John Gallagher est un vrai passionné et un fervent défenseur de la cause Metal. Toujours de bons conseils, jamais blasé, le Britannique installé aux États-Unis peut se targuer de mener la barque de sa formation, Raven, pilier de la fameuse N.W.O.B.H.M. depuis 1974 avec son frère Mark… Et alors que nous aurions pu axer notre propos sur leurs anecdotes de tournée tant elles sont nombreuses, nous avons préféré nous concentrer sur Metal City, le successeur d’ExtermiNation, dont la sortie est prévue pour le 18 septembre prochain via SPV/Steamhammer.

Propos de John Gallagher (chant, basse) recueillis par Axl Meu


Salut John, comment fais-tu pour t’occuper en ce moment, toi que nous avons l’habitude de voir tourner l’été ? 

La situation est vraiment désastreuse et cela a plus ou moins affecté la sortie de l’album. Au départ, nous étions censés partir en tournée au mois de mai, mais le groupe que nous voulions en ouverture n’était pas disponible, donc nous avions dû repousser la tournée et la sortie de l’album. Ensuite, la pandémie est arrivée, ce qui fait que nous avions dû une nouvelle fois revoir nos plans pour la sortie de l’album. Metal Citysera donc dans les bacs le 18 septembre prochain et nous partirons en tournée en 2021. Du moins, c’est ce que j’espère ! D’ailleurs, quand un groupe part en tournée, dans la plupart des cas, il doit prendre en considération plusieurs types de frais. Et je ne dis pas dans quel pétrin nous aurions été si nous étions partis en tournée et que la tournée aurait stoppé net une semaine après le début de celle-ci. Ça aurait été un vrai désastre, car notre activité nous permet de payer nos factures et tout qui s’en suit. Donc, aujourd’hui, pour m’occuper, j’écris des morceaux, je tourner des vidéos que je diffuse sur les réseaux sociaux… Je travaille sur les clips que nous allons sortir, je passe des interviews… On s’occupe ! 

Ce nouvel album, c’est Metal City, c’est le premier sur lequel figure Mike Heller, votre nouveau batteur…

Oui, nous avons connu quelques difficultés avec notre ancien batteur Joe (Hasselvander, ndlr) qui a fait un A.V.C. en 2017 deux jours notre tournée américo-européenne. Cela dit, nous ne pouvions pas annuler notre tournée, donc nous avons fait appel à un tas de batteurs pour le remplacer. Un certain Jimmy Mess a assuré l’intérim pour la date de Chicago, puis Mike Heller s’est occupé de trois autres aux États-Unis, ensuite, Fabio Alessandrini nous a dépannés pour la date au Muskelrock en Suède, ainsi que Dave Chedwick pour le reste de la tournée européenne. Quand nous sommes revenus, il était évident pour nous que Joe n’était plus apte à jouer dans un groupe, donc nous avons préféré qu’il s’occupe de sa santé et recruter Mike Heller qui, à notre bonne surprise, connaissait déjà le répertoire de Raven par cœur, alors que nous ne nous connaissions pas. Il s’est vraiment passé quelque chose entre lui et nous, ce pourquoi nous lui avons proposé de rejoindre Raven à long terme et de contribuer au nouvel album…

Est-ce que tu peux me présenter Metal City. J’imagine que ce n’est pas un simple album pour toi. Il dresse un beau bilan sur ce à quoi ressemble Raven aujourd’hui. 

Oui, cet album est différent pour nous sur de nombreux aspects. Depuis l’accident de Mark (Gallagher, guitare) en 2001, nous avons appris à travailler autrement… Puis, il y a eu Walk Through Fireque nous avons sorti en 2010 qui nous a clairement permis de relancer la machine une fois pour toutes. Puis, cinq années après paraissait ExtermiNation… Cela dit, et je le dis sans aucune prétention, Metal City est sans conteste l’un des meilleurs opus que Raven ait sorti à ce jour ! Après 46 ans de carrière, nous sommes toujours capables de composer des morceaux qui se rapprochent de la qualité de nos premiers albums, ce qui n’est pas le cas de tous les groupes de notre époque !

Au sujet de la batterie sur l’album, j’ai l’impression qu’elle est bien plus agressive sur cet album que sur ExtermiNation. J’ai aussi eu l’impression que tous les morceaux étaient venus de manière très spontanée…

Oui, tout vient le plus naturellement possible. En général, je prends ma guitare, et c’est un peu comme si les choses venaient à moi, sans trop forcer. Pour ce qui est de Metal City, j’ai dû comptabiliser un total de 30 morceaux, et vraiment, ils sont tous aussi les uns que les autres. Pour ExtermiNation, nous étions très critiques envers notre travail, car nous voulions vraiment donner le meilleur de nous-mêmes. Mais cette fois-ci, c’était l’inverse, nous ne nous sommes pas vraiment mis la pression. Nous avons fait les choses naturellement et profité des day-off de notre tournée pour peaufiner les morceaux ensemble, mon frère et moi. Puis Mike est arrivé… Et bien qu’il n’ait écrit que « Rock This Town », le bonus-track qui sera réservé au public japonais, il a réussi à apposer sa marque de fabrique sur l’album. 

