Du mois de mars 2020, l’Histoire ne se souviendra peut-être pas du superbe album que les Corses de Silence Of The Abyss ont fait paraître… Hélas, elle retiendra surtout cette longue période d’incertitudes dans laquelle nous avons tous été plongés, et ce, contre notre gré. Pourtant, Unease & Unfairnessa de sacrés arguments : production aux petits oignons, des très bonnes compositions, et surtout une personnalité qu’il nous tarde de voir à l’œuvre sur scène ! 

Propos de David Santucci (Guitare) recueillis par Axl Meu


Entre votre premier EP et ce premier album, Unease & Unfairness, Silence Of The Abyss changé de line-up, notamment de chanteur. Que s’est-il passé ? 

Ça ne collait plus… Et en général, c’est compliqué d’intégrer et de s’impliquer dans un projet à 100%. Soit, car ils ont un travail, soit car ce n’est pas leur vie. Cela-dit, au vu des retours qu’on a eus pour le premier EP, Silence Of The Abyss a été reboosté. Ça nous a vraiment donné envie de donner le meilleur de nous-mêmes pour la suite… Mais, par moments, il y a des gens qui ne peuvent pas suivre, donc… On avait fait appel à Jean-Bernard pour qu’il nous dépanne le temps d’une soirée. Et ce remplaçant de dernière s’est finalement transformé en membre permanent. On lui a demandé s’il voulait rester avec nous, il a dit oui. Nous étions alors repartis de plus bel ! 

Les compositions étaient-elle déjà prêtes quand Jean-Bernard a intégré Silence Of The Abyss ? 

Seuls deux morceaux étaient prêts, c’est tout. Mais rien n’était prêt pour ce qui est des voix, des textes. Ce qui fait qu’on a un peu composé dans l’urgence, à trois. 

La particularité du groupe, c’est qu’il vient de Corse. Je dois avouer que la Corse n’est pas la région la plus réputée pour sa scène Metal. Est-ce que vous vivez ça comme un inconvénient ? 

Alors, pas du tout, au contraire. Malgré les apparences, il y a quand même pas mal de groupes en Corse. La guitare y est même considérée comme l’instrument « roi »… Beaucoup jouent de cet instrument et beaucoup de styles sont représentés : Doom, Heavy, Stoner, Death, Punk… J’avoue qu’il manque parfois de monde aux concerts, c’est vrai, mais je pense que c’est partout pareil ! Après, ce n’est pas vraiment un problème en soi puisque l’on joue souvent entre Marseille et Paris, et nous ne peinons pas à organiser des dates. Cela dit, il est vrai que c’est toujours les mêmes qui se rendent aux concerts…

Unease & Unfairness, votre premier album, est sorti le 13 mars dernier via M & O Music. Est-ce que tu peux me le présenter ? 

Je dirais qu’on a surtout gagné en maturité, et que cela se ressent sur ce nouvel album. Il faut dire qu’on a beaucoup travaillé pour ! Sur les harmonies, sur les rythmiques… Jean-Bernard a apporté un vent de fraîcheur au groupe, et il a, par la même occasion, apporté une nouvelle vision… Unease & Unfairness est aussi un album qui brasse beaucoup de thèmes différents : l’humain, le nihilisme, l’hymen, la maltraitance animale, et d’autres qui ont un rapport avec une certaine vision post-apocalyptique du monde. Enfin, je dirais que Unease & Unfairness est bien plus libre que notre premier EP. 

Oui, c’est bien ce qui ressort de l’écoute de l’album : Unease & Unfairness contient beaucoup de parties très ambiantes, des morceaux instrumentaux, des rythmiques qui font très Neo-Metal, parfois Death Metal… Je pourrais même dire que Dagoba et Gojira sont vos principales sources d’inspiration. 

Oui, voilà, ce sont nos sources d’inspiration… Après, tous les trois, nous avons des influences différentes. On écoute de la musique depuis notre adolescence, et on s’intéresse à tout ! Je peux très bien écouter du Metal, mais aussi du Blues, de la Flamenco… Diane, notre batteuse, pourra se passer de l’Electro, et pour ce qui est de J-B, il est possible qu’il évolue dans différents registres : Corse, Rap… 

Pour ce qui est de Silence Of The Abyss, certains ont parlé de Death Metal Progressif, d’autres de Post-Thrash Metal… Mais, il n’est pas vraiment très aisé de mettre une étiquette sur la musique que l’on joue. Je veux dire, on nous a même comparés à Machine Head une fois, mais en ce qui me concerne, je n’ai jamais posé une oreille sur aucun de leurs albums ! Tout s’est fait naturellement, sans que l’on se pose trop de questions. J’ai aussi été surpris que l’on dise que l’on évolue dans une sorte de « Metal Méditerranéen ». C’est vrai que, quand on y pense, J-B a un côté corse et que certaines de nos parties de guitare sont joués avec des guitares équipées de cordes en nylon. 

