Un quarantième anniversaire et un vingtième album un peu particuliers pour Grave Digger qui ne pourra ni compter sur les festivals ni sur sa prochaine tournée pour souffler ses bougies. À la place, il faudra juste se contenter de l’excellent Fields Of Blood, le troisième portant sur l’Histoire de l’Écosse. Nous avons contacté Chris « Reaper » Boltendahl, son emblématique chanteur, quelques jours après sa sortie.

Propos de Chris « Reaper » Boltendahl recueillis par Axl Meu


Grave Digger revient avec Fields Of Blood, votre vingtième album ! Dans quel état d’esprit avez-vous travaillé dessus ? 

Il y a deux ans, je suis parti en Écosse avec ma famille. L’occasion pour moi de transmettre à mon fils de onze ans ma passion pour ce pays. Je lui ai montré les châteaux, les champs de bataille, et par la même occasion, conté un peu l’Histoire de ce pays. Et inconsciemment, tout cela m’a donné envie de composer un nouvel album autour de ce pays, un tout dernier, en plus des deux autres, histoire de mettre fin à cette trilogie. Cette dernière partie, c’est donc Fields Of Blood

Fields Of Blood s’inscrit-il dans la suite logique de Tunes Of War et The Clans Will Rise Again, vos deux autres albums portant sur l’Écosse ? 

J’espère ! On a adoré composer tous ces morceaux, vraiment. À chaque fois, quand tu travailles sur un album-concept, ça te permet de te documenter. Tu dois lire, regarder des films et par la suite, tu assembles l’ensemble de sorte à construire un ensemble cohérent. Tunes Of War était un concept-album portant sur l’histoire de l’Écosse et The Clans Will Rise Again évoquait le côté mystique de ce pays… Et enfin, ce nouveau évoque la fierté écossaise, ce qui en fait un album plus « sentimental ».

Qu’as-tu appris cette fois ?

Je n’arrête pas d’apprendre ! Ça me permet aussi de redécouvrir certains films comme Braveheart de Mel Gibson. C’est vraiment un classique du 7e art ! J’adore ce film, car ce réalisateur a réussi à faire de l’indépendance de l’Ecosse un sujet divertissant, tout en donnant envie au spectateur de lutter pour sa propre liberté. Mel Gibson a vraiment trouvé les bons mots pour rendre son propos agréable, poignant, sans être agressif. Après, j’ai regardé d’autres films, comme The Outlaw King que l’on peut voir sur Netflix, au régistre bien différent : ici, il nous permet de comprendre ce qui se passe, mais les images sont bien plus sales que celles de Braveheart

Donc, ce nouvel album de Grave Digger : c’est du divertissement ou un cours d’histoire à proprement parler ? 

La seule vocation des albums de Grave Digger est de divertir ! Jamais le groupe ne livrera de message politique dans ses albums. Nous ne sommes pas du genre à appeler à l’assassinat de je-ne-sais-quelle personnalité politique. On fait de la musique pour nos fans, pour les divertir et leur faire passer un bon moment.

Fields Of Blood est marqué par la présence de cornemuse. Est-ce que tu peux revenir sur la manière dont vous avez travaillé avec cet instrument ? 

On y a, en effet, accordé beaucoup d’importance. C’est vraiment un instrument très intéressant à manier… Son accordage est bien différent par rapport à la guitare et à la basse, donc il faut s’avoir s’adapter. Autrefois, pour les autres albums qui incorporaient des parties de cornemuse, on précédait de la manière suivante. Pour commencer, on composait les morceaux, puis, par la suite, on y ajoutait de la cornemuse par-dessus. Mais cette fois-ci, on a procédé de différemment. Les morceaux devaient être écrits pour la cornemuse. Ce pourquoi nous les avons pensés autrement. Désormais, on a l’impression que tout s’imbrique superbement bien ! Aussi, cette fois-ci, on a travaillé avec un type de cornemuse d’origine irlandaise, plus petite : la « Uilleann Pipes » que l’on retrouve sur la ballade « Thousand Tears ».

Le Heavy Metal traditionnel a toujours coulé dans les veines de Grave Digger. Qu’est-ce qui te motive à jouer ce genre de musique, même 40 ans après vos débuts ? 

J’ai grandi avec cette musique : Rock, Hard Rock, puis le Heavy Metal. Ça ne m’a jamais quitté, et je suis devenu accroc dès le premier jour où je l’ai écoutée à l’âge de 12/13 ans… Puis est venu l’âge de mes premiers concerts, 16 ans. Aujourd’hui, j’ai vu tous les groupes en concert, sauf Led Zeppelin… Mais tous les autres groupes des 70’s et 80’s, Black Sabbath, Rainbow, Dio n’avaient vraiment aucun secret pour moi. J’étais ce genre de gamin à rester collé à la barrière pour réclamer des médiators et souvenirs de concerts… Ce n’est que par la suite que j’ai fondé Grave Digger, à l’âge de 18 ans et ma seule préoccupation était de devenir une rockstar, un peu comme mes idoles. Aujourd’hui, j’ai plus ou moins réalisé mon rêve, je vis de cette musique et je suis toujours aussi passionné. Sans doute la raison pour laquelle je suis toujours là 40 ans après le lancement du groupe. 

La piste éponyme de ce nouvel album est particulièrement longue. Est-ce que tu peux me la présenter et me dire, par la même occasion, comment tu as travaillé dessus avec Axel Ritt ? 