Concernant l’enregistrement de l’album, nous ne l’avons pas mis en boîte ensemble, une première depuis The Pack Is Back. J’étais un peu sceptique au départ, mais Mike voulait enregistrer ses parties dans son propre studio et m’a promis que le rendu serait à la hauteur. Et c’est le cas ! Il nous a tout envoyé, puis, par la suite, avec mon frère et Michael Wagener, notre producteur, nous avons tout assemblé ! Enfin, nous avons fait appel à Christopher  »Zeuss‘ Harris pour le mixage. Il a tout simplement fait ce qu’il y avait à faire ! 

Ton frère et toi avez toujours joué ensemble. Vous n’êtes jamais entré dans un conflit après tout ce temps ? 

Ravenn’est pas la seule formation à avoir été formée par des frères, regarde Oasis, les KinksThe Black Crowes… Et par moments, c’est vrai qu’entre les deux frères, ça explosait. Mais, plutôt que de s’entretuer, nous avons vite pensé qu’il était préférable que l’on s’en prenne à nos instruments. Après, ça ne me dérange pas d’être en désaccord avec mon frère. Je veux dire, tous les deux, nous avons un objectif commun, à savoir l’évolution du groupe. D’ailleurs, il faut qu’il y ait que des avis différents émergent, le cas inverse, nous stagnerions ! Notre nouveau batteur Mike est bien plus jeune que nous, mais regarde, il a apporté un tas de nouvelles idées, ce qui nous permet de mettre à jour notre recette. Résultat, tout cela me donne l’impression de sortir un album qui rapproche de la qualité de Wiped Out, mais en mieux produit, etc. Je veux dire, avec le temps, nous avons gagné en expérience, nous n’avons plus la même pression et pouvons composer comme bon nous semble ! 

Ce n’était pas forcément le cas suite à votre signature chez Atlantic Records en 1985. Le label vous avait alors encouragés à écrire des chansons plus commerciales… 

Oui, c’était il y a un moment déjà. Le premier album que nous avions sorti via Atlantic Records était Stay Hard, album qui, finalement, s’inscrivait dans la suite logique d’All For OneStay Hard était un album un peu plus commercial, mais finalement, on y retrouvait notre marque de fabrique, une petite dose d’agressivité et de mélodie. Mais quand nous avions décidé de poussé l’approche mélodique de notre musique, comme ce fut le cas pour The Pack Is Back, ça a mal tourné. C’est pour cette raison que nous nous étions posés les bonnes questions après sa sortie. Donc, en réponse, nous avions publié un EP, Mad, qui s’est avéré être un véritable retour aux sonorités que nous préférions. 

« Après 46 ans de carrière, nous sommes toujours capables de composer des morceaux qui se rapprochent de la qualité de nos premiers albums, ce qui n’est pas le cas de tous les groupes de notre époque ! »

Est-ce que tu peux revenir sur la pochette de l’album ? Elle est vraiment très réussie !

Tout le monde aime les bandes-dessinées, n’est-ce pas ? Au départ, nous voulions utiliser ce concept de comic-strip pour le visuel d’un de nos t-shirts, mais finalement, les premiers essais n’étaient pas trop convaincants. Nous avons toutefois gardé cette idée, décidé de nous en servir pour la pochette de l’album et de proposer un visuel pour chacun des morceaux de l’album. Nous nous sommes entourés des bonnes personnes, et les premiers résultats étaient tout simplement spectaculaires ! Aujourd’hui, il est important de tirer son épingle du jeu, notamment en proposant des visuels inspirés. Dans le domaine du Heavy Metal, beaucoup se contentent des visuels de « chevalier la hache à la main », mais pas nous.  

En ce qui concerne ta voix, elle reste on ne peut plus correcte pour quelqu’un qui évolue dans le milieu depuis 1974 ! 

Je suis très chanceux… J’essaie de faire attention à mon hygiène de vie… Jamais je n’ai touché à une cigarette, et concernant l’alcool, j’en bois le moins possible. En fait, quand nous sommes sur la route, je fais en sorte de ne pas trop faire la fête, de me reposer le plus possible pour pouvoir assurer le gig du lendemain. Puis, il n’y a pas de secret, plus tu t’entraînes, plus tu t’amélioreras. Tu sais, peu de groupes peuvent se targuer de pouvoir assurer plus de dix concerts d’affilée sans le moindre day-off… 

Raven sur scène, c’est une véritable expérience à part entière. Tu sembles regorger d’énergie à chaque concert. Tu vis pour la scène ! 

