S’il y a une formation qui a tiré son épingle du jeu la semaine dernière dans le cadre du Tyrant Fest, c’est bien Wolvennest. En quelques accords, la formation belge a su imposer sa vision du Doom, qui se trouve à la croisée de différents styles : le Sludge, le Black Metal, le Rock Psyché et l’Occult Rock. Quelques heures après leur performance, c’est en bonne compagnie – avec nos amis Max et Marie de Riffeater – que nous avons taillé le bout de gras avec François Breulet (AKA Corvus Von Burtler) et Leslie, respectivement guitariste et booker/vidéaste du groupe. 

Propos de François Breulet (guitare) et Leslie (vidéo) recueillis par Axl Meu, Max Fleurquin et Marie Deleligne


On imagine que le Tyrant et le soin prêté aux décors vous a parlé à vous qui faites très attention à vos visuels...

François : Je pense que oui, clairement, niveau affiche, on ne pouvait pas rêver mieux. On y a tous trouvé notre compte. La salle est magnifique, le son est juste « top »… Contrairement à la Belgique, il n’y a pas de restriction sonore dans les salles, ce qui fait que – c’est peut-être un détail – l’immersion est encore plus forte, car on y développe encore plus de puissance. En plus, pour notre concert, les festivaliers semblent s’être levés de bonne heure, donc merci à eux ! 

Vous avez aussi la particularité d’avoir trois guitares…

Oui, mais au départ, ce n’était pas prévu. C’est vraiment un concours de circonstances… Au départ, il n’y avait que Michel (Kirby, ndlr) et Marc (De Backer, ndlr) à la guitare, moi à la basse… Mais finalement, John a rejoint le groupe à la basse, et finalement, je suis passé à la guitare. Finalement, ce n’était pas si évident que ça, car il fallait que l’on prenne le temps de tout agencer à nouveau, de trouver un moyen d’exister à trois guitaristes sur scène. Désormais, après coup, une certaine complicité est née entre les trois guitares à un tel point qu’il m’est impossible aujourd’hui de concevoir le groupe sans ses trois guitaristes. 

Comment vous organisez-vous pour la composition ? 

Tout part d’un riff, que ce soient Michel, Marc ou moi… Un de nous trois arrive avec une idée, et on va composer à partir de cette même idée, exclusivement, en studio. Wolvennest ne compose jamais lors de ses sessions de répétition. On a tous pensé qu’il serait préférable de composer chez soi, puis de reprendre l’idée, la structure déjà prête, ensemble. À l’époque, les musiciens qui composaient tout seul en studio n’avaient pas trop tendance à se souvenir de ce qu’ils avaient composé la semaine passée…  

Leslie : Je me souviens un jour avoir reçu sur ma boite mail un riff de Michel, une idée qu’il avait mise au point chez lui avec sa boite à rythme et son « 4 pistes »… Finalement, c’en a fait un morceau. 

Ces derniers ont tendance à durer en moyenne 8/9 minutes. Comment faites-vous pour les développer ?

François : On travaille à partir d’un « loop » que l’on fait répéter, et tout est le monde est amené à ajouter sa touche personnelle. Sharon ajoute également ses vieux sons de claviers analogiques, et puis, Marc amène ses petits solos. C’est toujours ses parties qui font la différence, qui font que l’on garde le titre ou non. En général, on attend désespérément qu’il enregistre ses parties, ses leads. Personnellement, je l’admire énormément. Il me donne des frissons à chaque fois. C’est source de danger d’ailleurs, car il ne faut pas que je fasse trop attention à ses solos pendant les concerts, sinon je risque de m’emmêler les pinceaux ! 

Leslie : En plus, à chaque concert, le solo est différent… Un peu comme s’il entrait dans une certaine transe… 

François : Là, aujourd’hui, on a fini le set avec un morceau qu’on aime vraiment. Un des siens. C’était son riff, son solo, son moment, qu’il raccorde à chaque concert. 

« il est important pour nous de garder cette liberté, l’inverse nous ennuierait énormément ! »

Donc, derrière votre scénographie qui se veut extrêmement travaillée, rien n’est trop millimétré ? 

Leslie : Oui, voilà. Le dernier morceau que le groupe a joué dure initialement vingt minutes, mais aujourd’hui, nous l’avons raccourci. Ça dépend de plusieurs paramètres en fait, du temps qu’on a sur nous. Enfin, voilà, la plupart des morceaux de Wolvennest sont « libres ». Et je pense sincèrement qu’il est important pour nous de garder cette liberté, l’inverse nous ennuierait énormément ! 

Serait-ce tiré par les cheveux que de dire que vous renouvelez la scène « doom » par le biais de votre musique ? 

François : On ne met pas d’étiquettessur la musique que l’on joue. Dans la musique de Wolvennest, tu pourras aussi bien retrouver des éléments de Black, de Doom, mais aussi de Rock psychédélique et d’Occult Rock. On ne cherche pas vraiment… Tout se fait très naturellement. Néanmoins, je dirais que, si tu enlèves toutes les couches, tu peux te retrouver avec des riffs de Black Metal à proprement parler. Je constate, sur le plan personnel, que tout le monde s’y retrouve, que ce soient pour les dates connotées « Black Metal » ou « Psyché ».

Aujourd’hui, qu’est-ce qui rend Wolvennest unique aujourd’hui ? Son chant féminin ? Ses sons électroniques ? Sa disposition scénique ? 

