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Dernière journée de festival, et déjà les campeurs commencent à ranger leurs effets personnels entre les gouttes. Côté fréquentation, les festivaliers n’ont pour autant pas déserté le site du Motocultor. C’est même une année record, avec pas moins de 42 000 personnes pour les 4 jours !! Un nombre impressionnant, qui aura d’ailleurs occasionné quelques embouteillages aux trop peu nombreux et trop peu variés stands food… Mais il en faut plus pour créer une véritable frustration : la programmation est là pour réchauffer les corps et nourrir les âmes les plus affamés ! Voici donc le récit d’une quatrième très bonne journée d’un festival qui aura à nouveau su nous séduire…

Par Axl Meu et Hyass.
Photos de Cédric Cambien.


(Axl) Dernière journée oblige, les hostilités commencent plus tôt (11h45) avec les Australiens de The Lazys qui, à l’instar de leurs compatriotes AC/DC et Airbourne, font dans le Hard Rock. Le vrai, celui qui fait taper du pied, celui qui est marqué de solos de guitare crachés par des Marshall poussés à 11, celui que l’on dénomme aujourd’hui par le terme « Hard Rock Australien ». Donc, sans réellement faire dans l’originalité, The Lazys est parvenu à faire l’unanimité parmi les festivaliers qui, pour beaucoup, ne s’attendaient pas à se prendre dans la face cette bonne dose de Rock’n’Roll. Un beau réveil ! 

(A) Il n’aura fallu à Get The Shot que deux prestations au Motocultor pour blinder l’enceinte de la Dave Mustage cette année. Car oui, les protégés de Black Bomb A ont su se bâtir une réputation en béton ! Et le chanteur de la formation ne s’attendait sans doute pas à ce que les Bretons lui réservent un tel accueil : une tente Quechua (et son propriétaire) s’est même fait porter par la foule ! Ce concert éclair s’est résumé à un commerce de protéines : le public boit les discours musclés du chanteur, jamais à bout de souffle. Oui, le Hardcore de Get The Shot a formé l’un des plus impressionnants pits de la journée : wall of death, circle pit… Tout y passe !

Get The Shot

Si je devais retenir une prestation ce week-end, ce serait sans doute celle de Vampillia. C’est qu’il en faut du cran pour échelonner l’infrastructure de la Massey Ferguscene. Un choix totalement assumé par le frontman de Vampillia, formation qui fera mieux de nous faire voyager direction le pays du Soleil-Levant, le tout sur fond de musique à la fois lourde, débraillée, mais tellement classe (les parties de violon font son petit effet…). Puis quoi de mieux que de convier sur scène le plus emblématique des musiciens « shoegaze », Neige (Alcest), de sorte à consacrer l’amitié toujours plus forte qu’il y a entre les deux formations ? Vampillia, en presqu’une heure de temps, nous a livré le concert le plus dépaysant du week-end.

Vampillia

(H) Pensées Nocturnes est un ovni de la scène Black Metal. Parfait négatif d’Avatar qui se produira un peu plus tard ce jour, le cirque que propose Pensées Nocturnes est bien plus sombre, bien plus décadent et bien plus effrayant. S’éloignant des structures et des instruments classiques, la musique de Vaerohn et ses sbires déroute, mais étonne toujours. Si la prestation au Hellfest 2018 ne m’avait pas vraiment convaincue, l’expérience au Motocultor m’aura bien plus interpellée. C’est qu’il y a A Boire Et A Manger dans ce Grand Guignol Orchestra et, cette fois, le dosage toujours sur le fil n’aura pas été signe d’indigestion. Bref, j’attends désormais de voir ce que le groupe peut proposer dans une configuration « en salle »… réponse au Tyrant Fest au Métaphone de Oignies en novembre prochain !

Pensées Nocturnes

(H) J’attendais beaucoup du concert de Midnight. Les albums m’avaient emballée, mais je ne savais pas trop à quoi m’attendre sur scène ! Magie, le soleil brille et l’atmosphère se réchauffe très vite dès les premières notes de ce Black’n’Roll. Magie, l’association du Black Metal et d’un Rock’n’Roll de bonne facture fonctionne à merveille et fait des clins d’œil à Motorhead et Venom. Magie encore, l’interaction avec le public est bien réelle quand bien même le groupe évolue masqué. Alors c’est tout naturellement que ce concert est devenu mon concert coup de cœur de ce Motocultor 2019. Un pur moment de plaisir que beaucoup aurait aimé voir se prolonger un peu. Vite, vite, nous souhaitons un retour en France des Américains !

