Vader, c’est avant tout la passion du riff, et une constance respectable, ce qui en a fait – au fil des années – une des références incontournables dans le domaine des musiques extrêmes en Europe, et même outre-Atlantique. Mars 2020, un confinement dont tout le monde doit se soumettre, mais un nouvel album, leur seizième, à défendre malgré tout pour les Polonais. Il s’intitule Solitude In Madness, un album sur lequel son leader, Piotr Wiwczarek, a pris beaucoup de plaisir à revenir avec nous. 

Propos de Piotr Wiwczarek (chant, guitare) recueillis par Axl Meu

Remerciements : Bruno (Röck The Nations)


Comme tu le sais, nous devons faire face à une crise sanitaire inédite qui a un impact important sur les groupes qui passent leur vie sur la route, et Vader en fait partie. Comment cette crise t’affecte-t-elle ? Je sais que votre release-party à Essen a été reportée… 

Ce problème touche la planète entière, tu sais… C’est vraiment une situation inédite comme tu le dis, une nouvelle lutte que nous devons tous affronter, un nouveau scénario dont nous ne savons strictement rien. Et tout le monde va en faire les frais, notamment Vader. On va devoir se serrer les coudes… Et rester loin les uns des autres est le seul moyen qu’on a à notre disposition pour tuer le virus. C’est une étape difficile, je conçois, mais de tout temps, l’humanité a été confrontée à des crises sanitaires, comme la peste… Aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir ce merveilleux outil qu’est Internet. On peut être séparés de ses proches, mais rester en contact avec… Et une fois ce fléau derrière nous, on pourra passer à autre chose, retrouver la scène. Vader a de quoi s’occuper, nous devons préparer la sortie de notre nouvel album, Solitude In Madness… La musique est tout ce que nous avons, et malheureusement, vu la situation, on doit coopérer. Tôt ou tard, tout finira par rentrer dans l’ordre. 

Avant de revenir en profondeur sur ce nouvel album, Solitude In Madness, j’aimerais revenir sur la remarquable régularité dont fait preuve le groupe depuis ses débuts.Vous n’avez cessé d’être productifs… Comment expliques-tu cela ?

Tu sais, enregistrer des albums, tourner, c’est notre métier ! Nous sommes des musiciens qui bénéficient d’un statut pro’. La musique reste notre priorité… On enregistre de nouveaux morceaux pour ensuite repartir sur la route. Bien sûr, le rythme est élevé, il ne faut jamais rester sans rien faire, car c’est avant tout une question de survie. Mais c’est un choix de vie… Et donner des concerts, c’est ce qui motive Vader. C’est aussi pour cette raison que le confinement ne nous va pas si bien… Mais bon, on n’est pas sans rien : nous pouvons toujours nous enfermer avec nos instruments pour enregistrer de la musique. 

Solitude In Madness est donc le 16ème album de Vader. Dans quel état d’esprit as-tu travaillé sur ce nouvel album ? 

C’est un nouvel album, il vient après The Empire (à noter que le groupe a sorti Dark Age entretemps, ré-enregistrement de leur premier album, The Ultimate Incantation, paru en 1992)… Il faut savoir que je ne suis pas trop du genre à perdre mon temps et qu’une fois un album sorti, je commence déjà à collecter de nouvelles idées de riff pour la suite. Pour Solitude In Madness, c’était un peu ça… J’avais déjà des idées de riffs just’après la sortie de The Empire. Après deux décennies à composer une musique aussi extrême, je suis parvenu à conserver cette hargne, cette colère qui m’animait à la fin des années 90. Le Vader de l’époque était déjà très « speed », et l’album Litany est était le symbole. Solitude In Madness, c’est tout simplement le reflet d’un musicien, moi, désormais capable de composer des chansons encore plus courtes, plus rapides encore… Enfin, gagner en rapidité n’est pas mon seul objectif, mais ça a toujours été un des crédos de Vader

L’essence de Vader, c’est bien sa science du riff. Y a-t-il un mode d’emploi pour sonner comme Vader ? 

Je laisse ça aux fans, et aux musiciens. Je fais les choses à ma manière. Je laisse ma guitare s’exprimer pour moi… J’adore les musiques extrêmes, et je veux composer les morceaux les plus solides possible. Ce sont des musiques qui expriment une certaine forme de violence. Je dirais que le fait que nos tempos soient élevés n’est pas étranger à notre manière de sonner également. Ensuite, j’essaie toujours de rattacher cette violence à d’autres choses… Après, il n’y a pas vraiment de recettes.

Est-ce que ta vie est à l’image de ta musique, à savoir « violente » et « extrême » ? 

Que signifie « extrême » ? Que signifie « violent » ? Tu sais, je ne suis pas à la guerre ! Ma vie est extrême, mais je l’aime… Certes, ce n’est pas tous les jours simple : je voyage, j’enrichie ma culture, et tout ce que je vis, tout ce que je vois au quotidien, j’essaie toujours de le faire transparaitre dans ma musique, j’essaie de mettre en mots ce que j’observe. Bien sûr, tout ce que je vois évolue au fil des années, tout comme moi pour finir. Je ne suis certainement pas le même gars qu’il y a vingt ans quand Vader était encore sur ses débuts. Quand j’étais ado, j’étais un peu seul face au monde, et je me moquais un peu de tout, des normes… Malgré le temps, j’ai toujours eu en moi cette colère, car le monde dans lequel nous évoluons aujourd’hui est loin d’être parfait. Et il y aura toujours des choses à dire donc je continuerai à gueuler ma haine… Cela dit, ma manière de procéder est quand même plus subtile aujourd’hui ! 

