Seth était sans doute La formation la plus attendue en cette première journée de Tyrant Fest. Petit retour aux sources et la célébration de la parution de leur nouveau « live » (Les Blessures De l’Âme : XXans de Blasphème) obligent, Helmoth et Saint Vincent, respectivement guitariste et vocaliste sont revenus avec nous sur l’Histoire du projet qui, souvenez-vous, avait marqué bien des esprits en son temps à la sortie de son album phare, Les Blessures De l’Âme.  

Propos de Helmoth (guitare, clavier) et de Saint Vincent (chant) recueillis par Axl Meu 


Pourquoi avoir cette fois-ci opté pour un album « live » plutôt qu’une nouvelle réédition ? 

Helmoth : La sortie du « live » résulte du hasard pur. Ce n’est qu’après notre performance dans le cadre des Feux de Beltane qu’on nous a appris la performance avait été captée. Et Les Acteurs De l’Ombre Productions, organisateurs de l’évenement, nous ont tout simplement expliqué qu’ils voulaient sortir le « live ». On a écouté, on a regardé si c’était envisageable, puis nous avons demandé à notre ingénieur-son de retravailler l’ensemble. Tout ça pour dire que la sortie de ce live n’était pas prévue au départ. Au départ, Seth avait juste l’intention de donner une petite poignée de concerts pour célébrer les vingt ans de l’album. 

Aujourd’hui, vous allez vous produire dans le cadre du Tyrant Fest. Le 14 décembre, il y aura également cette date à Paris au Petit Pain dans le cadre du LADLO In Paris. Y aura-t-il de grosses différences entre le concert de ce soir et la date parisienne ? 

Helmoth : À mon avis, ça ne sera pas la même ambiance. Ici, la salle est fabuleuse et les conditions de jeu sont vraiment optimales. Donc, voilà, on ne va sans doute pas avoir la même disposition scénique. Ce soir, dans le cadre du Tyrant Fest, on pourra sans doute se permettre beaucoup plus de choses. Pour ce qui est du Petit Bain, on devra s’adapter.

Les Blessures de l’Âme est quand même un album sacrément important dans la scène Black Metal Française. Certains affirment même que c’est un des albums pionniers du Black Metal en France… 

Helmoth : Disons qu’à l’époque, Seth était pas mal conspué par les Français, car on ne rentrait pas vraiment dans les codes du French Black Metal. Donc, on était labelisés de « Scandinaves ». Puis, par la suite, on nous a traités de traitres, car on est très vite sortis du milieu Underground, suite à notre signature chez Season Of Mist… On était une des premières formations à avoir dit « oui » aux interviews, chose que les groupes ont pourtant fait par la suite. Donc voilà, j’ai surtout cette image par rapport à cette époque. 

Saint Vincent : Avant d’être passé par Season Of Mist, Seth était tout de même signé sur des labels Underground très respectés. Même si je n’étais pas impliqué dans Seth, j’ai toutefois vécu cette transition de près. Je suivais l’actualité du groupe, et j’étais au courant de ce que les gens disaient à l’époque. Vu que Seth est le premier groupe de Black Metal français à être passé d’un label ‘’underground’’ à un autre de plus grande envergure, on peut dire que ça en fait un pionnier, oui.

« Vu que Seth est le premier groupe de Black Metal français à être passé d’un label ‘’underground’’ à un autre de plus grande envergure, on peut dire que ça en fait un pionnier »

À mes yeux, la France a toujours eu un côté puriste, voire un peu élitiste quand il s’agit des musiques extrêmes. Le Black Metal norvégien reste le plus réputé, alors que la scène française reste réservée à un public de niche, un peu plus en marge...

Helmoth : J’ai toujours eu le sentiment que les Français voulaient renvoyer une image ‘’intégriste’’, beaucoup plus que dans les pays scandinaves. Après, tu n’es pas sans savoir que le point de vue varie d’un pays à l’autre. Ça dépend également de comment tu appréhendes et conçois de musique. Les pays scandinaves ont vite compris, à l’inverse de la France, que le Black Metal n’allait pas sans une production adéquate. C’est en ça que les Scandinaves ont su faire la différence à la différence des Français, qui sont restés longtemps dans l’Underground, car leurs prod’ étaient tout simplement à chier ! Certes, celles de Burzum n’étaient pas très bonnes non plus, mais elles restaient adaptées au contenu. Donc à l’époque, quand on a sorti By Fire, Power Shall Be, c’était un peu particulier, car la production était, je l’estime, bien meilleure que le reste du catalogue d’A.M.S.G… Mais ça leur convenait ! Donc pour les gars du label, le fait de rejoindre Season Of Mist ne faisait pas de nous des vendus. 

