Un mois de novembre bien maussade, un paquet de microbes qui sévit un peu partout… Il en faudra bien plus pour reporter notre rencontre avec Mikko Sirén, le batteur de la plus emblématique formation de Heavy Symphonique, Apocalyptica, alors de passage le 27 novembre dernier à Paris pour échanger avec les journalistes au sujet de Cell-0, un album bien particulier puisqu’il signe le retour de la recette « instrumentale » des Finlandais !

Propos de Mikko Sirén (batterie) recueillis par Axl Meu


Est-ce que tu peux me présenter Cell-0, le premier album « entièrement » instrumental qu’Apocalyptica publie en 17 ans ?

Cell-0 est en effet le premier album entièrement instrumental sur lequel nous avons planché ces 17 dernières années… En fait, l’idée de revenir à cette formule, trois violoncelles et une batterie, nous est venue dans le cadre de notre tournée « Apocalyptica Plays Metallica By Four Cellos » au cours laquelle nous avons passé notre temps à reprendre les moments forts de Metallica, en instrumental. Et pendant cette tournée, le groupe s’est rendu compte à quel point ses fans aimaient ces reprises et cette fameuse formule. C’est pour cette raison que nous avons décidé de composer cet album instrumental. L’expérience fut très intense, car elle nous a amenés à concevoir notre musique autrement, à nous concentrer sur d’autres choses…

Comment Franky Perez a-t-il réagi quand il a appris qu’il ne chanterait pas sur l’album ? 

Eh bien, il ne l’a pas mal pris. À l’époque de Shadowmaker, il savait qu’on ne faisait appel à lui que pour cet album et que nous verrions bien ce qu’il adviendrait par la suite. On adore Franky, et c’est réciproque. D’ailleurs, ce sera lui qui tiendra le micro dans le cadre de notre prochaine tournée américaine !

Comment vous y êtes-vous pris pour nommer vos chansons, vu qu’il n’y a pas de paroles ? 

À chaque fois, c’est une nouvelle histoire… Et tous les morceaux avaient bien un titre bien avant d’être finalisés. Par moments, on revenait dessus de sorte que ça fasse plus sens. Car avant tout, même si Cell-0 est un album instrumental qui semble assez commun, il renferme en lui un concept bien plus complexe qu’il n’en a l’air.  

Cell-0 contient son paquet de mélodies épiques. Et je dois même dire qu’il sonne comme la bande originale d’un film. C’est notamment ce qui est ressorti de mon écoute de « Fire & Ice »…

Je trouve également que l’album, dans sa globalité, a une portée très cinématographique. D’ailleurs, on s’est principalement concentré sur cet aspect quand le processus d’écriture a été amorcé. Même pour la pochette, tout a été fait de sorte que tout soit lié. Tout à l’heure, je faisais allusion au concept de l’album. En fait, chaque piste constitue la pièce d’un puzzle qu’il faut assembler. Une fois assemblées, ces fameuses pièces construisent une image. Et cette dernière prend forme à partir des premiers accords de « Ashes Of The Modern World », titre qui fait plus ou moins le constat de l’état du monde dans lequel nous vivons. Il est catastrophique, non ? L’espèce humaine est tout simplement en train de détruire la planète sur laquelle elle vit… Le comportement des hommes aura raison de l’humanité tout entière, tel est le message que délivre Cell-0

L’image contient peut-être : 4 personnes, plein air

« Le comportement des hommes aura raison de l’humanité tout entière, tel est le message que délivre Cell-0. »

En tant que batteur, est-ce difficile pour toi de coopérer avec les autres musiciens ?

Non, tout simplement, car chaque membre au sein du groupe a plus ou moins reçu la même éducation musicale. Et nous sommes tous ouverts d’esprit, donc chaque idée est prise au sérieux. Ainsi, il nous est plus facile de communiquer, d’échanger. Cependant, je ne dirais pas que nous sommes toujours d’accord tous les quatre. Mais le fait d’être en désaccord nous permet d’avancer et d’être bien plus créatifs. On apprend toujours ! 

