Personne ne sera passé à côté de l’ascension fulgurante de cette formation Britannique qui aspire plus que jamais à faire aussi bien que les mastodontes qu’elle idolâtre : Opeth, Dream Theater… Et il semblerait que Haken soit sur la bonne voie ! Avec Virus, Haken conclut brillamment la saga qu’elle avait entreprise deux ans plus tôt avec Vector autour du Cockroach King… Grâce à Ross Jenning, on en sait désormais plus ! 

Propos de Ross Jenning (chant) recueillis par Axl Meu 


Drôle de coïncidence… Votre nouvel album, Virus, va voir le jour alors que le Monde doit faire face à une crise sanitaire d’une ampleur inédite. 

Oui, c’est incroyable. Et dire que c’est juste le fruit du hasard ! Mais, du coup, nous avons dû expliquer qu’il n’y avait aucun rapport avec la situation actuelle que nous connaissons et que tout était planifié bien avant que le coronavirus ne se propage. D’ailleurs, le titre de l’album était déjà fixé après la sortie de Vector (2018). En plus, le terme « virus » ne renvoie pas particulièrement à la maladie ici. Ici, il est utilisé de manière métaphorique et renvoie directement au concept de « société », à tout ce qui nous environne… Mais jamais nous n’aurions imaginé que le nom de l’album soit tellement en phase avec l’actualité. Ça arrive. Ça me rappelle la pochette du Live Scenes From New York de Dream Theater, sur laquelle on peut voir les deux Tours Jumelles en flamme, album live pourtant paru un an les attentats du 11-Septembre. C’est assez troublant quand on y repense…

Avant de revenir sur Virus, je dois t’avouer avoir été surpris par l’évolution de la cote de popularité du groupe. Elle n’a cessé de croître ces dernières années. Ressens-tu une certaine pression maintenant que vous faites parties des grands ?  

Non, pas spécialement. En fait, c’est surtout sur le plan financier que nous nous mettons la pression. Aujourd’hui, même une formation comme Haken ne peut pas vivre de sa musique correctement… Et certains d’entre nous doivent continuer de donner des cours ici et là, faire de la photographie pour subvenir à leurs besoins, pour payer les factures. Il semblerait tout simplement que le Rock’n’Roll ne soit plus très lucratif aujourd’hui… À l’époque, les musiciens pouvaient vivre de leur art, mais ce n’est plus le cas à l’heure d’aujourd’hui. Mais quoi qu’il arrive, on ne se soumettra jamais, jamais on ne fera dans la Pop Mainstream pour gagner en notoriété. Cependant, Haken aspire néanmoins avoir une belle carrière et va tout mettre en œuvre pour que sa musique touche le plus de personnes possible. Car c’est là notre priorité #1 ! 

Certes, tu veux toucher le plus de monde avec ta musique, mais elle est quand même loin d’être accessible. Quelqu’un qui écoute Haken pour la première fois peut facilement être désorienté. 

Bien sûr, notre musique n’est pas faite pour passer à la radio, mais j’ai comme l’impression que les plateformes de streaming comme iTunesSpotifyDeezer et autres rendent notre musique bien plus accessible qu’elle ne l’était auparavant. Notre musique, qui pouvait paraître obscure à une certaine époque, ne l’est plus aujourd’hui, comme s’il y avait enfin une place pour nous ! Après, il est clair que nous ne serons jamais au niveau de ColdplayBon Jovi et toutes ces formations Pop. Notre projet à long terme d’être est d’être au même niveau que les artistes que nous adorons, c’est-à-dire, OpethDream Theater… 

Est-ce que tu peux revenir sur le concept qui englobe les deux derniers albums du groupe : Vector et Virus, qui sont tous les deux liés ? 

Eh bien, déjà à l’époque de Vector, nous avions comme projet de revisiter l’histoire du Cockroach King (tyran populiste, qui abuse des promesses de sorte à rallier le plus de personnes à sa cause, ayant déjà fait l’objet d’une chanson sur l’album The Moutain, album publié en 2013, ndlr). J’avoue, c’était une idée assez folle. Nous avons essayé de le mettre en scène, d’y explorer toutes ses facettes, de deviner ce que tyran serait devenu, où il serait allé… . Bref, Vector introduit le début de l’histoire, et ensuite, et Virus reprend là où il s’était arrêté. Le nouvel album rend compte de cette période troublante pendant laquelle ce tyran est devenu cette figure politique imposante.

Les paroles du groupe sont donc construites sur plusieurs niveaux. Elles semblent être aussi complexes que les pistes instrumentales. 

Quand nous travaillons sur un album, c’est un peu comme si on assemblait toutes les pièces d’un puzzle. Et je dois dire que le plus important pour moi, c’est la phonétique, comme sonnent les mots. J’entends par là que les parties « vocales » se doivent de concorder avec la musique. En ce qui concerne des paroles, il y a une trame qui rassemble tous les morceaux… mais il a aussi fallu que je me concentre sur tous les morceaux individuellement de sorte qu’ils aient toutes leur propre entité. Le meilleur exemple est « Prosthetic » qui aborde le sujet de la vengeance. On pensera également à « Invasion » et « Carousel » qui abordent respectivement la problématique de la santé mentale du peuple et de l’environnement.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 637208406676634571-1024x731.jpg.