« Le monde dans lequel nous évoluons aujourd’hui est loin d’être parfait »

Quel message voulais-tu développer sur cet album ? Tu fais plus ou moins le constat de la situation actuelle du monde, si j’ai bien compris…

Les textes de Vader sont ouverts à plusieurs degrés d’interprétation : tout dépend de comment tu vois les choses en fait. Vader utilise des symboles, des histoires… Tout est imagé en quelque sorte. Même si je suis amené à transposer dans mes textes ce que je vois au quotidien, je le fais de manière indirecte, en utilisant la fiction. Je ne suis pas un reporter ou je ne sais quoi… Je préfère créer des histoires, et c’est cette manière-là que j’ai décidé de privilégier. C’est un peu dangereux, c’est vrai… Mais j’aime mieux quand les choses suscitent l’imagination ! 

Est-ce que tu peux développer sur l’aspect purement technique de Solitude In Madness. Avec qui avez-vous travaillé ? 

Après quinze années passées au Hertz Studio (Bialystok, Pologne), j’ai décidé de sortir de ma zone de confort, de changer de studio, de changer de producteur, juste pour donner un coup de jeune au son de Vader. On a adoré travailler au Hertz Studio, mais au fil des années, il n’y avait plus trop de surprises, comme si une sorte de routine s’était installée. Changer de studio, c’était la meilleure des solutions pour se lancer de nouveaux défis. Après plusieurs options, on a décidé de partir en Angleterre au Grindstone Studios (Suffolk, Royaume-Uni) et de s’entourer d’un producteur anglais, Scott Atkins. En quelque sorte, on peut dire que Vader est retourné à ses propres fondements, puisque c’était également en Angleterre que nous avions mis en boite notre premier opus (The Ultimate Incantation, ndlr)…

Bref, travailler avec Scott était une très belle expérience, car on a procédé différemment : par exemple, autrefois, nous ne nous concentrions pas autant sur les pistes de chant, sur les mélodies vocales, mais cette fois-ci, c’était différent. Sur Solitude In Madness, on a essayé de développer de nouvelles idées, notamment sur les placements de voix. Aussi, puisque Scott est anglais, il m’a aidé pour la prononciation, et on peut clairement dire que je n’ai jamais aussi bien chanter anglais que sur cet opus. Puis, pour ce qui est des pistes séparées : on voulait que la batterie soit plus organique, moins fabriquée, qu’elle sonne « live » et que chacune des pistes, guitares, basse et batterie soient dissociables. Après, c’est toujours aux fans d’émettre un jugement, mais personnellement, je trouve que cet album sonne différemment et qu’il est plus agressif. Mais cela n’engage que moi !

Le line-up actuel de Vader est désormais bien établi. Ça fait désormais neuf ans qu’il n’a jamais changé. Est-ce que l’on peut dire que l’on est sur une version définitive de Vader aujourd’hui ? 

Tu sais, personne ne peut prédire ce qui se passera. Ça fait un moment que nous sommes là oui, que le line-up est stable, mais nous sommes tous des êtes humains, donc imprévisibles. En ce qui me concerne, j’espère que nous serons amenés à travailler ensemble le plus longtemps possible, car on se connait bien et que c’en fait une force pour le groupe. Sur scène, qui n’a pas remarqué qu’on prenait beaucoup de plaisir à partager la scène ? Mais par le passé, j’ai appris qu’on ne pouvait jamais rien prévoir, notamment un changement de line-up. En tout cas, pour le moment, tout va bien !

L’artwork qui illustre Solitude In Madness est très impressionnant : tu peux m’en parler ? 

C’est à Wes Benscoter que le mérite revient. C’est un artiste, un vrai ! Il a conçu cette illustration après que je lui ai donné les paroles des chansons. Cette créature est vraiment le fruit de son imagination ! Après, cette illustration, c’est un peu comme les paroles : chacun peut y aller de sa propre interprétation. En tout cas, ce n’est pas la première fois que nous travaillions avec lui : il s’était également occupé de la pochette de De Profundis… Et naturellement, je suis revenu vers lui ces dernières années. Pour moi, c’est vraiment l’un des meilleurs pour ce qui est de l’alliance des couleurs. Un vrai bonheur de travailler avec lui !

Tu fais allusion à l’album De Profundis. Beaucoup espèrent qu’il soit enfin édité en vinyle.

Oui, oui, c’est prévu ! En fait, on a conclu un deal avec Nuclear Blast… Et je dois t’avouer que j’ai été agréablement surpris quand ils m’ont appris qu’ils étaient intéressés par l’idée de le ressortir et de l’éditer pour la première fois en vinyle ! Ce serait plutôt pour la fin de l’année… Pour le moment, on attend la sortie de Solitude In Madness, ensuite, on reprend la route, et ce n’est qu’après qu’on se concentrera sur cette fameuse réédition !


Vader, c’est : 

Peter : Chant, Guitare

Spider : Guitares

James : Batterie

Hal : Basse

Discographie :

The Ultimate Incantation (1992)

De Profundis (1995)

Black To The Blind (1997)

Litany (2000)

Revelations (2002)

The Beast (2004)

Impressions In Blood (2006)

Necropolis (2009)

Welcome The The Morbid Reich (2011)

Tibi Et Igni (2014)

Future Of The Past II : Hell In The East (2015)

The Empire (2016)

Dark Age (2017)

Solitude In Madness (2020)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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