En ce samedi d’hiver brumeux, nous sommes à Huy en Belgique au bord de la Meuse pour assister à la deuxième journée de l’Heretic Metal Fest. Pour cette troisième édition et après une pause en 2019, le festival a vu les choses en grand en passant sur trois jours dans l’Atelier Rock, une salle au cœur de la cité. Ce samedi est la journée noire avec un programme mettant à l’honneur le Black Metal avec cinq formations. La salle qui accueille le festival est de belle taille et permet de bien voir la scène quelque soit l’endroit où l’on se situe. Elle dispose d’un cachet certain, assez ancien avec des murs noirs parfaits pour la couleur musicale de la soirée.

Texte : Franck Lasselle

Crédit photos : Maurice Delciotto


Tout commence en fin d’après midi avec Demenzia Mortis. La formation belge lance les hostilités comme elle l’avait fait récemment au Mass Deathtruction et les fans sont au rendez-vous pour une bonne rasade de son. Le groupe évolue dans un Black Death hargneux et sait envoyer la sauce porté par un Naberus qui prend une allure démoniaque impressionnante dès que l’intro retentit. Celle-ci dark et glauque est idéale pour préparer le terrain et instaurer une ambiance. Puis avec « Blood Ritual », le concert commence fort en forme de coup de poing. Le chant de Naberus est parfait, droit dans ce ton Black/Death hargneux. Le rythme soutenu fait son effet sur un public qui apprécie le côté guerrier de l’ensemble. La suite avec « Codex 666 » et « No Escape » est toute aussi dévastatrice. Le groupe ne fait pas de quartiers et envoie la sauce avec précision et force. Il y a de la hargne, de la haine même et on apprécie un joli côté épique. Le côté écrasant tabasse un public qui apprécie la charge. L’interlude avant « Deus Mortem » est forte en âme avec un côté glacial intense. Puis occulte et puissant il est une énorme claque mixant Black et Death. Le concert approche de sa fin et celle-ci va être royale. « Be Your Slave & Be Your Master », puis « Exultation Of Pain » sont des claques d’une rare intensité avec la même maitrise servi par un son puissant et clair. Demenzia Mortis a maitrisé son sujet et confirmé qu’il était un gros espoir de la scène. Il a fait mal et a ravi son public, et on attend la suite de ses aventures avec impatience.

La tempête a été forte et la soirée ne fait que commencer. Ce sont les Français de Neptrecus qui enchaînent, et ils vont amplifier la tempête. Depuis 2011 les parisiens œuvrent dans un Black Metal chanté en français qui rend hommage aux racines de la France. L’introduction médiévale donne le ton et lance un voyage dans le cœur des légendes avec une idée à l’ancienne respectueuse des traditions. Une force épique ressort puis avec « Notre Berceau – Notre Tombeau », le concert débute de manière intense. On retrouve un Black Epique avec un côté mélodique à fleur de peau et de la brutalité. Au chant Svarga impressionne, il hurle avec intensité et vit ses paroles à fond avec un côté féroce. « Messager de L’Oubli » est dans le même esprit glacial et épique mais bastonne avec une énorme accélération qui cloue sur place un public attentif. Il règne dans la salle une atmosphère froide et lugubre qui fait ressortir une âme très forte. Après un court sample glacial l’intensité ne baisse pas avec « Retour aux Sources ».  Brutale et rapide, elle est un coup de poing maitrisé. Il y règne la même force épique et mélodique et tout cela fait vivre l’histoire avec force. « Soyons Terribles pour Dispenser le Peuple de l’Être » tabasse comme il faut avec une âme bien présente dans chaque parole. Après un dernier sample guerrier, « Les Cuirassiers de Morbronn » achève la prestation avec la même force épique en revenant sur un épisode de l’histoire de France de la guerre de 1870. Neptercus a fait forte impression avec un concert habité. Avec une certaine idée à l’ancienne du Black Metal, il confirme une place à part au sein de la scène hexagonale.

Avec Volutmna nous partons en Italie à la rencontre d’un groupe qui mixe black et death en incorporant des éléments de la mythologie étrusque pour un résultat très fort. Récemment le groupe a sorti Ciclope avec Harsupex au micro, suite au départ de Zilath Meklhum. L’intro teintée de cet esprit mythologique est idéale pour amener une ambiance avec une force épique certaine. Puis les musiciens cagoulés avec des masques antiques débarquent et en imposent. Le public est en place et attend une rasade de son. Celle-ci démarre avec ‘When Giants Walk This Earth’. On y retrouve un esprit Black/Death  »à la Behemoth » avec une puissance brute énorme. Au chant Harsupex montre une hargne certaine. Tout cela tabasse avec énergie avec un côté mythologique présent avec les samples savamment distillés. « The Megalithic Circle » bénéficie d’une introduction majestueuse puis est une claque avec de l’emphase et une force de frappe énorme. L’accueil est chaleureux et la suite avec « Lars Porsenna », puis « Lord Of Mayhem » enfonce joliment le clou. Il y a le mélange furieux entre Black et Death. Le groupe envoie la sauce sans faire de quartiers. Mais il sait aussi délivrer des plages plus mélodiques au milieu de la violence et cela donne un « Collapsed Island » intense. « Itinere Inferi » est dans le même ton avec une pincée de chant clair pour un résultat épique remarquable avec une brutalité à fleur de peau. Teintée d’un esprit mythologique « Rise, Fall, Giants » est un remarquable moment de brutalité rehaussé par un break épique monstrueux.

