Napalm Death incarne tout ce que les musiques extrêmes ont de mieux à proposer : la violence, la vitesse, des messages (des vrais), de l’expérimentation… en bref, du Grindcore ! Et pourtant, ce n’est pas du tout cette impression qui est ressortie de notre conversation avec le très aimable Mark « Barney » Greenway qui, en plus de nous présenter son nouvel album, Throes Of Joy In The Jaws Of Defeatism à sortir mi-septembre chez Century Media, nous a fait part de ses revendications humanistes.

Par Axl Meu / Photo Gobinder Jhitta 


Vous avez mis cinq ans à sortir Throes Of Joy In The Jaws Of Defeatism, le plus gros écart entre deux de vos albums. Comment expliques-tu cela ? 

Pour être honnête, nous étions sur l’album depuis un moment, et nous n’avons jamais vraiment arrêté de travailler dessus ! Cela dit, notre idée était de scinder la conception de l’album en plusieurs sections, tout simplement parce que nous passons beaucoup de notre temps sur la route et que nous devions également respecter l’emploi du temps chargé de notre producteur, Russ Russel. Lui aussi était très occupé ! Et puis, sur le plan personnel, il y avait également tous ces petits événements de la vie qui ont fait que nous avons pris plus de temps à le concevoir… Les fans, eux, n’ont pas cessé de nous réclamer l’album, mais nous de notre côté, nous n’étions pas inquiets pour autant, car nous savions que l’album verrait le jour quoi qu’il arrive. 

Mitch Harris n’apparaît pas sur les nouvelles photos promotionnelles du groupe. Cela dit, joue-t-il sur l’album ? 

Oui, il joue sur l’album et a enregistré 50% des guitares. On lui a proposé de nous donner quelques idées de compositions, mais il n’a pas souhaité composer pour ce nouvel album… Comme beaucoup le savent, Mitch a décidé pour des raisons qui lui sont propres de retourner chez lui aux États-Unis et de rester auprès de sa famille. C’est sa décision, il n’est donc plus possible pour lui de continuer dans le groupe. 

Ce nouvel album n’inspire pas la joie de vivre. Il est très froid, très défaitiste également. C’est d’ailleurs ce que sous-entend le titre de l’album et le titre en français « Joie de ne pas vivre »… 

En ce qui concerne le titre Throes Of Joy In The Jaws Of Defeatism, il est construit sur une antithèse, figure de style qui implique que – dans une phrase ou bien une expression – deux mots soient de sens opposés. Et puisque l’album parle du traitement des êtres humains en général, on peut en tirer plusieurs interprétations. La « Joy » (la joie, ndlr) peut nous représenter nous, Napalm Death, en train d’exploser la face du « Defeatism », qui symbolise indirectement la discrimination envers les minorités.

La chanson « Amoral » est sans l’ombre d’un doute la chanson la plus surprenante de l’album. Marquée par des sonorités à la Killing Joke, on jurerait qu’elle est une composition personnelle de Shane Embury… Comment perçois-tu l’évolution du groupe avec le temps ? 

Oui, c’est une bonne observation ! Et en effet, cette chanson a été composée par Shane Embury, aussi bien les mélodies que les paroles ! Napalm Death fait toujours en sorte d’évoluer, d’avancer dans sa manière de composer, de sonner. Tu sais, au bout de 16 albums, il n’y aurait aucun intérêt à ce que nous soyons immobiles ! Et je pense aussi que ce serait tricher et déshonorer nos fans de faire le même album encore et encore. Je pense que c’est pour cette raison que nos fans nous écoutent. Il faut savoir se mettre à jour, rester innovant… En quelque sorte, être frais ! Bien sûr, on reconnaîtra toujours la marque de fabrique de Napalm Death, à savoir ses musiques chaotiques, sa touche expérimentale, ambiante, un peu « sombre », et des gimmicks qui nous permettent d’évoluer et d’avancer comme bon nous semble. 

« Beaucoup continuent à dire que Napalm Death est l’incarnation même du Grindcore. »

En effet, la marque de fabrique de Napalm Death reste prégnante sur ce nouvel album, mais les parties atmosphériques y tiennent une place importante. Peut-on toutefois dire que Throes Of Joy In The Jaws Of Defeatismest un album de Grindcore ? 

Oui. Car l’album comporte en lui tous les éléments de ce style. Et puis, n’oublions pas que c’est Mick Harris, le premier batteur de Napalm Death, qui a inventé le terme de Grindcore ! C’est vraiment son expression à lui, qui a été popularisée par la suite. Il faisait référence à tout ce qui allait très vite, ou même à ce qui était lent à un point où c’en était ridicule. Et beaucoup continuent à dire que Napalm Death est l’incarnation même du Grindcore. Il n’y a donc pas trop de questions à se poser. C’est Napalm Death, donc c’est du Grindcore ! (Rires) 

Quel est le message véhiculé par la piste qui ferme l’album, «  A Bellyful Of Salt And Spleen » ? 

La chanson a pour objet le long trajet que doivent faire les migrants et les réfugiés avant d’arriver à destination, les conditions déplorables dans lesquelles tous ces êtres humains transitent. Je veux dire, ce sont des gens comme toi et moi, qui n’ont pas eu de chance, et qui essaient d’échapper à la violence, aux guerres en prenant d’énormes risques pour partir. Et le terme « Salt » fait allusion au sel de la mer que les réfugiés traversent, le « Spleen » évoque ici, non seulement l’organe (la rate, ndlr), mais aussi la colère en général. Et vraiment, ce qui me met en colère, moi, c’est que des gens soient dénués d’empathie et soient incapables de se mettre à leur place. 

On imagine que la pochette est pleine de revendications également. Il y a cette colombe ensanglantée étouffée par une main…

Beaucoup de personnes interprètent mal cette pochette, pensant que par son biais nous dénonçons la violence faite aux animaux. Mais ce n’est pas le cas ici, même si ça aurait pu l’être. La colombe est censée représenter la Paix, ce à quoi nous faisons allusion dans le titre de l’album. Elle est ici étouffée… Mais si l’on fait bien attention, on peut y voir la lettre « A » encerclée, symbole d’égalité.  


NAPALM DEATH

ORIGINE : Birmingham (R.U.)

LINE-UP : Mark « Barney » Greenway (chant), Shane Embury (basse) Mitch Harris (guitare/chant), Danny Herrera (batterie)

MERCH : napalmdeath.bandcamp.com/merch 

FACEBOOK : officialnapalmdeath

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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