De sorte à mettre un terme à la trilogie comme il se doit, je voulais d’un morceau long qui puisse résumer au mieux notre concept. Il fallait que « Fields Of Blood » puisse synthéthiser à lui-seul les trois albums portant sur l’Ecosse. Voilà pourquoi il est long, épique et coupé en plusieurs mouvements, parfois plus Heavy, parfois plus celtiques, parfois plus « bluesy », parfois plus calmes.

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« Une atmosphère si particulière se dégage des « open-air » que nous ne pouvons pas nous résoudre à donner des concerts sans public ! »

J’imagine qu’il faille considérer « Requiem For The Fallen » comme un outro. 

Oui, ce morceau, c’est un hommage que l’on tenait à rendre à tous ceux qui se sont battus pour la Liberté, l’indépendance de l’Ecosse. C’est Jens Becker, notre bassiste, qui l’a composé, et par la suite, Marcus Kniep, y a ajouté quelques parties de clavier par dessus. Certes, les tonalités du morceau sont assez tristes, mais d’un autre côté, son message est clairement positif ! 

À l’instant, on parlait de ta passion pour le Heavy Metal. Es-tu plutôt du genre à rester sur tes acquis ou bien à découvrir de nouveaux groupes ? D’ailleurs, vous devez vous produire avec Orden Ogan à la rentrée, un excellent groupe. 

C’est un super groupe, j’adore ! Naturellement, j’écoute beaucoup de musique et je découvre beaucoup de nouveaux groupes via Spotify, mais j’y trouve rarement mon compte. Tout simplement parce que je sais que plus rien ne me fera plus d’effet que les gros classiques. Et je sais combien il est difficile pour une jeune formation de Heavy Metal de percer. Certes, techniquement parlant, tous ces groupes sont très bons, mais il est primordial qu’ils trouvent leur voie plutôt que de copier ce qui a déjà été fait. Cela dit, il y a quand même d’autres groupes qui sortent du lot, notamment Battle Beast que j’aime beaucoup. D’ailleurs, c’est une des raisons pour laquelle nous avons fait appel à Noora Louhimo (chant, Battle Beast) pour notre ballade, « Thousand Tears ». 

Est-ce que tu peux revenir sur cette collaboration ? 

En fait, au départ, nous avons pensé qu’Alissa White-Gluz d’Arch Enemy, ferait l’affaire, mais finalement, ça n’a pas pu se faire par manque de temps… Mais aussi, je me souvenais m’être produit avec un autre groupe de qualité : Battle Beast. Ce pourquoi nous avons contacté sa chanteuse, Noora… Et elle était directement intéressée par l’idée de collaborer avec nous pour le morceau « Thousand Tears » et son clip dans lequel elle incarne Marie Stuart, la première reine d’Écosse.

Après toutes ces années, l’identité sonore de Grave Digger est désormais bien identifiée. On y retrouve cependant quelques similitudes avec les autres artistes allemands de votre génération. Qu’est-ce qui vous unit ? 

Je ne sais pas exactement pourquoi les groupes de Heavy Metal allemand sont si particuliers. Peut-être est-ce notre accent qui nous rend spéciaux ? Mais oui, on fait dans la tradition, mais je pense qu’il n’y aucun autre formation qui sonne comme Grave Digger, Primal Fear, et même Rage. Bref, oui, les groupes issus de la deuxième vague du Heavy Metal allemande ont bien leur propre marque de fabrique.  

Vous êtes censés tourner avec Orden Organ à la rentrée. D’ailleurs, c’est la question que tout le monde se pose : la tournée sera-t-elle maintenue ? En France, nous ne savons toujours pas à quelle sauce nous serons mangés…

On comptait faire l’annonce la semaine prochaine, mais la tournée sera tout simplement annulée pour les simples et bonnes raisons que personne n’achète de ticket et que personne ne sait vraiment comment les concerts devraient se dérouler. Il faut dire que les réglementations varient d’un pays à l’autre. Cela dit, nous avons une autre tournée en headliner cette fois-ci, prévue pour mars 2021, qui arrive. En tout cas, pour le moment, on ne sait rien, c’était vraiment le pire scénario qui pouvait arriver pour un groupe qui vit de la musique. Le Danemark a autorisé les rassemblements de moins de 1000 personnes, au Portugal, 2000. Mais à la fin, personne ne sait…

Vous étiez censés donner beaucoup de concerts cet été. Qu’allez-vous faire à la place ? 

(Rires) Nous tourner les pouces ? Non ! En tout cas, ne vous attendez pas à ce que nous jouions devant un parking de voitures, ni même via les réseaux sociaux. Pour nous, ce serait trahir l’âme des festivals de Heavy Metal ! Je veux dire, une atmosphère si particulière se dégage des « open-air » que nous ne pouvons pas nous résoudre à donner des concerts sans public. En attendant le retour des concerts, on va promouvoir Fields Of Blood et, pourquoi pas, nous pencher sur la suite et composer le prochain album ! 


Grave Digger, c’est : 

Chris « Reaper » Boltendahl : Chant 

Marcus Kniep : Batterie 

Jens Becker : Basse 

Axel « Ironfinger » Ritt : Guitares

Discographie :

Heavy Metal Breakdown (1984)

Witch Hunter (1985)

War Games (1986)

Stronger Than Ever (1986)

The Reaper (1993)

Heart Of Darkness (1995)

Tunes Of War (1996)

Knights Of The Cross (1998)

Excalibur (1999)

The Grave Digger (2011)

Rheingold (2003)

The Last Supper (2005)

Liberty or Death (2007)

Ballads Of A Hangman (2009)

The Clans Will Rise Again (2010)

The Ballad Of Mary (2011)

Clash Of The Gods (2012)

Return Of The Reaper (2014)

Healed By Metal (2017)

The Living Dead (2018)

Fields Of Blood (2020)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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