Devons-nous encore présenter Brant Bjork ? Artiste boulimique, producteur et surtout batteur de talent (au sein de Kyuss, Fu Manchu, Mondo Generator…), l’Américain se la joue toujours aussi cool et continue de publier des albums sur un rythme effréné. 2020, un nouvel opus avec Brant Bjork, un opus éponyme qui résume bien sa manière de voir les choses aujourd’hui : à la cool. La rédaction s’est entretenue avec l’artiste à l’occasion. 

Propos de Brant Bjork recueillis par Axl Meu 


Salut ! Dans quel état d’esprit as-tu travaillé sur ce nouvel album éponyme ? 

Eh bien, bonne question… Je ne me suis pas trop posé de questions… Je voulais juste publier un nouvel album avec le groupe. Je n’avais aucun nouveau titre sur la main, et je me suis allé et tout est sorti de la manière la plus naturelle possible. C’est ce que je me suis dit : « On va aller au studio, et on va composer et enregistrer ce nouvel album en dix jours. Allons-y et voyons ce qui se passe, voyons ce que nous parviendrons à faire sortir de nos guitares… ». C’était un peu ça le projet de base ! À partir de rien, composer des morceaux que nous avons mis en boite dans la suite. Tous les jours, c’était ça. On venait avec un nouveau morceau, et nous l’enregistrions dans la foulée… Et nous avons fait ça pendant une grosse semaine, ça s’est passé comme ça. 

Donc, si j’ai bien compris, tu as, et composé et enregistré cet album en dix jours.

Je dirais même moins, en sept jours ! 

Comment expliques-tu une telle manière d’écrire ? Je veux dire, tout le monde ne peut pas composer et enregistrer un album aussi vite…

Eh bien, je ne sais pas. Peut-être que des gens sont capables de le faire, mais qu’ils ne le sont pas au courant. Il faut tout simplement s’autoriser de le faire… C’est tout ! Quand tu as l’opportunité d’être créatif, tu ne peux pas toujours contrôler ce que tu fais, car la créativité, c’est avant tout la liberté. Il faut tout simplement que tu acceptes toute cette créativité qui sort de toi, et là, c’est déjà bien plus facile. Je pense qu’en prenant tout ça en compte, les gens seraient finalement capables d’écrire et d’enregistrement un album en moins de dix jours ! 

Y a-t-il un rapport entre ce nouvel album et ton tout premier effort solo, Jalamanta (1999) ?

En fait, je dirais qu’ils ont tous les deux un point commun : j’ai pour tous les deux albums enregistré tous les instruments. Mais c’est intéressant, c’est un peu comme si la boucle était bouclé. J’ai enregistré Jalamanta, il y a vingt ans maintenant, et j’ai l’impression que ce nouvel album solo, c’est plus ou moins la consécration de ce que je suis aujourd’hui en tant qu’artiste solo. C’est intéressant d’écouter les deux albums, et de les comparer… Quand j’écris, je suis livré à moi-même… À l’époque, c’était différent : tout était sous contrôle, j’enregistrais des maquettes… J’étais un peu obsédé, car il y a vingt ans, je voulais obtenir telles ou telles sonorités. Et aujourd’hui, j’ai accepté le fait que les choses devaient rester telles qu’elles sont.

Ce qui est ressorti de mon écoute, c’est vraiment sa simplicité et cette chaleur qui s’en dégagent. Il y a aussi des pistes qui ont aussi attiré mon attention comme « Mary (You’re Such A Lady) » et « Jesus Was A Bluesman ». Peut-on établir un rapprochement entre ces deux morceaux, notamment entre « Mary » et « Jesus ». 

Eh bien, « Jesus Was a Bluesman », c’est une chanson qui développe une histoire fictive sur un gars, « Jesus », qui est tombé amoureux du Blues. Il se met à voyager un peu partout aux Etats-Unis pour partager sa passion pour le Blues… À ces fins, il abandonne sa femme et ses enfants… Pour ce qui est de « Mary (You’re Such A Lady) », c’est une toute autre histoire. Elle évoque l’histoire d’un propriétaire d’esclaves qui est tombé amoureux d’une de ses esclaves, Mary. Il va la demander en mariage, et tout faire pour lui rendre sa liberté. Puis, à la fin, elle va l’aimer en retour ! 

Comment es-tu parvenu à obtenir ce son si chaud ? 

Non, ce n’est pas moi qui ai obtenu ce son : tout le mérite revient à Yosef Sanborn. C’est un magicien ce type… C’est aussi quelqu’un avec qui je partage une vraie passion pour le Classic Rock, et ce qui rend le Rock Classique ! 

Est-ce que tu peux me dire comment tu as procédé pour l’enregistrement de la batterie, notamment par rapport à Kyuss. Joues-tu d’une autre façon ? 

Non, je joue juste d’un instrument comme je le sens, c’est tout. Si je devais décrire ma façon de jouer, je dirais que je me base plus sur les sentiments, sur le feeling, et moins sur l’aspect technique. Plus tard qu’hier, j’ai maté un film avec mon fils dans lequel on y voyait un père apprendre à son fils à jouer au baseball. Il lui a tout simplement dit de prendre du plaisir… C’est comme ça que je joue de la musique, que je la conçois. Quand je m’assois derrière mon kit de batterie, je ne veux pas trop réfléchir, tout simplement prendre du plaisir. D’ailleurs, pour réfléchir, il y a les choses barbantes de la vie de tous les jours, comme l’école, non ? 

