Et de 1, et de 2, et de 3 albums ! Autant dire que les fans n’y croyaient plus ! Demons & Wizards aura finalement accouché de son troisième album en 2020, soit 15 ans après Touched by the Crimson King. Un retard justifié par la vie intense que mènent les deux têtes pensantes du projet dans leur projet respectif, Iced Earth et Blind Guardian. De passage à Paris, Hansi Kürsch a bien voulu décortiquer ce troisième opus avec nous !

Propos de Hansi Kürsch recueillis par Axl Meu


L’année dernière, vous aviez annoncé le grand retour de Demons & Wizards après pas moins de 15 ans d’absence. Comment ce retour s’est-il goupillé ? 

En fait, nous ne nous sommes jamais vraiment arrêtés… Il n’y a eu aucun « split » ou je ne sais quoi. En 2010, nous avions même annoncé la sortie prochaine d’un nouvel album pour Demons & Wizards, mais finalement, il nous a fallu neuf années pour que Jon et moi-même puissions prendre le temps de nous y pencher sérieusement. En fait, nous sommes cruellement impliqués dans nos formations respectives qu’il nous était impossible de se voir : entre les tournées et les albums, nous n’avions vraiment pas une minute à nous. Néanmoins, c’est courant 2018/2019 que nous nous sommes dit qu’il était temps de plancher sur l’album. Et, à la suite de notre annonce sur les réseaux sociaux, la machine s’est emballée : nous avons été approchés par de nombreux festivals. Nous produire dans le cadre de ces festivals apparaissait comme une excellente manière de remettre le nom de Hansi Kürsch sur la table. Puis, ça nous a également laissé suffisamment de temps pour finir l’album… Aujourd’hui, c’est dingue de se dire qu’il s’apprête à sortir ! 

Vous avez enchaîné les festivals l’année dernière, et la rédaction a eu la chance de vous voir, et au Hellfest, et dans le cadre des Metaldays. Vous étiez en tête d’affiche en Slovénie, tout comme au Wacken d’ailleurs. Avez-vous considéré la date des Metaldays comme une sorte de répétition générale avant la date fatidique du Wacken Open Air ? 

Je ne suis pas sûr que l’on puisse de parler de « répétition générale » quand tu te produis devant des dizaines de milliers de spectateurs (rires)… Mais comme tu dis, tu nous as aussi vus au Hellfest et notre production sur place était quand même bien plus « light » qu’aux Metaldays. En fait, nous nous étions produit au beau milieu de l’après-midi à Clisson, à l’inverse des Metaldays, où nous étions en tête d’affiche : les moyens développés étaient donc sensiblement différents ! Cela dit, le public français semble avoir apprécié notre concert, même si nous y avions rencontré pas mal de problèmes techniques ! Après, il y a le Wacken Open Air… Et quand un tel festival t’offre l’opportunité de te produire en headliner, tu n’as pas vraiment droit à l’erreur. Et c’est un peu comme si nous étions en compétition avec les autres formations de l’affiche, d’où le fait que nous avons sorti le grand jeu, un peu comme aux Metaldays. Et franchement, si tu la considères comme une répétition, je peux clairement te dire sans hésiter que c’était la meilleure répétition de ma vie !

Vous a-t-il paru évident de reprendre du Iced Earth et du Blind Guardian ?

Quand nous sommes partis en tournée, l’album était fini, mais pas mixé ! Nous avions pensé que ce serait une bonne idée de jouer, au moins une chanson de ce nouvel album, « Wolves In Winter », en l’occurence. Mais, pour finir, nous avons mis cette idée de côté, car il aurait été dommage que le morceau en question finisse sur Youtube et que le gens le découvrent en qualité médiocre. Ça n’aurait eu aucun sens pour finir. C’est pour cette raison que nous avons joué aucun nouveau morceau de troisième album. Et puisque les deux premiers albums ne contiennent pas tant de pistes « singulières », qui se détachent des histoires, que ça, nous avons décidé d’inclure quelques morceaux de Blind Guardian et Iced Earth à notre setlist. 

