Grosse journée en perspective, car toute la programmation nous fait de l’œil en ce troisième jour ! Voyez plutôt : Insanity Alert et Municipal Waste, Death Angel et Testament, Wiegedood et Emperor, sans oublier Anthrax, Slayer ou Tool… Alors pour cette dernière à Clisson, on ne change pas le mot d’ordre, même si nos jambes commencent à se faire lourdes : on enchaîne les concerts et la santé passera après !

Par Hyass et Axl Meu.
Photos : Clotilde Cadart.


A : Pourtant à leurs tout débuts en France (oui…), les jeunes Néo-Zélandais d’Alien Weaponry (ils viennent juste d’être majeurs) ont su appâter la foule à trois, un véritable exploit pour un dimanche matin de festival. Il faut dire qu’il apporte un courant d’air frais bienvenu dans la scène Thrash/Groove, leur musique aspirant à être un savant alliage entre l’album Roots de Sepultura et la culture māori dont ils sont issus. Alors imaginez-là, l’introduction de « Rū Ana Te Whenua » retentissant dans l’enceinte du Hellfest. Terrible !

A : Ensuite, j’enchaîne directement avec mon petit plaisir coupable de la journée : Insanity Alert, dont le mot d’ordre aujourd’hui est de faire du Thrash comme Marie-Antoinette ! Alors, certes, la rédaction n’est pas habituée à voir les Autrichiens se produire sur une scène aussi grande, mais force est de constater qu’ils s’en sortent plutôt bien. Le Thrash/Crossover humoristique fait des adeptes pour qui connaît bien la définition de second degré. Une petite touche de fun dans ce monde de brutes ne fait pas de mal, n’est-ce pas ? 

Bliss Of Flesh sous la Temple à 12h15

H : Il est 12h15 quand Bliss Of Flesh prend place sous la Temple. C’est le premier concert à Clisson pour ce groupe de Blackened Death Metal nordiste qui entend bien montrer de quoi il est capable. Et c’est également mon premier concert de la journée après une interview matinale dans l’espace presse. Le moins que l’on puisse dire c’est que le contrat est rempli : la prestation en forme de cérémonie du quintette envoie en plein jour comme si le soir était déjà tombé sur le Hellfest et je suis d’emblée plongée dans la nuit noire que le groupe se plait à explorer. Des incantations, du sang, de la fumée… le sol s’entrouvre sous nos pieds grâce au charisme de Necurat, son leader, qui ne faiblira pendant les trente minutes de ce set. Comme un seul homme, le reste du groupe maintient la pression et on se plait à espérer que cette nouvelle étape lui ouvrira en grand les portes d’une exposition plus large bien méritée.

A : Après une petite pause Rock « G O L D », histoire de se reposer les tympans, et un petit passage par la case merch’, on se retrouve vite devant le concert de Municipal Waste qui, alors en tournée estivale, empile date sur date (ils en ont d’ailleurs assuré trois grosses en trois jours). Alors, on conçoit vite l’idée que Tony Foresta est totalement essoufflé, lui-même nous avouant qu’ils sont arrivés sur le site du Hellfest quelques dizaines de minutes avant de se produire. Bref, le concert reste d’une franche qualité, eux qui ne rencontrent que trop peu de difficultés à organiser le fameux « Wave Of Death » dans la fosse. Municipal Waste reste un gage de qualité quoi qu’il arrive !

Site du Hellfest 2019.

H : Place au Doom Metal des Italiens de Messa sous la Valley. Feast Of Water, son deuxième effort sorti en 2018, m’avait fait belle impression et j’attendais avec impatience de voir ce qu’il en était sur scène. Le trio de musiciens emmené par Marco Sade prend le temps de poser son ambiance Dark et Jazzy avant l’arrivée de Sara, au chant éthéré, dont le T-shirt Bathory donne le ton : Messa ne minaudera pas, il est là pour déverser son spleen, ce qui s’accorde plutôt bien avec l’humeur des festivaliers déjà en train de regretter la fin de cette aventure Hellfest 2019. Pas de coup d’éclat donc, pas de tour de force, mais quarante minutes qui installent les spectateurs dans une torpeur malsaine et complaisante. Un bon moment en somme.