Est-ce que tu peux me présenter la piste éponyme de l’album, « Cell-0-mastered » ? S’agit-il d’un morceau de Rock Progressif ?

Oui, c’est clairement une chanson progressive. L’idée de base était d’écrire une chanson qui mêle plusieurs esthétiques. Par la suite, nous avons tout retravaillé de sorte que le rendu soit plus organique… Le Metal, qu’on le veuille ou non, a pris source à partir des expérimentations engendrées par le mouvement Rock Progressif… Et puisque que le Rock Progressif a toujours plus intégré des éléments de la Musique Classique, on peut dire que tout est lié.

Avec qui avez-vous travaillé pour l’enregistrement de l’album ?

Quand nous avons repris la composition, nous nous sommes résolus à l’idée de produire l’album nous-mêmes. Tout simplement car, même si nous nous sommes entourés d’excellents ingénieurs-son au cours de notre carrière, personne d’autres se sauraient faire sonner nos morceaux mieux que nous-même. Ce n’est pas par prétention… Nous avons juste ressenti le besoin d’aller au bout des choses et de nous autoproduire ! 

Apocalyptica est une formation qui évolue au fil des années. Il n’y aucun de vos albums qui se ressemblent visiblement. Peut-on aujourd’hui dire qu’Apocalyptica a pris le goût du risque ?

Tu viens de souligner l’un des aspects les plus importants d’Apocalyptica… Le fait que nous sommes sans arrêt en train d’évoluer, de revoir notre manière d’écrire… Toujours, nous nous efforçons de revenir avec des nouvelles idées. Cell-0 peut donner l’impression que nous faisons machine-arrière, mais non, il met en exergue une formation qui ne cesse de se poser les bonnes questions pour ainsi mieux avancer. C’est sans doute ça qui fait la force d’Apocalyptica aujourd’hui. Et je pense que nos fans n’y sont pas insensibles ! 

Est-ce difficile de faire sonner convenablement vos instruments sur scène ? Je veux dire, le violoncelle n’est pas l’instrument qui se prête le mieux aux festivals en plein-air…

Pas évident, ouais. C’est beaucoup plus facile avec une simple guitare électrique, c’est sûr ! Et en plus, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de groupes qui tournent dans notre configuration. Donc, nous devons nous fier à notre instinct. Contrairement à la guitare, le violoncelle est un instrument extrêmement sensible et les sonorités qu’il dégage fluctuent en fonction de la température. Ce qui n’est pas forcément le cas pour une simple Telecaster qui sonnera bien partout qu’il pleuve, qu’il vente… Le changement de climat ne l’affectera pas. Quand tu joues de ce genre d’instrument, il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte, mais ça ne nous empêche pas de mettre le paquet de sorte à rendre nos shows toujours plus impressionnants. 

Il y a cette fameuse tournée qui arrive avec Sabaton et Amaranthe… Est-ce que l’on peut dire que ces groupes ont un impact sur votre manière de sonner ? 

Clairement, oui. Les gars de Sabaton sont des gars tellement géniaux et ils ont amené tellement d’idées innovantes… Après, pour la tournée à venir, il ne faut pas la concevoir comme trois groupes partageront simplement l’affiche, mais plutôt comme un  »échange » entre trois groupes. D’ailleurs, sans doute qu’il y aura quelques surprises… Sans doute qu’Elize Ryd (Amaranthe, chant, ndlr) nous rendra visite sur scène, et peut-être rejoindrons-nous Sabaton sur scène pour les accompagner sur « Angels Calling » ou bien pour y proposer notre version de « Fields Of Verdun » ! Verdict le 7 février prochain à Paris au Zénith ! 


Apocalyptica, c’est :

Eicca Toppinen : Violoncelle

Perttu Kivilaakso : Violoncelle

Paavo Lötjönen :  Violoncelle

Mikko Sirén : Batterie

Discographie :

Plays Metallica by Four Cellos (1996)

Inquisition Symphony (1998)

Cult (2000)

Reflections (2003)

Apocalyptica (2005)

Repressed (2006)

Worlds Collide (2007)

7th Symphony (2010)

Shadowmaker (2015)

Cell-0 (2020) 

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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