S’il y a bien une formation qui a retenu notre attention ces derniers mois, c’est Sons Of A Wanted Man. Impressionnants par ses morceaux à la charpente complexe, mais aussi tant tôt tellurique tant tôt céleste, les Belges ont vraiment du talent à revendre. Quelques mois après la sortie de Kenoma, leur premier opus, via les Acteurs de l’Ombre Productions, la rédaction s’en est allée leur poser quelques questions. 

Propos du groupe recueillis par Thomas Deffrasnes


Que devons-nous comprendre derrière le nom de Sons Of A Wanted Man? 

Notre bassiste avait en tête ce nom des années avant notre formation. C’est en fait lié à notre intention initiale, celle de créer un groupe de Post-Rock sombre et lourd. Avec le recul, ça peut refléter la fraternité entre nos membres, et maintenant nous considérons notre nom ouvre le champ du possible à l’imagination. 

Cinq ans après vos débuts, vous venez enfin de publier votre premier album ! Que pensez-vous avoir achevé avec Kenoma ? 

Avec cet album, nous avons pu capturer le son qui nous est propre. Celui que nous tentions d’atteindre, qui fait l’identité du groupe. En regardant nos travaux précédents, on s’aperçoit qu’il y a une évolution saine. Cela prouve que nous avions vraiment besoin de quelques années d’expérimentation et d’expérience avant de pouvoir livrer un album comme celui-ci. Les retours ont été extrêmement positifs et nous sommes très heureux du résultat de Kenoma

Votre musique me rappelle l’œuvre « L’Empire des lumières », du peintre Belge , René Magritte. Y voyez-vous un lien ? 

C’est une comparaison très intéressante ! Ca me rappelle à une exposition vraiment cool, sur Magritte et Salvador Dali qui se tenait au Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles l’année dernière. « L’Empire des Lumières »  ne faisait pas partie de la collection, cependant je vois tout à fait le lien que tu établis. Dans la chronique que vous avez écrite (http://www.heretik-magazine.fr/2020/03/23/hrtkro-sur-les-platines-de-la-redaction-17/, ici !), tu as qualifié notre album comme tel : « une œuvre qui joue sur l’alternance entre la clarté et la pénombre », ce qui est une belle façon de voir les choses. Magritte aimait surprendre le public avec des contrastes. Ce qui est quelque chose que nous aimons faire aussi en tant que groupe ! Quant à nos paroles, il y a l’influence de Freud et Jung, qui ont également inspiré les peintres surréalistes. Ces derniers aimaient travailler autour d’idées abstraites. Merci beaucoup pour cette analyse ! Il n’est pas simple de mélanger Black Metal et influences Hardcore. 

Comment y parvenez-vous avec autant justesse ? 

Tout commence par un jam. Ensemble dans notre espace de répétition, on entrevoit où nos idées et notre spontanéité pourraient nous amener… Ce sont des pistes qui viennent de façon très organique. Nous avons tous différents horizons musicaux et préférences, ce qui signifie que nos influences sont toutes aussi différentes. Nous avons commencé à intégrer des Blast-beats à notre Post-Metal pour créer un nouveau degré d’intensité. Quand on compose un morceau, on essaie de ne pas créer de cadre, mais plutôt un espace d’expérimentation. On injecte différents genres avec des éléments de Post-Rock, Sludge, Shoegaze, Hardcore, Death Metal,… Ainsi, tout cela rend les choses intéressantes. 

« Quand on compose un morceau, on essaie de ne pas créer de cadre, mais plutôt un espace d’expérimentation. »

