John Petrucci est un illustre guitariste. Reconnu pour son implication titanesque au sein de Dream Theater, il lui arrive également de composer pour lui-même, juste pour le plaisir. Car le guitariste a beau évoluer dans la stratosphère des musiciens, il n’en a pas oublié les bases : prendre du plaisir avant tout. Ainsi, quoi de plus normal pour lui de profiter de ce temps-mort pour finaliser ce deuxième album-solo, véritable patchwork de son style ! 

Propos de John Petrucci recueillis par Axl Meu


Est-ce que tu peux me présenter Terminal Velocity… C’est le premier album solo que tu sors en 15 ans de temps !

Oui, exactement. C’est vrai, mais je ne sais pas, ces derniers temps, j’ai eu comme l’impression que c’était le bon moment pour moi de me pencher dessus. Et puis, il y a eu la pandémie, le confinement qu’on a tous connu, et finalement, ça m’a dégagé beaucoup de temps libre. En général, avec Dream Theater, je ne peux pas puisqu’on est soit en tournée ou dans le studio… Donc, finalement, on peut dire que c’est grâce à la pandémie que cet album a vu le jour. 

Quand as-tu commencé à écrire ces morceaux ? Est-ce que tu as composé l’ensemble des morceaux pendant le confinement ? 

Tous les morceaux ne datent pas d’hier. Il me semble que j’ai composé « Gemini » en 2019. Pareil pour « Happy Song », « Glassy Eyes Zombie » et « The Way Things Fall », ils étaient déjà composés avant le confinement. Donc, grosso-modo, sur ce nouvel album, il y a cinq nouveaux morceaux dont la création remonte à la période du confinement ! Tout est allé assez vite pour finir ! 

Il me semble que tu interprétais déjà « Happy Song » lors de tes dernières performances dans le cadre du G3, collectif de guitaristes monté par Joe Satriani…

Oui, oui, c’est correct. Dans le cadre des dernières tournées du G3 auxquelles j’ai particité, je jouais déjà « Happy Song » et « Glassy Eyes Zombie »… Donc, oui, si tu as assisté à l’une des dates, il est fort probable que tu les aies écoutés, même si elles n’étaient pas encore dans la boite. 

Dans cet album, plusieurs atmosphères se dégagent. Il y a un côté très enthousiaste sur « Happy Song », un côté plus froid sur « Glassy Eyes Zombie »… Est-ce que tu peux revenir sur les différentes  »vibes » que tu voulais développer sur ce nouvel album ? 

Je voulais tout simplement mettre en avant les différentes facettes de ma personnalité. Tu sais, beaucoup de gens me connaissent pour mon style « Prog’ », mais ce serait dommage de ne résumer mon style qu’à ça. À côté, j’adore d’autres styles de musique comme le Blues, le Rock, la musique acoustique. Donc, j’ai tout simplement essayé de mélanger tout ce que j’aimais et de m’amuser, tout simplement ! Donc, j’ai fait en sorte de rendre ce disque attractif, de donner envie aux gens de le repasser, de le découvrir à nouveau. Terminal Velocity est un album que tu peux aussi bien apprécier au casque que dans ta voiture. En tout cas, je suis vraiment parti de cet état d’esprit : mettre au jour un album agréable et accessible.

Cet album célèbre aussi le retour de Mike Portnoy, ton ex-comparse de Dream Theater, à tes côtés à la batterie. Pourquoi cela a-t-il pris autant de temps ? 

Comme tu dis, ça fait dix ans que Mike a quitté Dream Theater, et avant cet album, nous n’avions jamais pris le temps de faire de la musique ensemble, ni même de se revoir… Comme tu sais, lui-même et moi-même, étions sans cesse occupés avec nos projets respectifs. Nous avons tout simplement saisi cette belle opportunité de rejouer ensemble. Je veux dire, Mike et moi-même sommes potes depuis nos 18 ans, j’ai partagé la scène à ses côtés pendant pas moins de 25 ans… La pandémie y est sans doute pour quelque chose. Parfois, il suffit de ce genre d’événements pour te faire réaliser que la vie est bien trop courte… En tout cas, Mike a fait un super boulot, pareil pour Dave LaRue (Steve Morse Band, ndlr) qui a assuré la basse sur l’opus. 

Crédit photo : Darko Boehringer

« Ça fait 10 ans que Mike (Portnoy, ndlr) a quitté Dream Theater, et avant cet album, nous n’avions jamais pris le temps de faire de la musique ensemble, ni même de se revoir »

Selon toi, l’album aurait-il sonné différemment si Mark Mangini (batterie, Dream Theater) avait assuré la batterie ? 