Vous n’êtes que trois dans le groupe et votre musique est particulièrement complexe. N’était-ce pas trop difficile de tout mettre en boîte et surtout, de tout reproduire sur scène ? 

La composition nous a donné du fil à retordre ! La musique de Silence Of The Abyss est très riche. Nous ne sommes pas du genre à rester sur deux quintes, ni à deux accords, comme c’est le cas dans le Metal en général. On préfère, nous, enrichir nos musiques en mélodies, incruster quelques éléments ici et là, et par moments, il s’est révélé particulièrement ardu d’apposer certaines mélodies sur d’autres. Il nous est arrivé d’enlever certaines notes de nos accords de sorte à ce que tout soit en phrase avec les voix. En clair, il nous fallait trouver l’équilibre parfait. 

L’image contient peut-être : 3 personnes, personnes debout et chaussures

« Malgré les apparences, il y a quand même pas mal de groupes en Corse. La guitare y est même considérée comme l’instrument « roi »… »

Je dois avouer que le son de la batterie m’a particulièrement bluffé. 

Pour la batterie, on voulait tout sauf d’une batterie aseptisée, trigguée…. Sur Unease & Unfairness, on retrouve la batterie telle qu’elle a été enregistrée. On n’a presque rien retouché… Diane cogne tellement fort qu’il ne sert à rien de compresser quoi que ce soit. D’ailleurs, elle gère aussi bien la batterie que le chant, et le deux en même temps sur scène, c’est assez incroyable !

D’ailleurs, vous qui évoluez désormais à trois, sans bassiste, pensez-vous à en inclure un à nouveau par la suite ? 

Eh bien, la porte est ouverte, mais bon, pour le moment, ça marche plutôt bien à trois. On a remplacé la basse par un son en séquence qui permet d’alourdir la guitare. Ce n’est pas une basse, mais le rendu est génial. Puis, après, il est toujours difficile d’intégrer un nouveau membre, je veux dire, J-B et moi, par exemple, nous connaissons depuis plus d’une dizaine d’années. Donc, il serait difficile pour la nouvelle recrue de trouver ses marques, mais bon, en Corse, les bassistes, ça ne court pas les rues, donc ça ne risque pas d’arrive de sitôt ! 

Pour Unease & Unfairness, vous vous êtes entouré de Brett Caldas-Lima du Tower Studio…

En fait, puisque l’on a le matériel nécessaire pour enregistrer chez nous, nous avons décidé d’enregistrer à la maison et de tout lui envoyer par la suite pour le mix et le mastering. On se connaît depuis un moment, on se dit les choses franchement… Il nous a demandé si on pouvait lui laisser carte-blanche pour l’album, ce que vous avons fait. Finalement, Brett nous a proposé un tas de sonorités inédites qui finalement collaient plutôt pas mal avec ce que nous recherchions. La batterie était naturelle, les guitares en aucun cas trafiquées. Bref, il nous a offert un mix’ qui correspondait clairement à notre manière de sonner sur scène ! 

La pochette de l’opus est un peu abstraite…

En fait, nous avions déjà une idée de visuel : celui que l’on retrouve sur le dos de la pochette devait initialement être en avant, mais finalement non. Eric Hyrcza nous a demandé de lui faire une description précise de nos thématiques… Et finalement, il est revenu avec ce visuel qui, selon lui, représente sa vision d’un monde post-apocalyptique. On a de suite adhéré ! Et malheureusement, au vu des circonstances, il semblerait que cette vision ne tarde pas à se produire… 

Comme tu me disais « en off », Unease & Unfairness est sorti pile-poil au mauvais moment, le 13 mars, c’est-à-dire au début du confinement… Ce n’est pas trop dur à encaisser ? 

Il faut se renouveler, réfléchir… C’est pareil pour tout le monde. Pour nous, ça n’affecte que la sortie de l’album, il y a des situations qui sont bien plus complexes, donc ça nous aide à relativiser. En ce qui nous concerne, nous avons dû mettre de côté la réalisation de notre prochain clip, nos dates sont repoussées, et non pas annulées. Et rien ne nous empêche de redonner un coup de com’ à la fin du confinement, justement en publiant un nouveau clip. Ce n’est pas parce que l’album a vu le jour en mars que nous ne pouvons pas en parler à nouveau quand la crise sera derrière nous. La situation est bien plus préoccupante pour d’autres personnes. 


Silence Of The Abyss, c’est : 

David Santucci : Guitare

Diane Giannelli : Batterie 

Jean-Bernard Florès : Chant

Discographie :

Silence of The Abyss (EP-2018)

Unease & Unfairness (2020)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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