Vous parliez aussi d’influences Punk… 

Nous entendons par là que nous incorporons une « impulsion Punk » dans notre approche de la musique. Notre groupe se veut ouvert d’esprit et libre, indépendant des critiques. Nous jouissons de nos différences, car s’en tenir à un style de musique n’a jamais été l’objectif de notre formation. Nous appelons notre son « post-métal noirci » pour donner aux gens une certaine idée de ce que nous jouons. Mais les discussions pour savoir si nous créons du Black, du Post-Black, Blackgaze, ou du progressif Post-Grindjazzcore atmosphérique est en fait inutile. Soit vous l’aimez, soit vous ne l’aimez pas. Nous appelons notre son « Post-Metal noirci » pour donner aux gens une certaine idée de ce que nous jouons. C’est la seule chose qui compte. En outre, nous avons toujours été un groupe bricoleur qui croit fermement à la connexion des individus entre eux par les sensations que procure une musique libre. Les choses ne sont pas acquises, nous sommes humbles et ressentons une profonde gratitude lorsque les gens s’intéressent à nous, réservent nos concerts, … Qu’ils ressentent ce que l’on crée. 

À votre avis, quel morceau résumerait bien la musique de Sons Of A Wanted Man et son album Kenoma? 

Nous avons tous le sentiment que notre titre « Kenoma » résumerait bien notre musique. Ce n’est pas seulement la piste la plus longue, mais c’est aussi celle qui intègre à peu près toute une variété d’éléments que l’on retrouve dans nos chansons. C’est la raison pour laquelle un clip illustre ce titre. 

Votre musique regorge de détails, d’influences. Chaque nouvelle écoute nous permet de le redécouvrir. 

C’est quelque chose qui nous tenait à cœur dans la conception de l’album. L’idée des voies féminines par exemple remonte à un constat fait lors d’un séjour à Boulogne-sur-Mer en 2017. Des artistes comme Chelsea Wolfe, Lingua Ignota ou encore Oathbreaker et Brutus montrent que le chant féminin peut apporter une toute nouvelle dimension à la musique. Presque un an plus tard, nous avons joué à Berlin avec le groupe de Shoegaze, Slow Crush. Nous avons été époustouflés par leur atmosphère ainsi que la voix d’Isa. Nous incorporions déjà des éléments Shoegaze dans notre son à l’époque, mais nous avons eu alors le sentiment que ce serait une bonne chose d’essayer quelque chose de nouveau sur notre prochain album. On a simplement demandé à Isa si elle serait partante pour travailler sur une chanson avec nous et Canine. Son dévouement a rendu cette expérience incroyable. Les commentaires que nous avons reçus sur la chanson étaient super positifs et nous sommes extrêmement satisfaits du résultat. 

Comment avez-vous rencontré Les Acteurs de L’Ombre Productions ? 

Après avoir enregistré Kenoma, nous avions sur la table une courte liste de labels cohérents avec notre groupe. En termes de musique, d’éthique, d’approche et d’ambitions, LADLO était notre choix de prédilection. Nous sommes extrêmement reconnaissants qu’ils aient accepté de travailler avec nous ! Nous étions déjà de grands fans de leurs autres collaborations. Des groupes tels qu’Au-Dessus, Pénitence Onirique, Regarde Les Hommes Tomber, Wildernessking, Mur, Time Lurker, et j’en pense, prouvent que LADLO est un label capable de comprendre notre vision éclectique de la musique. Ils ont toujours accueilli des groupes qui n’ont pas peur d’expérimenter. 

Comment le COVID-19 affecte-t-il la suite de Sons Of A Wanted Man ? 

Nous sommes tous dans ce pétrin. Vous pouvez donc déjà imaginer comment le COVID-19 nous a affectés sur le plan personnel. En tant que groupe, sortir un premier album quelques semaines avant l’éclosion massive d’une pandémie qui paralyse l’Europe n’est certainement pas le meilleur scénario… Bien sûr, beaucoup des gens peuvent prendre le temps d’écouter notre disque maintenant. Mais, nous préférerions plutôt tourner pour en faire la promotion. C’est horrible de voir comment toutes nos dates sont annulées les unes après les autres. Mais nous ne pouvons qu’être patients. Espérons que cette pandémie arrive à son terme, afin que nous puissions répéter et monter sur scène à nouveau. 


Sons Of A Wanted Man, c’est : 

Didier Boost : Guitare

Kevin Steegmans : Batterie

Josse Theunkens : Basse

Pieter Jans : Guitare 

Jan Buekers : Chant

Discographie : 

Kenoma (2020)

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