A : Je continue sur ma lancée et revois enfin Revocation, cinq années après les avoir découverts au Splendid de Lille en première partie de Cannibal Corpse. Et il semblerait que les Américains n’ont pas perdu en dextérité ! Tout simplement époustouflants, les techniciens mettent en avant leur nouvel album, The Outer Ones, mais n’oublient pas de revenir sur des classiques comme « The Existence Is Futile ». On est là face à du très gros calibre, mais les gars de Boston n’oublient jamais l’essentiel : ne pas laisser la technique s’emparer de tout, le feeling est toujours là ! 

Death Angel sur la MainStage 2 à 13h35

A : Retour sur la deuxième scène principale pour y retrouver Death Angel. Et là, je ne comprends toujours pas pourquoi cette référence de la Thrash Bay Area reste confinée à des horaires ridicules alors qu’elle pourrait livrer des prestations plus abouties si on lui en accordait les moyens. Donc, même si on ne va pas bouder notre plaisir de revoir Mark Osegueda, alors sur la promotion de l’excellent Humanicide, on se rend vite compte que notre plaisir sera de courte durée. Six titres : deux nouveaux, quelques classiques, et c’est déjà fini. Autant dire qu’on a déjà hâte de les revoir au Motocultor.

Clutch sur la Mainstage 1 à 16h

A : Après, une séquence interview, je retrouve Clutch sur la scène principale. Je ne m’attendais pas à grand chose de ce concert, juste une série de titres gras franchement bien exécutés qui te font remuer le popotin. Et pourtant, en ce dimanche ensoleillé, les gars du Maryland font bien plus. Particulièrement experts en la matière quand il s’agit de renverser la fosse, les quatre gars prennent franchement du bon temps et électrisent un public qui se prête trop facilement au concours de t-shirt mouillé organisé par les soldats du feu quand sont interprétés à la suite les gros pavés : « A Quick Death In Texas », « Electric Worry », « X-Ray Visions » et « Firebirds ». Y’a pas à dire, Clutch, c’était vachement fun !

H : Remplacer Emma Ruth Rundle au pied levé, voilà le pari d’Årabrot, groupe de Noise Punk norvégien. L’information a du mal à passer pour les festivaliers, qui sont peu nombreux sous la Valley et sont d’ailleurs pour la plupart allongés dans l’herbe, la fatigue l’emportant sur la dignité en ce dernier jour. Pourtant, le groupe de Kjetil Nernes, bretelles et chapeau de paysan sur la tête ne démérite pas, bien qu’il lui aura manqué un je-ne-sais-quoi pour rendre son set palpable. La léthargie générale l’emporte, et la prestation d’Årabrot finit par devenir la musique d’ambiance de ce moment de flânerie. Dommage, car le groupe semble en avoir plus sous le pied. Ce que me confirmera son show donné une semaine plus tard au Rock In Bourlon dans une configuration plus champêtre et à taille humaine.

H : Le (Post) Black Metal de Wiegedood a le vent en poupe ! Il faut dire que le trio belge sait installer de lourdes ambiances avec un minimum d’effets et très peu de décorum, tant il est habité par sa musique. Si ses membres sont en effet des transfuges d’Amenra, d’Oathbreaker et de Rise And Fall, ils prouvent une fois encore que Wiegedood est une véritable entité à part entière sur laquelle on peut compter. Leur prestation au Tyrant Fest 2018 m’avait déjà ralliée à leur cause, c’est donc en terrain conquis qu’ils s’imposent à nouveau à moi. Froides, souvent brutales, mais toujours ciselées, les compositions s’étirent dans le temps si bien qu’il n’en faudra que cinq pour remplir ces cinquante minutes de jeu. Un parti pris qui fait mouche, puisqu’il impose ce concert comme un moment hors du temps, loin loin du soleil qui tape sec sur le site clissonnais.

Testament sur la MainStage 1 à 16h55

A : Me voilà donc prêt pour la suite du marathon « Thrash » avec Testament qui nous livre un concert franchement classique. Pas de décorum particulier, juste un gros « logo » floqué sur l’écran prévu à cet effet et beaucoup de morceaux tirés de Brotherhood Of The Snake et d’autres incontournables comme « Practice What Your Preach », « Over The Wall » et « Into The Pit ». Un concert très sympathique sur fond de « Joyeux Anniversaire Chuck » ! 