« Jamais Haken ne fera dans la Pop Mainstream pour gagner en notoriété »

Cette fois-ci et pour la première fois dans l’histoire d’Haken, vous avez décidé de scinder en 5 parties l’une de vos pistes fleuves : « Messiah Complex ». 

Oui, nous composons régulièrement de longues chansons, mais c’est vrai, jamais nous n’en avions découpé une en plusieurs parties. En fait, pour cet album, nous nous sommes permis de le faire, car « Messiah Complex » est clairement faite de différentes parties. Ça frappe aux yeux quand on lit attentivement les paroles. Sur le plan purement musical, j’ai toujours aimé ces longues morceaux, mais je sais que les fans n’ont plus le même rapport à la musique aujourd’hui qu’il fut un temps. En général, ils veulent passer directement à la partie de la chanson qu’ils préfèrent. Et je suis aussi concerné… Car quand j’écoute du Dream Theater, et plus particulièrement la chanson « Changing Season », il m’arrive de passer certains mouvements pour arriver plus rapidement à la section qui plaît le plus. Donc, en présentant le « Messiah Complex » ainsi, nous voulions offrir à nos fans plusieurs options. Soit ils pourront écouter la partie qu’ils préfèrent ou bien écouter le morceau dans son intégralité. 

L’album se termine sur « Only Stars ». Est-ce que tu peux revenir sur le rôle de cette chanson ? 

Nous voulions tout simplement terminer l’album avec une chanson qui rappelle le début de Vector. Et si tu écoutes attentivement, on pourra établir un rapprochement entre « Clear » et « Only Stars » dans le sens où les mélodies se ressemblent. Avec « Only Stars », la boucle était tout simplement bouclée ! Je ne veux pas « spoiler » ou quoi que ce soit, mais c’est plus un épilogue qu’un morceau à part entière, une très belle façon de clôturer l’histoire du Cockroach King

Partant du principe que chaque morceau est source d’apprentissage, qu’as-tu appris en travaillant sur cet album ? 

Je ne sais vraiment pas ! (Rires) Je suis très fier de ce que nous avons accompli avec Haken… Dernièrement, nous sommes parvenus à écrire deux albums très solides ! Je ne saurais te dire ce que j’ai appris, mais ce qui est sûr, c’est que nous faisons tout pour nous améliorer… C’est simple, Haken n’est pas le genre de formation à se reposer sur ses lauriers. À chaque fois, nous aspirons à sortir un album encore meilleur par rapport à celui qui précède. Ce qui n’est pas une simple affaire, surtout nous ne voulons pas nous répéter. D’ailleurs, ça n’aurait aucun sens. À chaque fois, j’espère que la nouvelle galette d’Haken transportera nos fans vers d’autres horizons… Aussi, il ne serait pas surprenant de nous voir évoluer dans un autre style que le Metal Progressif les années à venir. Qui sait ? On verra bien ce que le futur nous réserve ! Ça reste encore à voir. Mais pour le moment, on se concentre sur la sortie de Virus… 

La musique Progressive reflète une certaine forme d’intelligence, d’élitisme. Te considères-tu comme un technicien de la musique ? 

Oui, ça m’arrive d’y penser, car c’est dans ma personnalité. Nous avons tous au sein du groupe des années d’expérience… Certes, le style que nous développons est difficile d’accès, mais nous nous efforçons de bourrer nos émotions en émotions de sorte à toucher le plus de monde possible. Mais aussi, il nous faut trouver le parfait équilibre entre « technicité » et « émotivité ». Et ce n’est pas forcément ce qu’il y a de plus simple à faire… Tous les soirs, j’observe le jeu de Ray Hearner, notre batteur, et je dois dire qu’il m’impressionne par sa technicité. Ses parties sont vraiment loin d’être faciles à jouer.

Bien que la situation actuelle soit chaotique, est-ce que tu saurais me dire ce qui se passera pour le groupe à l’avenir ? Prévoyez-vous de prendre la route pour défendre l’album ? 

Franchement, la situation est tellement chaotique qu’on ne saurait s’avancer. Je pense, en toute franchise, que nous allons devoir attendre 2021 avant de programmer une nouvelle tournée européenne. Pour le moment, tout est à l’arrêt et nous ne savons pas comment les choses vont se profiler, quand les concerts pourront reprendre… Et quand bien même les salles pourront rouvrir, qui sait à quelles conditions ce sera fait ? Est-ce que tout le monde sera rassuré ? Peut-être pas ! On n’est vraiment sûrs de rien. Du coup, pour nous, la priorité, c’est 2021… Mais comptez sur nous pour rester actifs sur les réseaux sociaux. On trouvera bien une façon alternative de faire parler de nous !


Haken, c’est : 

Ray Hearne : Batterie, Backing-vocals

Richard « Hen » Henshall : Guitares, Claviers, Backing-vocals.

Ross Jenning : Chant 

Charles Griffiths : Guitares, Backing-vocals 

Diego Tejeida : Claviers, Backing-vocals 

Conner Green : Basse, chant 

Discographie : 

Aquarius (2010)

Visions (2011)

The Mountain (2013)

Affinity (2016)

L-1VE (Live-2018)

L+1VE (Live-2018)

Vector (2018)

Virus (2020)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.