Depuis 1995, Kataklysm a pris l’habitude de revenir avec un nouvel album tous les deux ans, et ce n’est pas une petite crise sanitaire d’ampleur mondiale qui contrariera son projet. En 2020, donc deux ans après Meditation, les Québécois nous reviennent avec Unconquered, un album bien plus agressif que son prédécesseur. Intéressés, nous sommes allés tailler le bout de gras avec son chanteur, Maurizio Iacono.

Propos de Maurizio Iacono (chant) recueillis par Axl Meu 


Il y a deux ans jour pour jour, Kataklysm se produisait en tête d’affiche des MetalDays… C’était une sacrée date ! 

Oui ! Le pit était vraiment immense, il prenait même la forme d’un énorme ouragan pendant le circle-pit ! (Rires) Le public était au rendez-vous… Et que dire si ce n’est que l’on s’est vraiment bien amusé ? Les organisateurs nous ont toujours très bien accueillis à Tolmin. Depuis les Metal Camp, les Metal Days figurent dans les festivals que nous préférons. 

Le nouvel album de Kataklysm s’intitule donc Unconquered. As-tu observé un quelconque changement depuis Meditations ? 

Il y a eu quelques changements, en effet. Nous avons composé Unconquered l’année dernière, et nous l’avons fini courant Noël 2019, alors que nous étions sur la route dans le cadre de la tournée MTV Headbangers Ball Tour. En janvier, nous envoyons l’album à Nuclear Blast et celui-ci nous répond qu’il s’agit là d’un des albums les plus forts de Kataklysm… Le projet initial est donc de le sortir pour juillet… Mais depuis, la crise sanitaire est passée par là. Notre label nous propose donc d’attendre 2021 pour le sortir, ce qui était tout simplement inconcevable pour nous. On a préféré le publier cette année. Car nous sommes conscients que le monde a besoin de musique et qu’elle est une composante importante de notre vie à nous, metalleux.

En ce qui concerne Unconquered, je dirais que nous l’avons composé dans une optique bien plus ‘’méchante’’ que son précédent… Nous sommes vraiment rentrés dans un ‘’mood’’ plus agressif et avons décidé de modifier de son de guitare en passant tout simplement de la guitare à 6 cordes à la 7 cordes, de la basse à 4 à 5 cordes. Ce qui fait la différence, car l’album sonne de manière bien plus épaisse. Après, la grosse différence, je dirais que c’est le retour de Colin Richardson, le producteur de SlipknotMachine HeadCarcass… Normalement, il est censé profiter de sa retraite, mais après avoir écouté nos démos, il a décidé de nous produire. 

Kataklysm est en perpétuelle évolution. Je veux dire, le son du groupe change d’un album à l’autre. On est désormais à des années-lumière de ce que vous proposiez dans les années 90. Est-ce que tu sais à l’avance comment un album va sonner ? Comment travailles-tu avec Jean-François (Dagenais, guitare, ndlr) ? 

Pour ce nouvel album, on voulait plus ou moins procéder comme à l’époque de Shadows & Dust et Serenity In Fire. Comme à l’époque, nous avons donc tous les deux travaillé sur l’album du début jusqu’à la fin. Puis, en changeant les guitares, nous savions à l’avance que l’on obtiendrait un son de guitare bien plus lourd. Donc, les intonations s’en sont retrouvées modifiées, ainsi, la direction prise par le groupe s’est retrouvée modernisée… Cela dit, ça reste tout de même du Kataklysm

Beaucoup de groove, beaucoup de haine, mais aussi des parties très atmosphériques… C’est du moins ce qui est ressorti de mon écoute de « Focus To Destroy You »…

C’est une de mes chansons préférées du nouvel album ! Elle a été écrite pour le ‘’live’’, pour faire décoller le plafond. En fait, quand je l’ai composée, je n’étais pas tout à fait moi-même, j’étais dans une phase assez agressive de mon existence. D’ailleurs, le nouvel album en lui-même est assez machiavélique, il est basé sur la vengeance. Après, il y a d’autres chansons qui suscitent la réflexion, un peu comme « When It’s Over » qui évoque un de tes proches à toi qui ne se rend pas forcément compte qu’il fait le mal autour d’elle. Après, il y a « Focus To Destroy You », un morceau qui est nourri de haine, conçu à partir d’une approche très négative. Cela dit, je suis convaincu que cette chanson peut affecter n’importe qui. Et c’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle nous sortons l’album maintenant ! Et ce n’est pas pour rien que l’album s’intitule Inconquered… 

Es-tu une personne pensive dans la vie de tous les jours ? Est-ce que l’on peut dire que ce nouvel album reflète en quelque sorte ta personnalité ? 

Sur le moment, oui, je peux paraître pensif. Après, avec le temps, je suis amené à changer… Et il m’est carrément impossible de créer quelque chose qui ne soit pas le reflet de ce que je suis. Le cas inverse, ma musique ne serait pas authentique. Je ne fais pas ça pour m’amuser… Certes, sur scène, je peux renvoyer l’image de quelqu’un d’amusant, on s’amuse, on rigole, car je suis tout simplement heureux d’être là… Mais une fois à la maison, je ne suis plus tout à fait le même… Je suis pensif, et j’analyse souvent ce qui se passe sous mes yeux. Et comme nous vivons dans une époque qui n’est pas très agréable, tout cela se ressent dans ma musique. 

Vos deux derniers albums durent en moyenne 40 minutes. Pourquoi ce format ? 