Midnight

(A) Quel était le risque de programmer Voivod, donc une formation extraordinaire dotée de compositions plus difficiles d’accès les unes que les autres, un dimanche après-midi ? Eh bien de se retrouver devant un public qui ne s’y retrouve plus tellement en cette fin de festival… Un peu comme si on demandait à un étudiant de résoudre une équation à deux inconnues après 3 jours de cuite. Et pourtant, les compositions sont très bien exécutées : les placements de voix, les contre-temps, tout était parfait… Mais autant on aime écouter The Wake, le dernier album, au casque tranquillement à la maison, autant on se serait bien passés de cette prestation. Vite, un cachet d’aspirine ! 

Voivoid

(H) L’annonce avait secoué les réseaux et même la presse « classique » : Henri Dès et Ze Grands Gamins étaient de la partie pour cette édition du Motocultor. Rien d’étonnant quand on connaît l’humour des programmateurs, mais des appréhensions tout de même : quel accueil leur réserveront les festivaliers et au-delà de la blague, qu’en sera-t-il de ce concert ? Programmé sur la Dave Mustage, le public n’a pas d’autre alternative que d’être présent (ou de partir faire un tour aux stands de merch’). Cependant, on n’assistera pas à une prise d’otage, mais à un vrai tour de force du vétéran de la chanson pour enfants ! Henri Dès est heureux d’être là, ses fils sont fiers de l’accompagner et le show démarre sur le très judicieux « La Mélasse » (« Quand je mets les doigts dans la mélasse, J’en ai jusqu’au cou, Et ça me plaît beaucoup »), complètement raccord avec les récentes intempéries. Tous les grands classiques du maître chanteur se succèdent avec espièglerie. Toutes les paroles sont reprises en cœur par une foule bienheureuse. Dépassant les barrières de l’âge, les barrières de styles, Henri Dès accomplit un petit miracle de cohésion et d’harmonie ! Chapeau bas !

Henri Dès et Ze Grands Gamins

(A) D’Henri Dès à Aborted, il n’y a qu’un seul pas ! Et la transition, aussi amusante soit-elle, a au moins le mérite de remettre les pendules à l’heure ! Sven, qui n’était pas revenu au Motocultor depuis 2015, ne tardera pas à faire prévaloir les atouts du public français – meilleur public d’Europe selon lui – qu’il n’hésite à comparer avec celui d »Allemagne et d’Italie, là d’où il revient. Il faut dire que le public – projetant de gros paquets de foin dans la fosse – lui mange dans la main. Après quelques gros moments comme « Hecatomb » et « Retrogore », les homologues belges de Benighted iront même jusqu’à organiser un gigantesque circle pit autour de la régie son, prouvant une fois pour toutes que le Death/Grind est un style qui fait toujours sens auprès de ses fans ! 

Aborted

(H) On ne présente plus Ihsahn, le leader du groupe de Black Metal Emperor, qui depuis 2006 sort régulièrement des albums solos lui permettant d’exploiter les autres cordes de son arc. En 2018 paraissait son déjà septième LP, Ámr… Sa venue au Motocultor était donc attendue, même si on ne peut pas à proprement parler de fébrilité : un concert d’Ihsahn n’est pas un concert d’Emperor dans le cœur du public et les années au compteur ne semblent pas changer cette donne ! La qualité est au rendez-vous, les explorations musicales sont intéressantes et la présence dans la programmation est parfaitement légitime, mais le spectre de la comparaison à la dent dure. Reste donc le respect, qui est palpable dans la fosse, et la sincérité évidente de cet artiste sur la Massey Ferguscene.