Vincent, tu as rejoint Seth en 2016, mais depuis, tu n’as encore rien enregistré d’officiel avec le groupe… Tu as néanmoins une lourde expérience derrière toi. Avec le recul, que penses-tu avoir apporté à Seth ? 

Saint Vincent  : C’est amusant, car nous n’avons pas encore pris le temps formaliser les choses entre nous. Mon intégration au sein de Seth s’est fait de la façon la plus naturelle possible. J’ai juste été amené à rejoindre les rangs de Seth quand leur ancien chanteur a quitté le navire en 2014. Pour ma part, je pense avoir amené ma vision du groupe, ma personnalité, une nouvelle interprétation des textes…

Helmoth : Il a également apporté une nouvelle vision artistique, et en quelque sorte, un ‘’maintien’’ de l’identité originelle du groupe. Mine de rien, ça fait déjà un moment qu’il est dans le groupe.

Saint Vincent : Je pense également leur avoir rappelé cette vision primaire du groupe qui avait été mise à l’écart. À titre personnel, j’avais envie que Seth renoue avec ses origines et qu’il aille dans une direction précise. Et pour ce faire, un retour au source était nécessaire, d’où la célébration de l’album Les Blessures De l’Âme

Est-ce que vous avez commencé à penser au successeur de The Howling Spirit ? 

Helmoth : Oui, ça fait quelques années que nous travaillons sur la suite. Tout ce que je peux te dire pour le moment, c’est qu’il s’agira là de l’album du retour aux sources, avec le son et l’esprit de l’époque. 

Saint Vincent : Oui, l’album du retour au source, et je pense également qu’il est important de préciser que les paroles seront en français. Certes, c’est un détail, mais je me replace par rapport à l’identité et l’Histoire du groupe. Seth est sans conteste le premier groupe français de Black français à avoir écrit ses textes en français. Donc ce fameux retour aux sources imposait également cette condition. 

« Tout ce qui est amené à se démocratiser est amené à se désacraliser. »

Seth a quand même une approche ‘’ritualistique’’ de la scène. Est-ce que vous pouvez développer à ce sujet ?

Saint Vincent : J’ai insisté pour que nous renouions avec l’imagerie de base du groupe, sans avoir peur de la caricature. Evidemment, il y a du cliché, mais on fait revivre cette époque-là, cette mentalité propre, par le biais d’un décorum travaillé, imposant, un peu extrême, un peu bizarre. À l’époque, Death Metal perdait progressivement son souffle et tombait de plus en plus dans sa propre caricature et se produire dans ces accoutrements avaient quelque chose de très excitant… Les groupes de Black Metal qui se grimaient le visage, qui jouaient avec le sang, ça rendait vraiment les gens dingues ! 

Est-ce que vous croyez que les gens y croient encore aujourd’hui ? 

Saint Vincent : Oui, c’est vrai, ça impressionne moins, mais le Black Metal n’est pas le seul style de musique concerné… Tout ce qui est amené à se démocratiser est amené à se désacraliser. Tout va vraiment trop vite et l’essence se perd de manière assez général aujourd’hui. Finalement, on passe outre tout ça, on s’écoute soi-même. On a suffisamment de maturité pour savoir ce qui est bon ou non pour le groupe. 

Les Blessures de l’âmes : XX ans de Blasphème sort donc via les Acteurs de l’Ombre. Vous êtes de l’ancienne école, alors que le label a une vision très moderne de la scène… 

Helmoth : Je ne suis pas totalement d’accord avec toi. Certes, il signe beaucoup de groupes qui ont une vision très moderne du Black Metal, la scène Post Black… Mais finalement, après analyse, tu peux te rendre compte que tous ces groupes ne font qu’exploiter à l’infini toutes les gimmicks et imageries qui étaient utilisées par nous à l’époque : la gravure et compagnie. Donc voilà, ces groupes font du neuf avec vieux… Nous, nous faisons du vieux avec du vieux… 


Seth, c’est : 

Alsvid : Batterie 

Helmoth : Guitare, clavier 

Cyriex : Guitare

Saint Vincent : Chant 

Discographie

By Fire, Power Shall Be… (EP – 1997)

Les Blessures De l’Âme (1998)

The Excellence (2000)

Divine-X (2002)

Era-Decay (2004)

The Howling Spirit (2013) 

Les Blessures de l’Âme : XXans de Blasphème (Live – 2019)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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