Il aura fallu une éternité que pour la formation de Julien Ferrier, Hevius, ne vienne à bout de Millénaire, son deuxième album, paru 15 ans après Derrière La Lumière. Une sortie retardée en partie expliquée par une certaine volonté de bien faire. Et on les excuse, car l’opus fleure bon la scène Power Metal de la fin des années 90. On s’est entretenu avec Julien pour plus d’explications !

Propos de Julien Ferrier (chant, guitare) recueillis par Axl Meu


J’ai appris que la formation d’Hevius ne datait pas d’hier ! Vous vous seriez même formés au milieu des années 90. 

En fait, le groupe a vu le jour où je me suis mis à la guitare alors que j’étais encore au lycée. On y reprenait principalement des chansons de Punk, de Hard Rock, puis naturellement, le groupe s’est orienté vers un style plus « Metal ». Puis, nous avons arrêté de faire des reprises, on a gagné en sérieux, puis des membres sont restés, d’autres sont partis. Et du line-up originel, il ne reste plus que mon frère à la batterie, et moi ! 

Vous comptez deux albums à votre actif, Derrière La Lumière et Millénaire, sorti tout dernièrement. Comment expliquez-vous les quinze années qui séparent ces deux sorties ? Est-ce que la vie de famille a pris le dessus sur votre passion ? 

Concrètement, trois ans après la publication de Derrière La Lumière, le line-up du groupe a été amené à évoluer. Notre chanteur est parti, puis notre clavier… Et finalement, il se trouve qu’on a quand même eu beaucoup de mal à compléter les rangs, à retrouver des personnes motivées, qui soient stables, avec qui on s’entende bien. Je dois t’avouer que le moral n’était pas au beau fixe… Puis, Flo est arrivé aux claviers, puis Olivier à la guitare. Néanmoins, Hevius n’a jamais retrouvé de nouveau chanteur, du coup, j’ai dû à la fois assurer la guitare et le chant. Ce que je fais toujours aujourd’hui. Puis est venu le problème des compositions : notre style ayant évolué, celles déjà écrites ne correspondaient plus à ce que nous étions devenus à l’époque. Donc, à partir de 2012, nous avons pris le temps de composer ce qui allait se retrouver sur Millénaire ! Après, on ne s’est pas mis la pression, on ne s’est pas enfermé dans un studio pour mettre en boîte l’album. On a fait ça en mode « home-made ».

Sur cet album, vous évoluez dans un Power Metal rappelant la glorieuse époque de Stratovarius… 

C’est amusant, car j’aurais eu tendance à penser que l’on s’est un peu écarté de ce style du fait de l’intégration d’Olivier, qui a un son très Heavy, et celle de Flo qui lui évolue dans le Prog Metal. Après, personnellement, j’adore Stratovarius, donc ce rapprochement me convient énormément. 

Le côté purement Heavy Metal « à la Iron Maiden » ressort quand même bien, je tiens à te rassurer. 

Oui, complètement, le fait d’avoir deux guitares, ça a tout changé… Car les compositions, on les compose surtout pour les jouer en live, sur scène. Avant, on ne pouvait pas trop se permettre de jouer sur les harmonies à deux guitares, tout simplement car il n’y avait qu’un seul guitariste dans le groupe, moi. Désormais, on le fait… Et il faut dire que Iron Maiden sont des génies pour ce qui est de filer des harmonies !

Tout à l’heure, tu me disais que tu avais dû reprendre le chant. N’était-ce pas trop difficile pour toi de passer de simple guitariste au poste de guitariste/chanteur ? 

Ce n’était clairement pas facile. Après, j’aime beaucoup chanter, mais on sent clairement que j’ai appris dans la foulée. Sur scène, c’est surtout le fait de devoir faire les deux en même temps qui n’est pas simple. Car tu es obligé de te concentrer sur les deux instruments, et vraiment, tu te sens beaucoup moins libre. Forcément, ça demande de la rigueur, mais ça vient avec le temps.

« Il est tellement simple de chanter en anglais sans assumer tes paroles »

Pourquoi avez-vous décidé d’évoluer dans un chant en français alors que vous jouez d’un style qui se prête surtout à la langue de Shakespeare ? Est-ce que vous êtes fans d’ADX ? 