Ihsahn

(H) Place à Avatar sur la Dave Mustage. Les fans ont revêtu leur T-shirt à l’effigie du groupe et se sont avancés en première ligne. Il faut dire que les Suédois enchaînent les tournées à travers le monde où ils rencontrent un franc succès. Le Motocultor étant le dernier concert d’une grosse tournée des festivals européens, les musiciens en profitent pour exprimer leur gratitude… sans pour autant proposer un show différent ! Le cirque est donc de sortie, son Monsieur Loyal (Johannes Eckerström) enchaîne les prises de paroles entre les morceaux, et tout se déroule sans encombres au « Pays d’Avatar ». La mécanique parfaitement huilée l’est même un peu trop à mon goût, mais force est de constater que l’ensemble ravit un public au taquet…. On ne peut donc que souhaiter un longue vie au Roi… Avatar a tout pour devenir une véritable tête d’affiche !

Avatar

(A) Dernière prestation Thrash du week-end avec Sacred Reich, alors sur la fin de sa tournée estivale ! A quelques semaines de la sortie d’Awakening (le premier LP du groupe depuis 22 ans) les Américains – reboostés par le retour de Dave McClain et l’intégration de Joey Raziwill (le cadet de la bande) – tâtent le terrain. Ils alternent entre classiques tirés de The American Way, Independant et Awakening , qui est promu comme il se doit par un Phil Rind plutôt en forme et d’humeur joviale… Bonne humeur oblige, la prestation file comme une flèche, preuve que les nouveaux morceaux (s’ils ne font pas l’unanimité sur album) s’intègrent superbement à la setlist. Comme quoi ! Quoi qu’il en soit, quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, Sacred Reich reste une référence live !

Sacred Reich

(A) En ouvrant le concert sur « Destroy Everythin’ », on peut dire que Jamey Jasta n’est pas là pour boire le thé ! Alors, on se passera du dessin. D’emblée, la foule est totalement sous l’emprise de la folie, poussant même certains incorrigibles à faire du stage driving sur une embarcation de fortune : une poubelle ! La recette reste la même et, si Hatebreed propose inlassablement cette même recette, il y aura toujours une fan-base qui continuera à suivre de près l’activité des New-Yorkais, un peu comme ce soir au Motocultor. C’est plein, on prend son pied, mais le concert n’est pas exceptionnel. 

Hatebreed

(A) Alors que le successeur d’Apex Predator – Easy Meat se fait décidément attendre (à condition que Mitch Harris le veuille…), Napalm Death continue de répandre la bonne parole partout où il se produit, et qui serions-nous pour bouder ce petit plaisir ? Alors, certes, Barney se prend quelques pâtés de foin dans la figure, mais, comme toujours, il reste animé par les messages qu’il porte : écologie, veganisme et autres idées chères au groupe. Bref, n’oublions pas que derrière ses faux-airs de politicien, Barney a toujours le « truc » pour retourner une fosse qui a déjà quatre jours de festival dans les jambes. Et rien pour ça, Napalm Death mérite nos plus beaux éloges ! 

(H) Les écrans s’allument derrière Franck Hueso, l’homme de la situation quand il s’agit de faire rendre l’âme aux festivaliers en fin de partie. Carpenter Brut, c’est l’assurance de se défouler ni vu ni connu et de passer un bon moment au rythme d’une Synthwave maîtrisée de bout en bout. « She’s a maniac, Maniac on the floor, And she’s dancing like she’s never danced before… » La reprise du titre de Michael Sembello atteint son objectif : l’hystérie collective. Il faut dire que le concert est aussi le point de rassemblement des confréries heureuses de se retrouver pour consommer ensemble les derniers euros de la cashless. Le dernier verre de l’amitié !

(H) Autant le dire de suite : la fête est déjà finie quand Bloodbath entame son show sur la Dave Mustage. Dernier concert du dernier jour… il est passé minuit et demi et le gros des festivaliers est rentré se coucher, exténué. C’est donc devant une tente au tiers pleine et plutôt alcoolisée que le groupe emmené par Nick Holmes déversera son Death Metal. L’envie n’y est plus, la fatigue cloue tout le monde au sol et la prestation du groupe s’en ressent par ricochets : être la voiture balai de l’étape est vraiment une tâche ingrate, d’autant plus que les équipes techniques démontent déjà la scène voisineLe concert de trop après 4 jours très intenses.

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