Oui, comme je te disais tout à l’heure, nous adorons vraiment ce que nous faisons ! C’est notre raison de vivre. Aujourd’hui, nous sommes conscients de la chance que nous avons, de pouvoir voyager un peu partout dans le monde, d’aller à la rencontrer des gens qui écoutent notre musique… Pour nous, faire tout cela, c’est vraiment un rêve qui est devenu réalité. Donc, il nous faut vraiment dégager une bonne « vibe » sur scène, car c’est là que tout se joue. Gamin, j’étais allé voir une performance de Back Street Crawler, groupe formé par Paul Kossoff, le guitariste de Free, peu de temps avant sa disparition. Il avait des problèmes avec la drogue à cette époque, son groupe en avait marre et ça se voyait. Donc, nous avons décidé de penser les concerts à notre manière, de ne pas trop nous prendre la tête quand nos instruments commencent à montrer quelques signes de faiblesse. Ça arrive à beaucoup de musiciens de se ramasser sur scène. Et alors ? Le plus important n’est pas la chute, mais ta manière de te relever. Tout est une question d’énergie positive, de capacité à la transmette au public. Et une fois que tu auras compris cela, ton public te le rendra. C’est vraiment du donnant-donnant. 

La N.W.O.B.H.M. fête ses 40 ans cette année… Ce mouvement avait permis à bon nombre de groupes britanniques de sortir de l’ombre et de se faire connaître auprès du grand public. Est-ce que tu crois qu’un tel mouvement pourrait revoir le jour aujourd’hui ? 

Non, tout simplement, car le milieu a changé de fond en comble. La dernière fois qu’un gros mouvement de ce genre a explosé, c’était au début des années 90 avec le Grunge du côté de Seattle aux États-Unis. Les groupes ne cherchaient pas forcément à être populaires, mais le fait que les médias aient commencé à s’intéresser à eux les a fait exploser. C’était un peu pareil pour les groupes de la N.W.O.B.H.M.. Ce n’était pas une organisation de groupes ou je ne sais quoi… Chacun de nous avait une approche différente de la musique. Alors, surtout, il ne fallait pas dire que Raven sonnait comme Iron Maiden, qu’Iron Maiden sonnait comme Saxon, que Saxon sonnait comme Def Leppard, que Def Leppard sonnait comme Diamond Head, que Diamond Head sonnait comme Venom… Tout ce que nous avions en commun, c’était la passion et l’énergie. 

Raven s’est formé en 1974, bien avant l’avènement du mouvement… Et les gens nous connaissaient déjà, car nous étions déjà sur la route depuis un moment. Aujourd’hui, c’est tellement différent. Un groupe pourra très bien se faire connaître via Youtube sans avoir donné le moindre concert. Pareil pour ce qui est de notre manière de consommer la musique, aujourd’hui, les jeunes ne s’intéressent plus tellement à toutes les informations qui englobent l’album… Parfois, ils n’achètent même plus le disque ! Pourtant, nous, à notre époque, quand nous achetions un album, nous prenions le temps d’analyser sa pochette, nous l’écoutions en boucle pour en saisir ses moindres détails. C’est tellement triste de voir que plus grand’monde ne prend le temps de s’informer, d’écouter attentivement la musique. Mais bon, je ne perds pas espoir, peut-être que cette manière de consommer reviendra à la mode ! Après, nous nous estimons chanceux, car notre public est resté attaché au format physique.  

Parlant souvenirs, aurais-tu quelques anecdotes à partager au sujet de votre fameuse tournée en compagnie de Metallica organisée en 1983, le fameux « Kill ’em All For One Tour » ?

C’est Jon Zazula (Megaforce Records) qui nous avait proposé de tourner aux États-Unis. Au téléphone, il m’avait alors dit : « Les gars, vous allez tourner avec une pointure en devenir », et nous étions assez perplexes, on a répondu : « Qui ça ? Journey ? Les Grateful Dead ? », et il nous a répondu : « Non, Metallica« , et nous étions là « Qui ? ». Par la suite, nous avons reçu la démo-tape No Life ‘Til Leather… À l’époque, j’avais vraiment eu l’impression d’écouter du Motörhead sous crack. (Rires) Que dire si ce n’est que c’est à partir de cette même tournée que tout a commencé à aller très vite pour eux ? C’était génial ! 


Raven, c’est :

John Gallagher : Basse, chant

Mark Gallagher : Guitare, backing-vocals

Mike Heller : Batterie 

Discographie : 

Rock Until You Drop (1980)

Wiped Out (1982)

All for One (1983)

Life At The Inferno (Live-1984)

Stay Hard (1985)

The Pack Is Back (1986)

Life’s a Bitch (1987)

Nothing Exceeds Like Excess (1988)

Architect of Fear (1991)

Glow (1994)

Everything louder (1997)

One For All (1999)

Walk Through Fire (2010)

ExtermiNation (2015)

Metal City (2020)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.