Vous voilà donc avec le troisième opus de Demons & Wizards, il s’intitule sobrement III. Pourquoi pouvons-nous dire que le groupe a gagné en maturité et que ce nouvel album en est la preuve formelle ? 

Eh bien, je me rends compte que je gagne en maturité à chaque fois que je me regarde dans la glace le matin, c’est-à-dire, tous les jours ! C’est d’ailleurs mon plus gros problème ! (Rires) Trêve de plaisanteries, il s’est, en effet, écoulé quinze ans entre notre deuxième album et celui-ci, soit plus de la moitié de notre carrière ! Et Dieu sait qu’il s’est passé des choses entretemps. Donc oui, nous avons gagné en maturité, aussi bien humainement que musicalement parlant, et le troisième opus en est le témoin. Il comprend des pistes qui ont pris de le temps de mûrir, très dissociables les unes aux autres, arrangées de la manière la plus organique possible !

Au début, l’idée était de n’avoir qu’onze pistes pour l’album pour un total de 45 minutes et garder le reste pour le « bonus ». Finalement, nous nous sommes dit qu’il serait vraiment dommage de les mettre de côté… Pour ce qui est du style, le troisième album enfonce les portes déjà ouvertes sur les deux premiers opus, à comprendre que le côté Rock 70’s qui s’en détache… Il y a des idées que l’on associera forcément à Blind Guardian ou même à Iced Earth, mais quelque chose de magique ressort vraiment de cet opus ! Il se passe vraiment quelque chose sur cet album, comme si l’alchimie qu’il y a entre Jon et moi-même n’était jamais partie ! 

Les thématiques abordées par l’album sont-elles les mêmes par rapport aux deux premiers albums ? 

Oui, toujours. Mais j’aborde toujours les paroles de la manière la plus personnelle possible… Et ce n’est plus un secret pour personne, je m’inspire essentiellement de ce que je lis pour mes textes, à savoir la fantasy. Par exemple, il y a ce morceau « Children Of Cain » qui présente une monde futuriste, à tendance dystopique, dans lequel on se doit de tuer son propre frère de sorte à être accepté dans la société. Il y a ce morceau « Midas Disease », qui raconte les méfaits d’une personne qui se sert de son pouvoir pour manipuler les gens. Et aujourd’hui, il y a beaucoup de ces faux prophètes qui sont habiles dans l’art de la manipulation… Bien sûr, tout ce que j’écris n’est que fiction, mais on y retrouve toujours du vrai, puisque je suis plutôt du genre à me documenter avant d’écrire quoi que ce soit !  

« Il se passe vraiment quelque chose sur cette album, comme si l’alchimie qu’il y a entre Jon et moi-même n’était jamais partie ! »

Qui sont les musiciens que vous avez engagés pour l’enregistrement de l’album ? Pourquoi sont-ils différents de ceux qui vous accompagnent sur scène ? 

En fait, tout cela s’est fait de manière très spontanée. Pour l’enregistrement des parties instrumentales, tout s’est fait aux États-Unis, et nous avons fait appel à des musiciens américains, une fois que Jon en avait fini avec sa tournée avec Iced Earth. Et Brent (Smedley, batterie ndlr) et Jake (Dreyer, guitare, ndlr) étaient en plutôt bonne forme, donc c’était la meilleure solution, la plus rapide, car ils sont habitués à travailler en groupe. Ensuite, on a fait appel aux services de Jim Morris, car pour les deux premiers albums, son apport était également précieux ! C’est aussi pour cette raison que je lui ai demandé de m’assister dans le rôle de co-producteur en plus de celui de guitariste additionnel, car j’adore son sens de la mélodie. Il a vraiment un côté Rock 70’s dans sa manière de sonner ! Puis, il est également très clairvoyant, efficace… Il a toujours un paquet d’idées et de suggestions sous la main. Autre qualité, il n’est pas du tout du genre à surproduire les morceaux. Il essaie toujours simplement d’améliorer les choses, les chansons, sans pour autant les dénaturer, donc… Voilà ! Ça s’est fait de manière très naturelle !