« Je me base plus sur les sentiments, sur le feeling, et moins sur l’aspect technique »

Tu joues donc comme tu vis : tu veux rester libre dans ta démarche, dans ta manière de sonner. Tu ne veux suivre aucune règle. 

Oui, voilà, je veux rester authentique, tu vois ? 

Comment travailles-tu avec le label Heavy Psych Sounds ? D’ailleurs, travaille-t-il d’une autre manière que toi avec ton propre label, Dunna Records ? 

Travailler avec Heavy Psych Sounds, c’est une toute nouvelle aventure. Je me laisse aller, je leur donne ma musique et je sais que le label fera le nécessaire pour la promouvoir, comme la diffuser un peu partout dans le monde. Je veux dire, je sais que l’équipe est très compétente, et je n’en plains pas. Et c’est en totale opposition par rapport à ce que je faisais avec mon propre label. À l’époque, avec Dunna Records, je tenais à contrôler mes désirs. En fait, je ne voulais pas trop diffuser ma musique, la diffuser la moins possible, comme si je voulais garder le contrôle ! Mais en fait, Chuck Dubowski, l’ancien bassiste de Black Flag, m’a fait comprendre que mon désir d’indépendance était tout simplement fantaisiste. Pour lui, pour survivre dans cette jungle, il faut s’entourer de bonnes personnes, et que ça ne servait à rien de tout vouloir contrôler. Et c’était plus ou moins ça le challenge pour moi : trouver de bonnes personnes avec qui travailler. Et désormais, je suis bien content de travailler avec Heavy Psych Sounds

Tu te produiras au Desert Fest à Londres (événement annulé, ndlr) en mai prochain. Pourquoi pouvons-nous dire que ce genre d’événements te correspond bien ? 

Ça fait plus de vingt-ans ans que j’évolue dans ce style de musique. Au fil des années, j’ai pu le voir se développer, de voir d’autres groupes arriver… Puis, à la suite, on y a développé une branche artistique, et certaines structures se sont spécialisées dans le domaine des musiques Rock/Stoner/Psyché. Et tout ça, ça correspondait bien à mon souhait d’indépendance. C’est franchement cool de voir que des gens se mobilisent pour faire avancer le style, c’est une force créative, c’est clair. Ça rejoint à ce que je te disais tout à l’heure avec ma signature chez le label Heavy Psych Sounds

À ton avis, qu’est-ce qui unit les groupes qui se produisent dans un festival comme le Desert Fest ? 

Eh bien, je pense que le dénominateur commun entre tous les groupes qui s’y produisent, c’est le Rock ! C’est bien ça qui nous unit tous ! Le Rock’n’Roll est vraiment né dans les années 60, quand les groupes ont commencé à expérimenter, quand ils ont commencé à aborder des sujets qui dérangent, puis après, il y a eu d’autres styles qui sont apparus, comme le Punk, le Grunge… Nous, on était plus cool, à l’époque, on fumait beaucoup de weed et on jouait du Rock… Il n’y a rien de « revival » dans ce que nous faisons. Certains disent que le Rock est mort dans les années 70 quand Black Sabbath a changé, mais non, le Rock a toujours existé, tout comme le Jazz d’ailleurs. Il y a des musiciens qui sont promis de faire vivre le Jazz, et c’est ce que je fais avec le Rock. 

Une nouvelle réunion avec Kyuss est-elle envisageable, comme c’était le cas en 2013 ? 

Aujourd’hui, rien n’est impossible. Il faut encore que j’en reparle avec Nick (Oliveri, basse), John (Garcia, chant), et Bruno (Fevery, guitare)… Je n’ai pas trop eu le temps de leur en parler dernièrement. On s’est déjà reformé une fois, et je ne suis pas contre l’idée de former Kyuss une nouvelle fois. Mais il y a des problèmes à surmonter, ce qui ne sera pas du jour au lendemain. Nous allons essayer de trouver de nouvelles solutions, il faut dire que c’est notre héritage, notre groupe, et que nous avons certaines responsabilités à tenir. Mais pour le moment, on verra ce que le futur nous réserve. 


Brant Bjork, c’est :

Brant Bjork : tous les instruments 

Discographie :

En solo :

Jalamanta (1999)

Brant Bjork and The Operators (2002)

Keep Your Cool (2003)

Local Angel (2004)

Tres Dias (2007)

Punk Rock Guilt (2008)

God and Godnesses (2010)

Tao Of The Devil (2016)

Jacoozi (2019)

Brant Bjork (2020)

+  The Bros 

+ Kyuss 

+ Fu Manchu  

+ Mondo Generator 

+ Vista Chino 

L’image contient peut-être : une personne ou plus, texte possible qui dit  ’Heavy Psych Sounds Records SPRING SEASON RESCHEDULE Brant Bjork Self-titled BRANT BJORK OUT MAY 8TH www.heavypsychsounds.com’

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.