Oui. Clairement. Quand j’ai composé, je me suis servi de programmes divers et variés pour programmer la batterie. Donc, il est tout à fait normal que les gens à qui j’ai fait appel aient apporté leurs lots d’interprétation, leurs saveurs et leur saveur-faire. En tout cas, la base aurait été la même, pour sûr, puisque tout avait été écrit avant que les musiciens-session n’enregistrent leurs parties. 

Pour rebondir sur ce que tu me disais tout à l’heure, l’album a été dans sa grosse majorité conçu pendant le confinement. J’aimerais savoir comment vous avez procédé pour l’enregistrement.

Avec Dream Theater, nous disposons de notre propre studio d’enregistrement situé à quelques pâtés de maisons de chez moi. Donc, confinement ou pas, je pouvais m’y rendre très facilement avec mon ingénieur-son pour travailler sur l’album. Donc, nous nous y sommes rendus tous les jours, du lundi au vendredi er y restions pas moins de 10 heures par jour pour travailler sur l’album, finir de programmer les morceaux et tout s’en suit… Dave LaRue n’habitant pas à proximité, il a dû enregistrer ses propres pistes de basse depuis chez lui, en Floride. Mais pour ce qui est Mike, puisqu’il n’habite pas très loin de New York, il a quand même fait le déplacement pour nous rejoindre et enregistrer ses parties. C’était vraiment cool de l’avoir à mes côtés ! 

Vous pouviez quand même vous déplacer…Ce qui n’était pas forcément le cas en France où il fallait se munir d’une attestation… 

C’était un peu pareil ici à New York. On a tout de même suivre les règles de distanciation sociale. Mais tu sais, pour nous rendre au studio, ça allait encore, ce n’était pas trop loin. Et nous n’étions que trois max’, mon ingénieur, Mike et moi.

Est-ce que tu peux revenir sur le concept global de l’album ? Quelles histoires derrière les titres des morceaux ?

Puisque les titres sont tous instrumentaux, j’ai décidé de me faire plaisir quand je les ai nommés. Après, il y a quand même des exceptions comme « Out Of The Blue », qui – pour le coup – est un morceau de Blues Rock… Pareil pour « Temple Of Ciradia », ça faisait sens de l’appeler ainsi, car c’est un morceau vraiment imposant qui contient son lot de parties solennelles. Après, il y a « Happy Song » ainsi que « Snake In My Boot » qui sont pour leur part très « fun »… Et quand bien même il n’y a pas de paroles, tous les titres racontent leur propre histoire, ont un feeling qui leur est propre, leur propre identité, un peu comme sur mon premier album solo, Suspended Imagination. C’est simple, cet album permet de faire le bilan de ce que je suis en tant que musicien.

Donc, oui, cet album rassemble tout ce que tu aimes en matière de musique. Il y a des parties techniques, des parties plus « Rock’n’Roll », du « blues »… Mais comprend-t-il des idées qui auraient pu fonctionner avec Dream Theater ?

Il y a quelques parties que j’aurais pu, en effet, garder pour Dream Theater, comme celles de « Temple Of Ciradia », de « Glassy-Eyed Zombies » et de « Gemini »… Cela dit, je ne procède pas tout à fait de la même façon quand je planche sur un album-solo. Là, dans le cas présent, ce sont les guitares qui construisent la mélodie, la trame des morceaux, puisqu’il n’y a pas de claviers, ni de parties de chant. Avec Dream Theater, je dois prendre en compte tout cela. Disons que quand pour Terminal Velocity, je suis resté la seule tête pensante de l’album du début à la fin. 

Quelles guitares as-tu utilisées pour enregistrer ces morceaux ? 

Non, non, plus Ibanez… Ça fait une vingtaine d’années que je travaille avec Music Man Ernie Ball, et tout roule comme sur des roulettes ! Donc, naturellement, j’utilise mon modèle signature  »Majesty »… Je l’adore ! Aussi, j’ai utilisé une guitare acoustique une Builders Edition de chez Taylor pour les sections acoustiques, notamment sur « Gemini ». Mais bon, oui, j’utilise principalement ma signature ‘’Majesty’’ de chez Music Man… 

Crédit photo : Darko Boehringer

« Comment parler du G3 ? C’est juste beaucoup de fun ! En tant que guitariste, tu as l’opportunité de ‘’jammer’’ tous les soirs avec des musiciens que tu adores, donc que demander de plus ? »

J’imagine tout de même que tu dois avoir un paquet de guitares. De quelle guitare te sens-tu le plus proche ?  

