Un opus bien ambitieux de la part de l’actuel guitariste de Megadeth, Kiko Loureiro. Reposant sur le concept d’Open Source et de l’Internet (ses atouts et ses limites), Open Source – en plus de mettre en exergue un panorama complet de ce que le Brésilien a de mieux à nous proposer – offre la possibilité aux guitars-heros et producteurs en herbe de retoucher comme bon leur semble son travail. Un concept bien particulier qui nous a envie d’en avoir un peu plus !

Propos de Kiko Loureiro (guitare, arrangements) recueillis par Axl Meu


Est-ce que tu peux me présenter, Open Source, ton nouvel album solo ? Quand as-tu écrit tous ces morceaux ? 

Open Source est mon cinquième album solo. J’ai commencé à l’enregistrer l’année dernière et je l’ai finalisé cette année pendant la période de la COVID-19. Pour ce qui est de l’accompagnement, j’ai fait appel à Bruno Valverde pour la batterie et à Felipe Andreoli pour la basse, tous deux membres d’Angra. Ça faisait longtemps que je n’avais pas enregistré d’album solo, et le sortir à ce moment-là de ma carrière, c’était une façon pour moi de me lancer un défi, de gagner en modernité, tout en me respectant moi-même. 

Le nom de l’album, Open Source, n’a pas le fruit du hasard. En effet, il fait directement écho à la notion d’« Open Source », technologie nous permettant d’échanger des données informatiques. Aujourd’hui, tous les domaines sont concernés, même la musique. Cela dit, une fois qu’un album est diffusé sur les plateformes d’écoutes, il est terminé, donc il nous est impossible de faire marche arrière et de modifier le contenu. C’est pour cette raison que j’ai décidé de faire autrement et de mettre en libre-service toutes les pistes de ce nouvel album, ainsi les ingénieurs en herbe pourront les retoucher à leur guise et – qui sait – proposer des versions alternatives meilleures que les miennes. 

Aussi, puisque le concept global de l’album tourne autour d’Internet, j’ai essayé d’y développer des thématiques en lien avec le côté malsain d’Internet : le fait d’être toujours sur-écoute, le fait d’être sans cesse exposé amenant les internautes à se comparer pour je ne sais quelles raisons. C’est un sujet abordé sur « EDM (e-Dependant Mind) »… Après, il n’y a pas que du mauvais à retenir, et le fait que cet album soit plus ou moins collaboratif et en libre accès depuis Internet en est la preuve formelle. 

Après, je peux te parler des invités spéciaux qui figurent sur l’album. Marty Friedman joue sur le morceau « Imminent Threat ». Je l’adore ! D’ailleurs, depuis que j’officie au sein de Megadeth, beaucoup me comparent à lui. Il n’y a pas un paragraphe sans que l’on m’associe à lui quand il s’agit de Megadeth. Beaucoup essaient de savoir qui est le meilleur de nous deux… On s’en moque pas vrai ? C’est pour cette raison que j’ai décidé de l’inviter sur mon album. Tout ça pour prouver que la musique ne doit pas mettre en compétition les musiciens entre eux, mais plutôt nous pousser à donner le meilleur de nous-mêmes. Mateus Asato est aussi de la partie et intervient sur le morceau « Liquid Times », je l’ai inclus au projet tout simplement parce qu’il fait partie de la nouvelle génération de guitaristes s’étant fait connaître via les réseaux sociaux. Quand on y réfléchit bien, c’est quand même dingue, car on est à des années-lumières de ma génération à moi où il fallait sortir des albums et régulièrement se produire pour se faire un nom. 