Tu vois, il y a des groupes qui préfèrent sortir un album s’étalant sur deux heures pour trois morceaux. Ils font ça pour des raisons artistiques… Nous, nous préférons sortir un album des albums de 40 minutes, tous les deux ans, voire tous les trois ans maximum, dans lesquels on y trouve tout, sans exagération… Par moments, il nous arrive de tout dire en quelques minutes. Par exemple, sur l’album Meditations, il y avait ce morceau « Narcissist » qui dure deux minutes… On n’avait pas besoin de l’allonger. Tout était dit ! Ce qui compte le plus dans un album, c’est vraiment le feeling qui s’en dégage. 

Kataklysm's 'The Killshot' Might Be Their Heaviest Song Ever

« Aujourd’hui, certaines formations ne se prennent même plus au sérieux et proposent de la musique de ‘’Geek’’ qui n’a rien à voir avec l’univers du Metal. »

J’imagine aussi que vous vous efforcez de sortir un album tous les deux ans pour tourner un maximum possible ! Un groupe qui ne sort pas d’albums ne sera pas forcément amené à tourner…

Non, pas forcément. Aujourd’hui, une formation pourra sortir un seul single et prendre la route par la suite. Nous, c’est différent, on préfère sortir un album. Peut-être est-ce parce que nous sommes « old-school » dans notre manière de procéder ? En tout cas, ça nous permet également de mettre à jour notre catalogue et surtout d’exposer de nouvelles idées. Tu vois, sur Unconquered, tu vas y retrouver des morceaux comme « The Killshot » dans lequel tu trouveras toutes les composantes d’un bon morceau de Kataklysm, du groove, du blast-beat, du Thrash. Tout ! Après, il y a également d’autres chansons comme « Icarus Falling », ici introduit par une nappe de piano… Ça change. 

Kataklysm est là depuis un bon moment maintenant. De quel œil perçois-tu l’évolution de la scène Metal en général ? 

Ça a beaucoup changé… Mais, ça a toujours été pour nous dans le sens où Kataklysm a toujours su s’adapter. D’ailleurs, ça se ressent sur notre album. Il est moderne… Après, en ce qui concerne l’industrie en elle-même, j’ai l’impression qu’elle n’est plus prise au sérieux. Par exemple, à l’époque, quand j’ai commencé, le terme « poser » était considéré comme une insulte à part entière, on soutenait les groupes en achetant leur merch’, mais aujourd’hui, c’est différent. C’est un peu comme si le côté « sacré » de la musique n’existait plus vraiment. On peut se moquer de tout, même des groupes de Black Metal, alors qu’au départ, ce mouvement était en opposition avec les normes établies. Par exemple, quand Pantera est arrivé, c’était tout simplement une bande de rebelles qui voulait détruire la musique populaire. Aujourd’hui, certaines formations ne se prennent même plus au sérieux et proposent de la musique de ‘’Geek’’ qui n’a rien à voir avec l’univers  »Metal ». Je ne dis pas que c’est mauvais, c’est amusant, mais pour moi, ce n’est pas du Metal. 

Tu fais allusion à Alestorm ? 

Tu sais, moi-même, j’ai travaillé avec Alestorm, pendant dix ans. J’étais leur manager… Je n’étais pas contre le groupe, mais je trouve qu’ils ont beaucoup contribué à la désacralisation du mouvement. Beaucoup ont également pris l’habitude de se moquer du Black Metal également… Au début, des personnages comme Abbath étaient vraiment pris au sérieux… Mais ce dernier a voulu jouer les rockstars et est devenu une sorte de clown auprès du public. Après, tant mieux pour lui si ça marche… Mais quand j’ai commencé, procéder ainsi était inconcevable. La musique était vraiment prise au sérieux… Donc, nous, nous ne voulons pas tomber dans le piège d’Alestorm et voulons continuer à écrire de la musique sérieuse. Après, je ne dis pas que Christopher (Bowes, chant, claviers) n’est pas intelligent… Il sait très bien se vendre, mais à côté, il a affaibli la portée générale de ce mouvement. 

Vous avez décidé de présenter l’album avec « The Killshot » qui a fait l’objet d’un clip. Pourquoi ce morceau plus qu’un autre ? 

Je trouvais que son message était en adéquation avec tout ce que portait l’album en lui. Après, il est clair qu’il n’est pas évident de résumer un opus avec un seul morceau. Il y a des groupes qui en sont capables, mais pour nous, non… Cela dit, ce titre fait le point sur ce que nous sommes aujourd’hui, en 2020.

Après 25 années passées sur les routes, comment perçois-tu le futur de Kataklysm ? Est-ce que tu as déjà pensé à la suite, notamment pour ce qui est des festivals et des tournées ? 

À part les festivals européens, il n’y aura rien d’autres pour Kataklysm l’année prochaine. Peut-être qu’en 2022, Kataklysm sera amené à tourner… Normalement, Ex Deo devait partir en tournée avec Fleshgod Apocalypse, mais tout a été repoussé à cause du confinement et la COVID-19. Donc, du coup, ça ne laisse pas beaucoup d’espace à Kataklysm, mais on va trouver un moyen de défendre l’album comme il se doit. Et comme tu dis, ça fait déjà 25 ans que nous sommes là, nous continuerons à donner des concerts et à sortir des albums quoi qu’il arrive. 


Kataklysm, c’est : 

Maurizio Iacono : Chant 

Jean-Francois Dagenais : Guitare

Stephane Barbe : Basse

Oli Beaudoin : Batterie

Discographie

Sorcery (1995)

Temple Of Knowledge (Kataklysm Part III) (1996)

Victims Of This Fallen World (1998)

The Prophecy (Stigmata Of The Immaculate) (2000)

Epic (The Poetry Of War) (2001)

Shadows & Dust (2002)

Serenity In Fire (2004)

In The Arms Of Devastation (2006)

Prevail (2008)

Heaven’s Venom (2010)

Waiting For The End To Come (2013)

Of Ghosts and Gods (2015)

Meditations (2018)

Unconquered (2020)

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