Un nouvel album et une nouvelle signature pour Abysmal Dawn qui, gonflé à bloc, compte bien envahir le marché européen le plus vite possible. En effet, c’est bien sur cette impression que nous a laissés Charles Elliotts, le leader de la formation de Death américaine, sur le point de nous délivrer son cinquième « bloc de pavés marbrés », Phylogenesis. Confinés et télé-travail oblige, nous sommes entretenus avec lui via Skype… 

Propos de Charles Elliott (guitares, chant) recueillis par Axl Meu


Comment fais-tu pour passer le temps en cette période un peu délicate ?

Eh bien, je m’occupe, je travaille depuis chez moi, notamment sur le mixage du prochain album d’un groupe anglais, Beyond Grace. Et une fois que j’en aurai fini avec cet album, je commencerai à travailler le prochain EP d’Abysmal Dawn. Il y a un paquet de titres de Phylogenesis qui n’ont pas pu trouver leur place sur l’album, n’étant pas totalement aboutis, donc, vu que je suis obligé de rester cloitré chez moi, je pense que j’aurai enfin le temps de m’y consacrer à nouveau ! 

Abysmal Dawn a pris six années pour réaliser ce nouvel opus, Phylogenesis, autant dire, une éternité ! Pourquoi ? 

Ce n’était pas prévu… En fait, courant 2016/2017, le groupe a changé de line-up, et ce n’est que par la suite que nous avions commencé à mettre en boîte l’album : ses parties de batterie et ses guitares rythmiques. Mais, la vie a repris le dessus, ce qui a fait que chacun des membres ne pouvaient plus se libérer. Je pense également que le fait de ne plus avoir de contrat a allongé le processus de création. N’ayant plus aucune pression, on avait tout le temps pour peaufiner ce qui allait devenir Phylogenesis par la suite. Surtout qu’on a tout enregistré dans mon propre home-studio !

Tu m’as fait allusion aux deux changements de line-up qu’a connu le groupe. En effet, James Coppolino et Vito Petroni, respectivement à la batterie et à la guitare lead, ont intégré les rangs d’Abysmal Dawn. Quel fut leur apport sur Phylogenesis ? 

J’ai vraiment l’impression que James a apporté une nouvelle dimension au groupe. Loin de moi l’idée de dénigrer l’apport de Scott (Fuller, ndlr), qui était un superbe batteur de Death Metal, mais James a su apporter sa propre touche, un « je ne sais quoi » en plus qui fait clairement la différence : un petit côté jazzy qui se détache de la tradition pure et dure du Death Metal. Justement, tu n’es pas sans savoir que je suis un énorme fan de Death qui justement a su se révéler album après album, en sortant des albums comme Human et Symbolic, dans lesquels la batterie est différente et a une approche plus mélodieuse. Avec James, j’ai comme le sentiment qu’il a su apporter autre chose que de simples blast-beat. 

Pour ce qui est de Vito, c’est simple, il nous a rejoints à la fin des sessions d’écriture de Phylogenesis, quand nous étions sur le point d’enregistrer l’album en 2017. Que dire si ce n’est que je suis très fan de son jeu, de sa manière de filer les solos ? Je voulais un guitariste soliste capable de faire la différente et de me décharger du moins pour les solos. Franchement, ça fait du bien d’avoir quelqu’un à ses côtés capables de s’occuper des solo, moi qui m’occupe ses compositions, des sessions d’enregistrement et de tout ce qui s’en suit ! 

Est-ce que tu peux me parler un peu plus de cet album ? Est-ce que l’on peut le voir comme un nouveau point de départ pour vous ? 

Oui, en quelque sorte… Nous avons un super line-up, et j’ai l’impression que nous sommes sur le point de sortir l’album le plus fort de notre carrière ! Et pour le moment, les retours de nos proches sont unanimes, très enthousiastes également. Donc, oui, tout va pour le mieux pour Abysmal Dawn aujourd’hui !

« J’ai l’impression que nous sommes sur le point de sortir l’album le plus fort de notre carrière ! »

Phylogenesis contient son lot de pistes vraiment accrocheuses : le groupe mélange le groove et l’énergie du Death Metal sans pour autant tomber dans le piège de la technique pour la technique. Comment voulais-tu que Phylogenesis sonne ? Voulais-tu qu’il soit groovy ? Technique ? Brutal ? Mélodieux ? 