Je n’écoute quasiment aucun groupe de Metal qui chante en Français, ADX… C’est fou, quand je lis des chroniques, on nous rapproche souvent à d’autres groupes français, qui chantent en français, alors que je n’en connais que très peu, seulement Manigance ! (Rires) Et pourquoi le Français ? Tout simplement parce que je suis pas capable de m’exprimer correctement en anglais. Si j’écrivais en anglais, je ne serais pas à apte à véhiculer les mêmes idées avec la même sincérité. J’essaie quand même d’y mettre un peu de poésie, le pourquoi du français. Aussi, il est tellement simple de chanter en anglais sans assumer tes paroles.

Quelles sont les thématiques abordées sur Millénaire ? Peux-tu me présenter l’album en profondeur par la même occasion ? 

Que dire si ce n’est que Millénaire porte bien son nom ? On a vraiment pris beaucoup de temps pour le mettre en boite. Il comprend 13 morceaux, 11 nouvelles compositions, une reprise des Inconnus et une version remodelée d’un titre de notre premier album, « Nous Sommes Des Rois ». On développe donc ce Heavy Metal qui nous tient à cœur. Ce n’est pas un concept-album, plusieurs thématiques sont abordées, « Millénaire » parle du phénix, « Le Prix du Sang » est l’interprétation d’une histoire que l’on connaît tous. Puis, il y a des morceaux comme « De L’Autre Côté du Miroir » qui développe des sujets un peu plus introspectifs. En tout cas, sur Millénaire, on a essayé d’y incorporer le plus d’éléments fédérateurs, le plus de mélodies accrocheuses. Personnellement, mon titre préféré de l’album, c’est « Armée d’Acier »

Est-ce que tu peux revenir sur cette reprise des Inconnus. « Vice et versa » est devenu « Hevius et Versa »…

Bah écoute, on fait quelques reprises aussi. Et comme on chante en français, on n’a pas la masse de choix. Donc, on s’est dit : « Tant qu’à faire, autant reprendre un morceau décalé qui nous ressemble, sans trop se prendre au sérieux ! ». Finalement, notre choix s’est porté sur ce morceau des Inconnus. On en a donc fait une version « Metal ». Cependant, pour l’inclure dans l’album, nous avons dû demander l’accord des Inconnus et après avoir contacté leur boîte de production, Pascal Legitimus m’a répondu en personne !

Quid de la production ? 

La production, c’est la seule chose pour laquelle nous avons dû faire appel à d’autres personnes extérieures au groupe. On s’est donc entourés d’un premier ingénieur-son pour les prises de son, puis on a eu la chance de rencontrer un jeune ingénieur-son, Mathieu Desjardins, qui a bien voulu nous épauler. Il nous a fait un album aux petits oignons. Certes, certaines personnes diront qu’on est loin du rendu des gros albums de Stratovarius, mais le rendu nous a totalement satisfaits ! Surtout que tout s’est fait à distance et qu’il a pris le temps de faire, de défaire et de refaire pour nous. Et finalement, on s’est retrouvé avec un mix proche de celui des albums de Gamma Ray, très Rock’n’Roll ! 

Comment faites-vous pour vous adapter en cette période délicate ? 

J’avoue que la situation est assez tendue pour tout le monde, Millénaire étant sorti le 3 avril dernier. Tout était calé, et malheureusement, nous avions des dates prévues pour le 28 mars, le 3 avril, le 16 mai… Tout a été annulé. Nous sommes assez frustrés, mais à qui la faute ? On avait une date au Petit Pain à Paris, prévue pour septembre, mais celle-ci est finalement décalée à mars 2021. Néanmoins, il faut que l’on trouve un moyen de rebondir histoire de faire vivre cet album sur scène ! 


Hevius, c’est : 

Julien Ferrier : Guitare, chant

Alexandre Ferrier : Batterie

Ugo Verzeletti : Basse

Olivier Louis-Servais : Guitare

Florian Altairac : Claviers

Discographie : 

Derrière La Lumière (2005)

Millénaire (2020)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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