Peut-on dire qu’Open Source est bien un bon condensé de ton style ? On y retrouve des éléments très Prog, parfois Djent…

Oui, ça l’est… Mais d’un autre côté, mon projet était d’expérimenter de nouvelles idées en utilisant des guitares à 7 et 8 cordes, ce que je ne fais pas en temps normal. Je suis toujours resté proche des formats standard de guitare, les six cordes me conviennent très bien. Après, pour ce nouvel album, j’ai voulu mettre à jour mon style de musique en utilisant de nouvelles guitares de sorte à sonner « 2020 ». Je ne devrais pas dire ça car Meshuggah utilise ce type de guitare depuis des années, mais maintenant que l’on retrouve ces sonorités « Djent » un peu partout, je me suis dit qu’il serait audacieux de mêler tout ça à mon jeu de base. Après, je suis conscient qu’il m’est impossible de modifier pleinement mon style de jeu, car – quoi qu’il arrive – il y aura toujours un peu d’Angra dans ce que je propose, mais pas autant qu’avant cela dit. 

Régulièrement, tu utilises ta barre de vibrato afin de faire glisser tes notes. D’où cette passion pour cette technique t’es-t-elle venue ? 

J’ai vraiment commencé à travailler cette technique à la fin des années 80/ début années 90 quand je me suis intéressé d’avantage à cet instrument. C’est à cette époque que j’ai découvert des artistes comme Steve Vai, Joe Satriani, mais aussi Jeff Beck – plus âgé que les deux autres cités – mais qui m’a toutefois beaucoup accompagné lors de mon éducation musicale. Aussi, j’ai beaucoup écouté Allan Holdsworth, qui lui évolue dans un registre « Jazz-Fusion ». Dans ses compositions, il se sert de son vibrato de sorte à fluidifier l’ensemble, élément de style que j’ai incorporé à ma manière de jouer. 

Les morceaux d’Open Source sont-ils liés entre eux ? 

Eh bien, je dirais que oui, dans le sens où ils ont tous été composés au même moment. D’un morceau à l’autre, on y retrouve des mélodies connexes, des parties qui ressemblent ici et là… Donc, oui, on peut faire le rapprochement entre les dix morceaux de l’album. Et quand tu composes un album instrumental, tu es amené d’une manière ou d’une autre à lier les morceaux entre eux. Aussi, tout se joue au niveau de la « vibe » qui s’en dégage. 

« La musique ne doit pas mettre en compétition les musiciens entre eux, mais plutôt nous pousser à donner le meilleur de nous-mêmes »

Comme tu le précises, c’est un album « instrumental », donc il n’y a pas de parole. À la place, tu t’es concentré sur les atmosphères que développent tous ces morceaux… Mais, comment fais-tu pour nommer ces morceaux à la fin ? 

Oui, il n’y a peut-être pas de « lyrics », mais chaque morceau a sa propre identité, cette fameuse « vibe » qui fait naître des images. Et ainsi, à partir de cette « vibe », tu peux en dégager un nom, un peu comme pour les paroles d’une chanson. Parfois, les paroles peuvent être très directes et évoquer la séparation d’un couple, mais elles peuvent aussi être très abstraits… Aussi, il importe que le nom de la piste donne des clefs de compréhension au sujet de l’atmosphère que dégage le morceau dont il est question. Par exemple, sur « Imminent Threat » et « EDM (e-Dependant Mind) », le ton est assez pesant, car il est question du mauvais côté d’Internet.  Ensuite, la lourdeur du morceau « Liquid Times » évoque quant à elle la théorie de Zygmunt Bauman dénonçant les effets néfastes de la mondialisation, comme quoi elle serait à l’origine d’une montée de l’anxiété et du stress, en général. Aussi, je pourrais te parler de « Sertão » qui fait référence au Nordeste, une zone géographique du Brésil. D’ailleurs, si tu fais écouter ce morceau à n’importe quel Brésilien, il te dira que ce morceau a un peu de Brésil en lui. 

Quid du morceau « Du Monde » ? 

Ah ! Ce fameux titre en français. En fait, l’introduction acoustique de ce morceau date de 1998 à l’époque où Angra planchait sur l’album Firework… Et la démo de travail de ce titre s’intitulait « Du Monde ». Finalement, je n’avais rien fait de cette introduction à l’époque, mais j’avais toujours gardé en tête ce nom « Du Monde », ce pourquoi j’ai décidé d’en faire quelque chose pour cette nouvelle version. 

Les albums de « Shred » appartiennent à une catégorie bien spécifique… Certaines d’entre eux sont devenus de vrais classiques avec le temps. Quel est ton album de chevet en matière de « guitar-hero » ? 