A : Après la petite pause gouter signée Immolation qui livre un concert bon, sans extra (comprenez-là, c’est ma main dans ta gueule et rien d’autres), Anthrax attise ma curiosité. Et les amateurs de Belladonna auront été servis, car le gang de New York qui entre et ressort sur le thème de « Cowboys From Hell » (Pantera) ne jouera que des titres de l’ère chanteur amérindien : « Caught In A Mosh », « Got The Time », « Now It’s Dark », « Antisocial », « Indians » : un best-of ponctué par des moments classiques (comme la fameuse war dance pendant « Indians » interrompu par un Scott Ian jamais trop satisfait de l’accueil réservé au morceau…). Bref, un excellent concert, carré, propre et sans réelle prétention. Anthrax fait le job et puis s’en va. 

VLTIMAS sous la Altar à 19h40

H : Il est 19h40 et ma prochaine heure sera consacrée à Vltimas sous la Altar. Alors que le premier album de ce super groupe, Something Wicked Marches In, tourne en boucle sur ma platine, je suis fébrile de découvrir David Vincent, Flo Mounier et Rune Eriksen en live. Première constatation : il n’y a pas grand monde, à croire que l’opus sorti fin mars 2019 n’a pas encore eu le temps de faire des émules… Deuxième constatation : cela n’entame en rien le plaisir palpable de David Vincent et son chapeau. Dès les premières notes, on sait qu’on aura droit à un concert fougueux, à un Death Metal très bien exécuté et à une envie d’en découdre communicative. Le groupe ne joue pas les divas et accepte de bon cœur cette remise à zéro des compteurs et je repars en souhaitant les revoir au plus vite.

A : La raison de ce manque d’audience devant Vltimas ? C’est Phil Anselmo ! Il est de retour au Hellfest avec la promesse d’un concert presqu’entièrement consacré au répertoire de Pantera. C’est vrai que c’est alléchant. Phil Anselmo, s’il semble plus gueuler qu’autre chose dans son micro, reprend en effet les standards qui ont construit le mythe Pantera : « Mouth For War », « Becoming », « I’m Broken », « Walk » (pas de « Cowboys From Hell », donc). Bref, si notre cher Redneck ne touche certainement pas les étoiles ce soir, le concert livré est d’une franche honnêteté : hommage aux frères Abbott au rendez-vous, et quelques vocalises touchants en toute fin : « And she’s buying a stairway to heaven… ».

Emperor sous la Temple à 20h45

A : Difficile de rester attentif devant le concert majestueux donné par Emperor (nos jambes commencent vraiment à tirer). Comme en 2017, la Temple est pleine à craquer pour les Norvégiens et Ihsahn revient presqu’intégralement sur Anthems To Welkin At Dusk, un des albums de référence du groupe aux côtés de In The Nightside Eclipse. Teintée de touches symphoniques, la musique alambiquée et son Spleen gagnent l’ensemble de la tente noire totalement sous l’emprise du souffle du chanteur norvégien. Bref, Emperor a encore mis tout le monde au diapason ce soir.

H : Cannibal Corpse fait résonner son Brutal Death Metal et je quitte Emperor sous la Temple pour faire un crochet sous la Altar. Habitué du Hellfest, sa présence n’émeut plus vraiment, mais force est de constater que les fans sont toujours au rendez-vous. Il faut dire que le groupe a le chic pour proposer des performances toujours égales entre elles. C’est donc l’assurance de passer un bon moment sans trop se prendre la tête quand bien même les cervicales, elles, tournoieront en toute liberté. Rien de nouveau sous le soleil, mais pourquoi bouder son plaisir.

A : Une petite mise en jambe, et je m’installe correctement devant la MainStage 02 quand Slash se produit de l’autre côté. Le guitariste et ses conspirateurs emballent toujours leur public avec leurs titres Rock mainstream. Ça pue la classe à des kilomètres, et le Guitar Hero n’a besoin que de sa guitare (et de son chapeau) pour se mettre une partie de la foule de la poche. Étrangement, j’ai été surpris que Slash n’interprète qu’une seule chanson du répertoire de Guns N’ Roses (« Nightrain »).