Un peu de tout ça, en fait ! Avec le recul, j’ai l’impression que Phylogenesis, s’il contient des morceaux très compliqués à jouer, plus techniques, plus « brutaux », il parvient à maintenir l’attention des fans, notamment grâce à ses nombreux points d’accroche. J’entends par cela que chaque morceau, aussi technique soit-il, a son truc à lui qui le rend digeste. D’ailleurs, on compte présenter quelques-uns de ces morceaux sur scène, et il faut que ces morceaux soient jouables, et qu’ils accrochent le fan. L’inverse n’aurait aucun intérêt. 

Est-ce qu’il est difficile de faire dans la technique sans pou autant être ennuyant à la longue ? 

(Il réfléchit) Eh bien, je veux dire… Je sais faire la différence entre ce qui est ennuyant et ce qui ne l’est pas ! Donc, quand je m’ennuie, je n’enregistre pas… Je conçois la technique comme un outil qui me permet d’écrire des morceaux plus efficaces, et non pas de faire dans la démonstration. La qualité de la chanson doit être la priorité absolue, et ce n’est par la suite que la technique vient. 

Est-ce que tu peux revenir sur la chanson « Hedonistic » qui traite de l’hédonisme, doctrine qui prend pour principe la recherche du plaisir…

En fait, ce morceau est une critique cinglante envers cette fameuse doctrine, ce mode de vie. En effet, tous ceux qui l’appliquent pensent que la quête du bonheur est uniquement fondée sur des choses purement futiles, comme le fait d’être riche, d’avoir une nouvelle voiture, ou je ne sais quoi. Cette chanson invite à penser le bonheur autrement. Personnellement, je trouve que l’accès au bonheur n’a de sens que quand tu te fixes des objectifs précis dans ta vie, quand ton existence a un sens concret. 

À la fin de l’album, on y retrouve cette reprise de Death de « Flattening of Emotions » tiré de l’album Human. Est-ce un hommage que tu tenais à rendre à Sean Reinert, le batteur de Death, décédé en début d’année, officiant sur l’album Human de Death ? 

Non, pas vraiment au départ… Du moins, ce n’était pas mon intention de lui rendre hommage… Je veux dire, nous avions déjà mis le morceau en boîte quand nous avions appris la terrible nouvelle. J’y voyais plutôt un hommage solennel envers tous ceux qui ont participé à cet opus… Je veux dire, Human est sans doute l’un de mes albums préférés tous styles et périodes confondues. Donc, tu comprendras que j’ai vraiment été touché quand j’ai appris la disparition de Sean… C’était un gars entier avec qui j’ai adoré partagé la scène pendant la toute première tournée de Death To All en 2012. J’étais au chant, lui à la batterie… Et je suis tellement reconnaissant d’avoir pu partager tous ces bons moments à lui sur scène. Je ne sais toujours pas pourquoi, ni quoi, il est décédé. Mais il ne fait aucun doute que son passage n’a laissé personne indifférent au sein de la scène extrême. Il a inventé un style de jeu à part entière, et a clairement placé la barre très haut ! 

Ce nouvel album marque également une évolution : vous voilà désormais membre à part entière de l’écurie de Season Of Mist. Comment expliquez-vous une telle transition de Relapse Records à Season Of Mist ? 

Notre contrat avec Relapse Records était tout simplement arrivé à son terme… Puis, nous nous sommes tout naturellement tournés vers Season Of Mist qui était vraiment emballé à l’idée de nous signer. D’ailleurs, on reste assez frustrés de notre dernière collaboration avec Relapse Records qui, à mon sens, ne nous avait pas suffisamment épaulés, notamment pour ce qui est du marché européen. Relapse Records étant principalement installé aux États-Unis, il a été difficile pour nous de faire notre nid en Europe. Vraiment, on ne peut pas dire que c’est grâce à Relapse Records… Par exemple, à l’époque de notre tournée européenne avec Death To All, Massacre et Loudblast en 2015, nous avions dû nous débrouiller tout seul, sans l’aide du label… C’était assez frustrant quand même. Cette tournée, que nous avons réussi à intégrer uniquement par nos propres moyens, était mémorable, mais à la fin, je n’avais plus vraiment l’impression que Relapse Records bossait pour nous… Tout ça a fait qu’on a décidé de signer avec Season Of Mist, et je dois dire que je suis pleinement satisfait pour le moment ! 


Abysmal Dawn, c’est : 

Charles Elliott : guitares, chant

James Coppolino : batterie

Eliseo Garcia : basse

Vito Petroni : guitares

Discographie : 

From Ashes (2006)

Programmed To Consume (2008)

Leveling The Plane Of Existence (2011)

Obsolescence (2014)

Phylogenesis (2020)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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