J’aurais du mal à ne t’en citer qu’un seul… À la place, je te donnerais tous ceux qui m’ont donné envie de pratiquer intensivement la guitare et de m’intéresser à ce style. Donc, je dirais Passion and Warfare de Steve Vai, Surfing With The Alien de Joe Satriani, Rising Force d’Yngwie Malmsteen, ou même l’album Blow By Blow de Jeff Beck qui était déjà un classique quand je l’ai découvert, mais qu’importe, il est dans mes albums de chevet ! 

Dernièrement, j’ai vu que tu avais mis en vente une partie de ton matériel… Pourquoi ? 

Tout simplement parce que j’ai emménagé à Los Angeles et que je me suis rendu compte que j’avais vraiment beaucoup de guitares chez moi… Certaines commençaient sérieusement à prendre la poussière, donc j’ai décidé de me séparer d’une partie d’entre elle. D’ailleurs, j’ai encore beaucoup de matériel à disposition, donc ce n’est  pas un vrai problème en soi. C’est un peu comme une addiction ! 

Tu as décidé de vivre à Los Angeles pour te rapprocher de Megadeth ? 

Non, non, j’ai emménagé là-bas avant que l’on me propose de rejoindre Megadeth… En fait, à Los Angeles, la vie musicale est si intense que je savais à l’avance que beaucoup de connaissances vivaient sur place… Los Angeles est La Mecque du divertissement, non ? Bref, une fois sur place, il a fallu que je trouve mes repères, ce qui m’a pris un peu de temps, et ce n’est que par la suite que Dave Mustaine m’a contacté pour rejoindre Megadeth. Cependant, je pense qu’habiter à Los Angeles a joué en ma faveur puisque le groupe vit là-bas. Peut-être que le groupe n’aurait pas pris le risque de me contacter si j’habitais encore au Brésil.  

Quid du successeur de Dystopia ? Avez-vous fini l’album ? 

Les morceaux sont composés, mais comme tu le sais sans doute, Dave a dû suivre un traitement pour guérir de son cancer… Une fois Dave remis sur pieds, nous sommes partis en tournée en compagnie de Five Finger Death Punch, puis il y a eu le virus, le confinement et tout ce qui s’en suit. Pour le moment, je peux te dire que tout a été repoussé, et que le prochain album de Megadeth n’a pas encore été mis en boîte. Pour le moment, nous prenons le temps de peaufiner les compositions : les paroles, les mélodies… 

Est-ce que tu as contribué à la composition de l’album ? 

Oui, l’année dernière, nous avons travaillé ensemble dans le cadre d’une longue session de deux mois à Nashville… Naturellement, c’est Dave qui a composé la majorité des riffs, mais oui, j’ai proposé des idées d’arrangement, etc. 

Est-ce que tu comptes te produire dans le cadre de show-cases et participer à quelques « clinic » ? 

Pour le moment, tout est à l’arrêt, mais je pense que je serai amené à faire quelques sessions en streaming. Puis, je compte aussi reprendre les sessions « live » sur le site Guitar Hackx.com, depuis lequel je donne des cours de méthodologie sur comment composer des morceaux. Pour le moment, c’est la meilleure chose à faire, et je ne sais pas du tout quand tout rentrera dans l’ordre. Pensons d’abord à la santé des uns et des autres, et espérons que les biologistes trouvent LE vaccin qui nous sauvera tous ! 


Kiko Loureiro, c’est :

Kiko Loureiro : guitare, claviers + arrangements 

Discographie : 

Avec Angra 

Angels Cry (1993)

Holy Land (1996)

Fireworks (1998)

Rebirth (2001)

Temple Of Shadows (2004)

Aurora Consurgens (2006)

Aqua (2010)

Secret Garden (2014)

Avec Megadeth 

Dystopia (2016)

Avec Neural Code 

Neural Code (2009)

En Solo

No Gravity (2005)

Universo Inverso (2006)

Fullblast (2009)

Sounds Of Innocence (2012)

Open Source (2020)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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