Site du Hellfest 2019.

H : The Young Gods n’en est pas à son coup d’essai. Trente-cinq ans de carrière et des albums qui sont des références dans le milieu Indus, il était bien normal que le trio suisse emmené par Franz Treichler occupe la scène de la Valley à la tombée de la nuit. D’ailleurs le public ne s’y est pas trompé en répondant présent et en se laissant emporter par ses rythmiques hypnotiques. Le set prend en force à mesure que s’égrènent les minutes et c’est avec un goût de reviens-y que je quitte les lieux en me promettant d’aller réécouter leur discographie. Un beau moment.

A : Dernière étape du parcours Thrash de la journée et pas des moindres : Slayer ! LA formation qui a donné au genre ses lettres de noblesse : de sa création jusqu’à son avénement. Bref, on a tous un souvenir lié avec Slayer et sa carrière. Hélas, cinq années après la disparition de Jeff Hanneman, le groupe annonce une tournée d’adieu, une tournée qui ne passera que dans le cadre du Hellfest, en France. Oui, une date, c’est rien en comparaison des Allemands… En tout cas, on ne boudera pas notre plaisir, car cette ultime date a été bien au-delà de nos attentes : gros dispositif scénique, une qualité sonore enfin digne de ce son… Les quatre américains véhiculent des images étouffantes en tirant de leur répertoire ces titres phares qui ont traversé l’histoire : « Evil Has No Boundaries », « War Ensemble », « Mandatory Suicide » ; tous subjugués par les flammes dont certains ont dit qu’elles sortaient tout droit des Enfers avant qu’elles ne soient éteintes, ironiquement par cette petite pluie quand résonnaient encore les derniers accords de « Raining Blood ». En toute fin, à Tom Araya de contempler une dernière fois son armada en guise de « merci pour ce moment ». Difficile pour nous de réaliser que Slayer, c’est fini, pour toujours, pour la vie ? 

Site Hellfest 2019.

H : Après la prestation de haute volée de Slayer qui m’aura arraché quelques larmes, je retrouve mes compagnons de crime pour passer comme convenu le dernier concert de ce Hellfest tous ensemble. L’idée est loin d’être originale, car très vite je constate que tous les festivaliers font de même en s’installant confortablement assis jusque loin sur le site pour savourer cette première prestation de Tool en France depuis plus de 10 ans. L’événement revêt donc un caractère d’exception et pour fêter comme il convient les choses, il est temps également d’écouler nos derniers deniers en pichets de bière. Le show démarre et déjà toute la pleine est sous le charme. Avec des visuels organiques et des lights soignés visibles de toutes parts sur le site, Tool déroule en terrain conquis c’est 1h45 de set. La voix torturée de Maynard emporte les auditeurs sur les roulis de basse de Justin Chancellor comme la houle fait se perdre les bateaux en pleine mer de nuit noire. On tangue, on somnole et on finit par sombrer, emporté par le chant à la beauté ravageuse de ces sinistres sirènes. Tool n’a rien perdu de sa superbe et offre un très grand final à cette édition 2019.

H : Notre report aurait pu s’arrêter sur cet instant suspendu, mais il y a toujours un vers dans la pomme et le vers ce soir s’appelle Tormentor. Quarante-cinq minutes après le top départ du concert de Tool, le groupe de Black Metal hongrois formé en 1985 par Attila Csihar (Mayhem) (re)prenait vie sous la Temple. S’ils sont peu nombreux, les spectateurs en prennent pour leur grade en étant littéralement plongés en enfer : corpsepaint, cape et croix renversée autour du coup, ça joue vite et mélodique, ça tabasse et ça éructe. Show intégral et sans retenue, Attila n’hésite d’ailleurs pas non plus à frapper les musiciens de ses chaînes… Tormentor ne rigole pas et ne prête pas non plus à sourire, et c’est déchirée en deux que je dois retrouver mes amis devant la MainStage…

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