Je pense que c’est le fait de venir d’univers totalement différent les uns des autres qui fait que l’on a réussi à tirer notre épingle du jeu. Michel et Marc se connaissent depuis les années 80. Ensemble, ils se rendaient aux concerts de Judas Priest, Kiss… Puis, après, ils ont fait carrière à part. De son côté, Marc a rejoint Dog Eat Dog… Ensuite, il est revenu en Belgique et a revu Michel… À titre personnel, je n’ai jamais vraiment compris pourquoi ils n’avaient jamais formé de groupes ensemble avant celui-ci. Je suis heureux qu’ils l’aient fait pour Wolvennest

Aujourd’hui, Wolvennest peut à la fois se produire dans des festivals de Black Metal, comme aujourd’hui dans le cadre du Tyrant Fest… mais aussi dans le cadre d’autres manifestations musicales, comme le Desert Fest, ce qui fut le cas tout dernièrement à Anvers…

Personnellement, ça me convient. Ce n’est jamais redondant, ça reste frais pour tout le monde… Au moins, on ne se retrouve pas à partager la même scène avec les mêmes groupes à chaque fois. Par moments, on se demande comment les festivaliers vont nous accueillir… Étrangement, Wolvennest a un pied dans plusieurs scènes, Black, Doom, Rock Psyché, mais ça nous va très bien !

Leslie : Van Records, notre label, nous a bien aidés en tout cas. C’est un label très éclectique qui signe aussi bien du Black Metal que du Doom ou du Rock occulte. 

François : En fait, chez nous, en Belgique, le label-manager de notre label est devenu au fil des années un leader d’opinion. Avant que Wolvennest ne fasse partie de son catalogue, je savais déjà qu’il ne signait que des groupes de qualité.

Leslie : Puis, il y a un côté très « underground » dans sa manière de procéder. On se connait depuis un moment. On sait avec qui on travaille…

« Étrangement, Wolvennest a un pied dans plusieurs scènes, Black, Doom, Rock Psyché… ! »

Quid du prochain Wolvennest ? 

François : Nous sommes déjà cinq à dix titres de composés… Et je pense même pouvoir dire qu’une partie ira sur le prochain album. Sans vouloir imposer quoi que soit au groupe, je pense que le prochain nouveau Wolvennest sera disponible à la fin de l’année 2020… Néanmoins, on se laisse le temps, nous n’avons pas d’agenda à respecter. Si on doit y consacrer plus de bien, eh bien, on le fera ! 

La scène Belge peut être séparée en deux parties, la partie Wallone, et la partie Flamande. Les manifestations culturelles semblent quand même être plus importantes en Flandre…

Leslie : Nous, on vient du milieu, de la scène bruxelloise, qui n’a rien à voir ni avec la scène Wallone ni avec la scène Flamande. C’est vrai qu’il y a plus de moyens en Flandres, mais, hélas, ça devrait évoluer… Ces derniers temps, les subventions ont été solidement amputées dans leur région, donc cela veut dire qu’il faudra redoubler d’efforts pour organiser quoi que ce soit ou se produire dans cette partie de la Belgique.

François : Oui, les temps sont durs, mais je pense que ça va amener certains talents à se révéler. Après, il y a quand même du  »vrai » dans ce que vous dites. Dans les années 90, les manifestations musicales se déroulaient principalement en terres flandres… Mais, c’est à cette même époque que Bruxelles a été remis sur la carte.

Leslie : Et grâce au Magasin 4 qui se trouve à proximité de chez moi, on y a trouvé un point de repère, une sorte de « triangle des bermudes ». Ça a créé une véritable dynamique. 

Que pensez-vous de la Church Of Ra ?

J’ai fait jouer Amenra dans un garage de 300 m2 en 2006… Il devait y avoir combien ? Cinquante personnes à tout casser ? Par la suite, la formation est devenue ce qu’elle est aujourd’hui, un groupe qui peut remplir des salles de trois mille personnes. Mais les gars sont restés hyper humbles. D’ailleurs, dix ans après cette fameuse date, Colin (H. Van Eeckhout, chant, Amenra, ndlr) m’a avoué que, malgré le succès, il n’avait pas réellement changé… 

François : J’ai l’impression qu’ils ont fait les choses sainement… Année après année, le groupe a pris de l’ampleur. Certes, ils ont mis du temps à s’imposer, le public européen a fini par les adopter. Après, je ne suis pas ultra-fan, mais je respecte leur démarche…

Leslie : Ce sont des gars qui viennent du milieu « Hardcore », qui ont baigné dans les mêmes valeurs que les nôtres. Donc, tout le monde se connait… Concernant la Church Of Ra, oui, c’est une bonne idée… Mais à Bruxelles, nous n’avons pas mis de « nom » sur notre scène, ça ne veut pas dire que nous ne serrons pas les coudes. 


Wolvennest, c’est :

Sharon « Shazzula » Schievers : Chant/Thérémine/claviers

Olmo « Déhà » Lipani : Claviers/Batterie

Corvus Von Burtle : Guitare/Claviers

John Marx : Basse

Michel Kirby : Guitare

Marc « Mongolito » DeBacker : Guitare

Discographie :

Wolvennest (2016)

Void (2018)

Vortex (2019-EP)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

Articles similaires

Une réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.