Ivar Bjørnson est sans l’ombre d’un doute le type de musicien avec qui l’on pourrait causer pendant des heures tant ses propos respirent la passion et l’authenticité. Une marque de fabrique primordiale pour le leader d’Enslaved qui continue de redéfinir sa poétique, sortie après sortie… À l’aube de la mise en rayon d’Utgard (Nuclear Blast), ce Viking des temps modernes est revenu avec nous sur ce qui est – selon lui – l’un des albums les plus importants de sa carrière.

Par Axl Meu / Photo Roy Bjørge


Le nouvel album d’Enslaved, Utgard, sera dans les bacs le 2 octobre prochain. Que devons-nous comprendre derrière ce patronyme ?

Utgard est notre 15e album et son titre fait directement référence à la forteresse des géants d’Asgard, « Utgard », souvent utilisée dans les romans, les films et les bandes dessinées. Mais on peut y trouver d’autres significations : littéralement, « Utgard » fait référence à un endroit loin d’ici, à un endroit reculé. C’est un terme que les Norvégiens utilisent dans le langage courant pour parler d’un endroit qu’ils ne connaissent pas vraiment. Cela dit, pour nous, « Utgard » évoque un endroit inconnu dans lequel l’être humain doit s’efforcer d’aller s’il veut en savoir plus sur son existence. Certes, le quotidien nous a toujours appris que l’inconnu était source d’angoisses, pourtant, nous ne réalisons pas forcément que cet inconnu est aussi et toujours source d’apprentissage…

Dans quel état d’esprit te trouvais-tu lorsque tu as composé ce nouvel album ? Voulais-tu forcément donner suite à E ou bien commencer un nouveau chapitre pour le groupe ?

En général, quand les gens me demandent dans quel état d’esprit je suis quand je travaille sur un album, je ne sais que dire… Mais là, c’est différent ! Cette fois-ci, je dirais que cet album est un tout nouveau départ pour Enslaved, comme s’il m’avait fallu repartir de zéro, suite au départ de notre batteur. Cato Bekkevold a décidé en 2018 de mettre les voiles pour profiter de sa famille, après 15 années de service. On ne pouvait rien faire d’autre, si ce n’est le remercier pour tout ce qu’il a apporté au groupe. Néanmoins, cela a soulevé un énorme problème pour Enslaved, qui ne pouvait pas se contenter de faire passer de simples auditions afin de trouver la perle rare. Je veux dire, il existe beaucoup de batteurs de talent, mais après pas moins de 30 ans de carrière, Enslaved avait besoin d’un batteur qui connaisse bien son histoire. Et pour nous, c’était clair ! Il fallait qu’Iver Sandøy, notre coproducteur (depuis 2010, ndlr), nous rejoigne à long terme, lui qui nous avait déjà dépannés par le passé. Nous savions qu’il était très occupé en studio, mais nous lui avons clairement expliqué à quel point il était important qu’il rejoigne le groupe, ce qu’il a fait après mûre réflexion.

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« Cet album est un tout nouveau départ pour Enslaved, comme s’il m’avait fallu repartir de zéro »

Une fois encore, la musique d’Enslaved mêle plusieurs esthétiques : on passe du Black Metal « viking » à des éléments parfois plus Prog’ ! Le morceau « Jettegryta » en est la preuve formelle : son pont est très particulier !

« Jettegryta » est un morceau très spécial à mes yeux, car il est venu de manière très spontanée ! J’étais en séjour avec ma famille, nous passions tout simplement du bon temps ensemble, puis j’ai commencé à entendre la mélodie d’introduction. Par chance, ma guitare était à portée de main, me permettant ainsi de l’enregistrer. Je savais que cette chanson conterait le retour des géants d’Asgard vers Utgard… Les paroles une fois sur papier, j’ai pensé qu’il serait bon d’inclure un pont un peu « psyché » dans l’âme, celui dont tu parles. Cela fait donc allusion à leur passage dans une sorte d’hyper-espace et le solo de clavier matchait tellement avec cette idée ! C’est amusant de savoir qu’Enslaved est capable de passer d’un registre à la Bathory à un autre rappelant la scène Prog’ avec ses groupes phares, notamment Camel et Yes.

« Urjotun », par ses consonances Électro, risque de surprendre : il dégage une vibe propre à la scène New Wave/Goth /Indus’ britannique du début des années 80, un peu à la Killing Joke…

J’adore Killing Joke ! Et en effet, j’écoute beaucoup de groupes de cette scène, et je m’en sers beaucoup pour mon autre projet d’Électro/Ambiant, BardSpec. Pour mettre au point de tels morceaux, j’utilise un séquenceur, ce que je n’avais jamais encore fait pour Enslaved, étant donné que je ne trouvais jamais le bon angle. Finalement, sachant qu’Iver Sandøy a les mêmes références musicales que moi, je me suis lancé. J’ai composé le morceau d’une seule traite – de 10h du matin à 8h du soir – et je l’ai envoyé aux membres du groupe. Ils l’ont aimé… Ce morceau prouve qu’Enslaved est une formation flexible, et sincèrement, je pense que les fans – toutes époques confondues – l’adopteront. Par sa monotonie, sa dureté et son côté agressif, il dégage une vibe agressive !

Quid de « Distant Seasons » ? Pourquoi avoir décidé de clore l’album sur une touche si paisible qui peut faire penser à du Alcest ?

C’est amusant, car tu mentionnes tous les groupes que j’aime ! (Rires) Nous sommes déjà partis en tournée avec eux… Concernant le morceau, au départ, je ne savais pas trop comment mettre un terme àl’album. En général, je suis plutôt du genre à beaucoup réfléchir sur le nombre de morceaux qu’il nous faut. Cette fois-ci, j’ai retiré tous les compteurs, car je me suis rendu compte que cela m’amputait d’une certaine liberté. Puis est venu « Distant Seasons » que j’ai composé alors que j’étais avec ma famille, avec mes enfants au parc… Il faisait beau, et c’est alors que je me suis rendu compte de la chance que j’avais d’être entouré de proches qui m’aiment. Ainsi, dès que je l’ai composé, j’ai décidé d’en faire la piste finale à l’album.


ENSLAVED

ORIGINE : Norvège

LINE-UP : Ivar Bjørnson (guitare, clavier), Grutle Kjellson (chant, basse), Arve Isdal (guitare), Håkon Vinje (clavier, chant), Iver Sandøy (batterie, chant)

MERCH : enslaved.aisamerch.de/shop-en

FACEBOOK : enslaved

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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