « style » ! Jouer sur des instruments en fourrure (« Legs »), cramer un petit cigare (« Sharp Dressed Man »)… Bref, ZZ Top a montré ce soir que le charisme pouvait prendre le dessus sur l’âge !

Cradle Of Filth sous la Temple à 22h55

H : Pour sa sixième participation au Hellfest, Cradle Of Filth a prévu de relire en partie son album Cruelty And The Beast. De quoi titiller mon intérêt, puisque c’est par cet album consacré à Élisabeth Báthory – la comtesse qui assassinait des jeunes filles et se baignait dans leur sang – que j’ai découvert le groupe en 1998. Première impression confirmée par la suite : Le band de Dani a repris des couleurs ! Exit la surenchère qui finissait par nous faire de la peine, Cradle Of Filth n’est plus exsangue et propose un set sincère, qui fonce droit sur ses proies. Deuxième impression, les titres n’ont pas vieilli et se mélangent bien aux autres songs plus récentes. J’assiste donc à un concert qui rallume ma flamme pour ce groupe que j’essayerai de ne plus louper désormais.

H : Cult Of Luna s’arrête à Clisson et en soi c’est déjà réjouissant, puisque le groupe choisit ses dates avec parcimonie ! N’ayant jamais eu l’occasion de les voir, c’est entraîner par un de mes camarades (qui aura réussi à me convaincre de laisser Kiss terminer son show sans moi) que je me retrouve devant la Valley ! La tente est remplie et il ne me faut pas cinq minutes pour comprendre qu’il se passe quelque chose de fort. Le public est en effet uni comme un seul homme, chacun dodelinant de la tête en rythme comme dans sa bulle. De là où je suis, il est difficile de voir ce qui se passe exactement sur scène, mais les lumières, froides et presque stroboscopiques, enveloppent ce petit monde en transe et accentuent la mélancolie teintée de rage des Suédois. Les morceaux défilent et la sensation de vivre un moment privilégié s’accentue. Moi qui pensais refaire un tour du côté de chez Kiss, me voilà privée de ma madeleine de Proust. Pour autant, c’est repu et vidé, que je ressors de cette expérience tout en immersion.

Site du Hellfest 2019

A : Dernier « gros » concert de la journée pour moi : Kiss ! Immanquable, surtout qu’il s’agit-là du dernier gig en France ! Alors, quand bien même Paul Stanley s’aiderait grossièrement de bandes lors de ses concerts, jamais on ne boudera une telle occasion. Une gigantesque production vient décorer les abords de la Mainstage 1, et nos quatre super héros préférés nous arrivent depuis l’espace sur « Detroit Rock City » sur fond de pétards et autres explosifs. Alors vite, le groupe alterne entre interprétation rigoureuse (la voix de Paul Stanley est éraillée, c’est hélas un fait toujours de l’ordre du jour…) et communication houleuse avec le public (notamment sur « Say Yeah ! »). Et bientôt une série d’actions ponctuera le concert : Gene Simmons, tout démon qu’il est, crachera du sang sur « God Of Thunder », Tommy Thayer chassera les soucoupes volantes sur « Cold Gin » et Paul Stanley bravera la foule sur sa tyrolienne pendant « Love Gun »… Sans oublier l’interprétation piano-voix de « Beth » signée Eric Singer, avant le combo final « Crazy Crazy Nights » et « Rock And Roll All Nite ». Kiss, ce soir, en guise d’adieu, nous a tout simplement livré le show auquel tout fan de Hard et de sensationnalisme était en droit d’attendre.

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