Un an après son premier volume, la « team » United Guitars remet le couvert avec un deuxième volume, un opus une nouvelle fois entièrement consacré à l’art de la guitare, sous toutes ses formes, conçu par des passionnés pour des passionnés ! À l’occasion de sa sortie, nous nous sommes entretenus avec Ludovic Egraz, l’homme à l’initiative du projet !

Propos de Ludovic Egraz (guitare) recueillis par Axl Meu


Est-ce que tu peux revenir sur les retours que vous aviez eus à la suite de la sortie du premier volume et par la même occasion, revenir sur la genèse du projet ?

On a eu de très bons retours. En fait, l’idée de base était la suivante : dans le monde de la guitare, il existe des événements, comme des petits salons qui mettent en avant une palette de guitaristes qui travaillent dans leur coin, qui publient leurs propres vidéos. Mais, à mon plus grand regret, j’ai constaté qu’il n’y avait pas de projets qui brassaient l’étendu des talents qu’on a en France. Ça se faisait vraiment dans les années 80/90… D’ailleurs, un label, Shrapnel Records, s’était spécialisé dans ce domaine et avait édité tout un tas d’albums collaboratifs. Je pense également aux magazines spécialisés, comme Guitar World, qui réalisaient leurs propres compilations. Donc, pour moi, en France, il y avait vraiment un vide à combler à ce niveau-là. Ce qui explique sans doute le bon accueil qui a été réservé au premier volume.   

Du coup, pour le deuxième album, vous avez dû repartir de zéro, vous avez dû vous entourer de nouveaux guitaristes, même si certains figuraient déjà sur le premier volume, notamment Fred Chapelier…

Oui, pour le premier volume, Fred était là sans vraiment l’être, puisque, étant malade, il avait dû enregistrer à distance. Là, cette fois-ci, on l’a fait venir à Paris pour qu’il soit avec nous pendant l’enregistrement. En tout cas, en ce qui concerne les guitaristes, en effet, il y a une base qui fait partie de l’A.D.N. du projet, donc tant que ces guitaristes ont envie de continuer, ils pourront continuer à figurer sur les albums. En tout cas, sur ce deuxième volume, il y a une quinzaine de nouveaux guitaristes, et je pense que ça sera pareil dans le troisième. 

Il y a donc Yvan Guillevic, NeoGeoFanatic, Pat O’ May qui font partie du noyau dur du projet, mais il y a également de nouveaux participants qui parfois sont très connus. Je pense notamment à Doug Alrich. Comment l’as-tu approché ? 

Si tu veux, moi, à côté, je suis journaliste dans la musique. Je m’occupe du magazine Guitare Xtreme, et je suis dans la presse musicale depuis 1991… Autant dire que ça remonte à loin ! À l’époque, Doug Alrich jouait dans un groupe qui s’appelait Bad Moon Rising, et, à l’époque, j’avais vraiment flashé sur son style, donc je l’avais vraiment aidé à développer sa notoriété en France. Tout ça pour dire que je le connais depuis un moment, ce n’est pas mon ami, mais disons que nous aimons bien nous retrouver lorsqu’il est de passage à Paris. C’est toujours un plaisir !

J’ai un peu la même relation avec Gus G., le guitariste « star » de notre premier volume ! En tout cas, en ce qui concerne Doug Alrich, il a vraiment joué le jeu à fond ! Il n’a pas fait la chose par-dessus la jambe, comme beaucoup de guitaristes-star l’auraient fait. Non, là, il a écouté le morceau, et il a donné son avis, et il a recommencé encore et encore, afin d’obtenir la prise parfaite, jusqu’à ce que tout le monde soit satisfait. Et, sincèrement, c’était vraiment touchant pour moi, car ce gars a vraiment de la bouteille, et une carrière des plus impressionnantes… Et il aurait pu se dire : « Bon, vu que c’est un projet monté par des petits Français, je ne vais pas trop perdre mon temps », mais là, non ! 