Vraiment, j’adore la ‘’Majesty’’. Ce n’est pas seulement une très belle guitare, c’est une guitare qui sonne très juste ! Sur cette guitare, j’y ai mis mes pick-up DiMarzio sur lesquels nous avons travaillé pendant longtemps avec la marque, ce sont les « The Rainmaker » et les « Dreamcatcher »… 

Ton implication au sein du G3 (collectif de guitaristes organisé par Joe Satriani) est remarquable également. Que cette expérience t’a-t-elle apporté au long terme ? Est-ce « plus » qu’une compétition entre manches ? 

J’ai participé au G3 à huit reprises… Et c’est vraiment beaucoup ! (Rires) Ce projet m’a permis de me produire avec mes héros : Joe SatrianiSteve VaiEric Johnson, Steve Morse… Aussi, en plus des performers, nous avons eu la chance d’avoir quelques guests, notamment Phil Collen (Def Leppard) et Uli Jon Roth (ex-Scorpions) sur la toute dernière tournée que nous avons faite ensemble. Sinon, comment parler du G3 ? C’est juste beaucoup de fun ! En tant que guitariste, tu as l’opportunité de ‘’jammer’’ tous les soirs avec des musiciens que tu adores, donc que demander de plus ? S’il y a compétition, elle est juste « amicale » ! Il n’y aura jamais de problème d’ego entre nous, pour la simple et bonne raison que seule notre passion pour la 6-cordes nous réunit ! 

Oui, mais aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, une espèce de compétition entre guitaristes a vu le jour sur la toile. C’est à celui qui jouera le mieux ! 

Oui, aujourd’hui, la manière de jouer de la guitare a tellement évolué que chacun veut montrer de quoi il est capable. Aujourd’hui, il n’y a qu’à se rendre sur Instagram ou même Youtube pour tomber sur une paire de guitariste aussi talentueux les uns que les autres. Ces gamins sont souvent inconnus du grand public et pourtant ils sont très bons !

Concernant le nouvel album, tu as décidé de dévoiler son contenu au grand public à la fin du mois d’août. Le format physique, CD et vinyle, verra le jour fin octobre… Pourquoi s’être précipité ? 

J’étais tellement enthousiaste que j’ai voulu présenter l’album dans son intégralité avant sa vraie sortie ! Vu le contexte actuel, je me suis dit que ce serait une bonne idée de le présenter avant. Donc, pour les gens qui sont attachés au format physique, ils devront attendre le 30 octobre, mais rien ne les empêche d’écouter l’album avant sur ItunesSpotify, et les autres plateformes d’écoute ! Je sais que c’est contre les normes, mais, comment dire, je voulais partager ma nouvelle musique, maintenant ! 

Dernière question par rapport à la pandémie. On ne sait rien. Au début, on était dans l’attente. Désormais, on voit des salles fermer, car il n’y a plus de fonds. J’ai aussi appris que la prochaine convention NAMM était même annulée… Comment entrevois-tu le futur ? 

On ne peut nier le fait que le monde du spectacle n’a pas fini d’en baver. Mon groupe est un exemple parmi tant d’autres… Nous avions tellement de dates prévues, dont on ne sait si nous pourrons les assurer d’ici les quatre années à venir. Pareil pour le camp de guitare dont je m’occupe, il a été reconduit à l’année prochaine… C’est pareil pour la NAMM… La situation est vraiment critique. Et encore, peu évoquent la situation du personnel qui accompagne les artistes en tournée, les programmateurs, les roadies en tous genres… Ça fait vraiment froid dans le dos. Surtout qu’on ne sait pas du tout quand la situation rentrera dans l’ordre. Comment se projeter ? Je ne sais pas. En tout cas, nous essayons d’aller de l’avant. En tout cas, je n’envisage pas de passer une nouvelle année sans me produire.


John Petrucci, c’est : 

John Petrucci : Guitare

+ Musiciens-session :

Dave LaRue : Basse

Mike Portnoy : Batterie

Discographie :

Avec Dream Theater : 

When Dream and Day Unite (1989)

Images and Words (1992)

Awake (1994)

Falling into Infinity (1997)

Metropolis Part 2: Scenes from a Memory (1999)

Six Degrees of Inner Turbulence (2002)

Train of Tought (2003)

Octavarium (2005)

Systematic Chaos (2007)

Black Clouds and Silver Linings (2009)

A Dramatic Turn of Events (2011)

Dream Theater (2013)

The Astonishing (2016)

Distance Over Time (2019)

En solo : 

Suspended Animation (2005)

Terminal Velocity (2020)

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