Pour revenir à III, je dois avouer que j’ai été surpris de vous le voir clore avec une chanson qui dure dix minutes. « Children Of Cain », titre auquel tu faisais allusion tout à l’heure.

Il y a deux morceaux dans cet album, « Timeless Spirit » et « Children Of Cain », qui sont de longues pistes épiques. Et c’est un peu ces deux morceaux qui ont plus ou moins conduit l’écriture de cet album, parce qu’on sentait qu’ils correspondaient bien à notre marque de fabrique : on y trouve à la fois le style de Jon à la guitare, et le mien au chant. Et quand nous étions en train de plancher sur « Children Of Cain », nous avions le sentiment que ce serait la conclusion parfaite à III. Il nous fallait une chanson énorme au début avec « Diabolic », et à la fin avec « Children Of Cain », de sorte à encourager ceux qui nous écoutent à repasser l’album une nouvelle fois. Personnellement, je trouve que « Children Of Cain » est plus lourd en émotions par rapport à « Timeless Spirit », car il fait l’effet d’une montagne russe, et il dégage une atmosphère pesante, assez sombre. Mais il y a des passages dans ce morceau qui sont bien plus optimistes, comme si tu pouvais finalement voir la fin du tunnel !

On peut aussi retrouver ce côté sombre et inquiétant sur la pochette. Était-ce dans votre intention de créer un album plus sombre ? 

Pas forcément, non. En vrai, c’est une expression de ce que nous avions à dire à ce moment-là de nos vies. Par exemple, « Timeless Spirit » est le fruit d’un des voyages de Jon dans le désert de l’Arizona au sein des montagnes. Tout ça, ça l’a conduit à prendre du recul sur son existence. C’est principalement ça l’histoire derrière « Timeless Spirit » : le fait de méditer… Je sais, c’est un peu confus comme présentation, mais oui, une fois ça pris en considération, tu peux finalement comprendre que le nouvel album dégage un paquet d’ondes positives.

Pour revenir à la pochette, son illustration est purement et simplement en lien avec le morceau « Diabolic », qui renvoie également au tout premier morceau du tout premier album de Demons & Wizards, « Heaven Denies ». Ce dernier parlait de la chute de Lucifer, et « Diabolic », on peut le considérer comme la suite logique de ce morceau, qui narre le conflit entre le bien et le mal. D’ailleurs, nous en avons fait une vidéo, dans laquelle Jon et moi-même jouons le rôle des deux archanges en lutte contre Lucifer et ses alliés. D’ailleurs, c’est ce que nous pouvons voir sur la pochette ! Si tu fais vraiment attention, tu t’apercevras que les deux guerriers ne sont en fait que Jon et moi ! 

Qu’avez-vous prévu de faire pour défendre cet album ? Une tournée d’envergure ? Quid des installations scéniques ?

Eh bien, nous ferons de notre mieux pour vendre ses mérites ! Mais, ça va être difficile de le défendre sur la route, d’autant plus que nous lui avons déjà consacré une bonne année, donc, pour le moment, on sait que, une fois qu’il sera dans les bacs, nous devrons vaquer à nos occupations respectives, c’est-à-dire, Blind Guardian pour moi et Iced Earth pour Jon, formations qui sont sur la préparation de leur prochaine album et tournée. Cela dit, de sorte à exposer le nom de Demons & Wizards, nous ferons sans doute quelques apparitions scéniques ici et là, mais qui sait de quoi l’avenir est fait ? Peut-être tournerons-nous à nouveau ?


Demons & Wizards, c’est : 

Hansi Kürsch : chant 

Jon Schaffer : guitare 

Discographie : 

Demons and Wizards (2000)

Touched by the Crimson King (2005) 

III (2020)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.