La dernière ligne droite est entamée. Avec « La Furia Dei Ciclopi », le groupe confirme son talent pour un Black plein d’emphase. Derrière la reprise de « Black Metal » de Venom est brillante avec un côté agressif réjouissant et une grande force d’âme donnant à ce classique une seconde jeunesse. « Roma Delenda Est » est parfaite pour achever les hostilités avec de la fumée, de la force épique portée par des musiciens ayant remis leurs masques pour appuyer le côté obscur et mythologique. Volutmna a proposé une grande prestation d’une profondeur d’âme énorme. Il a aussi montré  le nouveau line-up tenait bien la route restant ainsi un des patrons en matière de métal teinté d’influences païennes. 

Il reste deux gros morceaux pour finir cette journée. Le premier, c’est Hats Barn. Le groupe lillois débarque en Belgique pour célébrer 15 ans au service du mal dans un esprit Trve Black Metal niché dans l’underground. Le groupe va mettre les petits plats dans les grands. Il y a déjà le décor somptueux avec un côté occulte pour préparer la messe noire. La set list va être somptueuse avec une large revue de la carrière du groupe. L’intro « Agnus Dei » glauque à souhait est parfaite pour amener un côté obscur. Puis avec « Solution Is… Dehumanization », c’est une guerre totale qui se déclenche. Torse nu et bardé de chaines, Psycho en impose. Il dégage une aura maléfique et semble totalement possédé par son art. Il hurle avec une conviction qui force le respect, l’ensemble déboitant comme il faut avec en son centre un break glacial intense. « Purify By Fire » est toute aussi percutante et fait office d’énorme démonstration de force de la part d’un groupe maitre de son art et sur de sa puissance. « Agnus Dei I » permet de souffler et fait monter l’ambiance. Puis « Terrorist Black Metal » impressionne par sa férocité. Psycho en impose encore plus avec des airs de gourou totalement fou. « Le Chant du Mort’ se montre toute aussi puissante et teinté d’un côté malsain à fleur de peau.

Après un « Agnus Dei I » glauque, les deux titres suivants confirment la force du groupe pour un Black pur et dur possédé. « Death Reign » est hargneuse et brutale puis « Le Fleau des Charognards » a la même force brute avec un supplément d’âme si fort. Après l’interlude « Agnus Dei III », c’est la curée avec « Jehovaticide ». Brutal et porté par un chant féroce, il assomme un public sous le charme. Psycho prend la parole et confirme son côté possédé. « Ouis Helvete » scotche au mur avec la même puissance de feu. « Agnus Dei IV » apporte un côté incantatoire puis « Fuck The Nazarene » s’impose comme un cri de guerre primitif qui déboite  avec un rythme intense. La guerre de tranchée continue avec un ‘Euthanasia’ poilu. Après « Agnus Dei V », le concert se termine avec la même puissance. « Marche ou Crève » est un autre cri puis « Ritual Of The Black Goat » achève les hostilités avec un côté brutal et vicieux. Le « Hail to Satan » final finissant la messe avec une énorme force. Hats Barn a fait impression et fait un carton auprès d’un public ravi d’une charge somptueuse et glaciale. Ces quinze années ont été triomphales, souhaitons au groupe que les suivantes le soient tout autant.

La dernière salve de cette journée très intense vient d’Espagne. Depuis 2001 Noctem excelle dans l’occulte avec un Black Death mystique qui se place dans la lignée de Behemoth ou Belphegor. Il est assez tard mais le public est encore bien présent pour acclamer un groupe qui sait mettre le feu et qui dégage une aura certaine à la fois malsaine et attirante. L’intro classique retentit et pose l’ambiance avec un côté sombre glacial. Puis la curée débute. La première salve débute avec un riff costaud. Derrière, la claque est monstrueuse avec une intensité remarquable portée par le chant d’un Beleth qui va chercher le public avec charisme. Le chanteur en impose et semble tout aussi possédé que son confrère d’Hats Barn.

Torse nu et maquillé, il se dégage de lui une aura malsaine bien en lien avec le côté maléfique des titres. Doté d’un rythme énorme le titre est une raclée qui lance idéalement les hostilités. L’intensité ne va pas baisser avec un deuxième titre tout aussi brulant. Le groupe tabasse méchamment et assomme un public ravi de la charge. Le côté Black est bien mis en avant pour un résultat délicieusement féroce. La suite de la prestation va être tout aussi percutante. L’impact est énorme avec de temps à autre des passages plus calmes, teintés d’un côté noir fort en âme, atténuent la violence mais avec toujours un côté très obscur présent. Après un court speech, les hostilités reprennent de plus belle. Le groupe enchaîne les raclées et prend plaisir à faire mal avec une maitrise technique parfaite. Beleth continue d’impressionner. Couvert d’un liquide rouge proche du sang, il semble de plus en plus possédé au fur et à mesure que le concert s’écoule. En fin de prestation, l’intensité est à son maximum avec un côté écrasant de force taillé. Noctem n’est pas là pour s’amuser ou faire semblant et il achève son concert dans un rappel brulant tout aussi féroce. Ce concert aura été un point d’orgue parfait à une journée remarquable.

Les forces de l’ombre ont été mises à l’honneur de belle manière et on ne peut que remercier l’organisation pour la parfaite organisation. Il nous reste à espérer que le festival continuera sur cette lancée et nous proposera bien d’autres belles éditions.

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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