Est-ce que tu peux venir sur ce nouveau double-album, et la palette de styles que l’on y retrouve ? Celui-ci semble plus riche en esthétiques…

Oui, c’est un peu une nouveauté, car avec le recul, je trouve que le premier album était un peu monotone, dans le sens où il était axé sur le Rock, celui avec des grosses guitares, ambiance « Hard/Metal », même s’il y avait des ouvertures sur d’autres styles. Mais pour ce deuxième album, je trouve que c’est beaucoup plus flagrant. On a vraiment cherché à ouvrir le débat, à taper dans le Jazz-Fusion par endroit, dans la Funk, dans le Rock progressif. Donc, même si ça reste un album de Rock, il y a des ouvertures sur chacun des morceaux, des styles différents qui sont abordés, et c’est vraiment ce que l’on souhaitait… 

« J’espère vraiment que ces disques vont inciter les gens à s’intéresser à nouveau à cet instrument »

Justement, malgré les différences de styles, les morceaux se suivent et s’enchaînent avec cohérence. Comment agences-tu toutes ces idées ? 

Personnellement, en ce qui me concerne, je ne travaille pas sur les idées des autres. Les guitaristes m’envoient une première démo deux mois avant l’enregistrement « final » de l’album, puis, par la suite, on détermine ensemble qui va intervenir sur tel ou tel morceau. Il faut vraiment que ça colle à ce niveau-là. Donc, à ces fins, il y a un peu de « va-et-viens » pendant quelques semaines. On réajuste les choses, la tonalité, le tempo de certains morceaux… Par moments, on trouve qu’il manque une partie, donc on fait en sorte d’agencer l’ensemble. Pour te dire, il nous est même arrivé d’avoir quatre versions différentes du même morceau avant d’en trouver sa version définitive.

Et comme je t’ai expliqué tout à l’heure, le plus important pour nous était de trouver des musiciens compatibles. Que ça « matche » entre eux ! Donc, là, on a vraiment des morceaux qui ont été composés à quatre mains, par deux guitaristes, parfois même par trois guitaristes. Donc, ici, pour ce nouvel album, il y a vraiment eu concertation entre les musiciens… Donc, tout ça, ça demande un peu de lâcher-prise de ma part… Donc, avec Olivia (Rivasseau, ndlr), mon associée, une fois que tout sort du mastering, on passe plusieurs soirées à écrire l’album ensemble, pour voir un peu comment les choses s’enchaînent sur l’album. 

Les guitaristes ont également composé la base des morceaux ? 

Oui, ce sont les guitaristes eux-mêmes. Je leur ai vraiment donné carte-blanche. Par exemple, le morceau qui a été composé par trois musiciens, c’est « Shining Superstar ». À la base, la structure du morceau a été composée par Yvan Guillevic… Et ensuite, il a son ébauche à Michaal Benjelloun, qui a fait des arrangements à partir de ce qui existait déjà ! Mais moi, personnellement, je n’interviens jamais, et je n’impose rien en termes de style, seulement quand j’estime qu’il y a un doublon. 

Et ton rôle dans tout ça ? Quel est-il ? Orchestrer l’ensemble ? 

J’endosse le rôle de réalisateur. J’écoute les maquettes, et j’essaie d’optimiser les morceaux, de les améliorer. Je n’ai pas la science infuse, mais je peux donner mon avis sur certaines idées dans le sens où j’ai plus de recul par rapport à ceux qui ont écrit le morceau. Pendant les sessions d’enregistrement, je suis également à côté des musicien et je les accompagne. En général, quand tu enregistres en studio, tu es vraiment pris dans ce que tu fais et il est vraiment difficile d’avoir un avis critique par rapport à ce que tu as enregistré : soit tu écoutes jusqu’à être pleinement satisfait, soit tu fais confiance à la personne qui réalise ton disque. Cette personne qui te dit que tu peux faire mieux, et il faut partir du principe qu’elle a raison….

Après, ça varie en fonction des guitaristes. Il y a certains guitaristes qui sont capables d’assurer l’ensemble et de ne faire qu’une seule prise, comme Fred Chapelier et NeoGeoFanatic. Après, il faut se remettre dans le contexte, il y a plusieurs guitaristes autour de toi, et ça peut être intimident, car chacun n’a pas le même aplomb. Mais généralement, entre l’enregistrement des guitares, de la basse et de la batterie, il est vraiment rare que l’enregistrement excède quatre heures. Une fois arrivé au studio, il faut savoir ce que tu veux jouer, faire confiance en son jeu, et arriver dans un état d’esprit solide. 

Est-ce que tu pourrais me parler du morceau qui clôt le premier CD, « I Live In a flat by the river ». Il dégage un côté exotique, créé par l’intermédiaire de la sitar…

C’est Régis Savigny qui est à l’origine de ce morceau. C’est un passionné de musique indienne… Il est souvent parti en Inde pour apprendre les rudiments de la musique indou… Mais pour ce morceau, je ne pense pas qu’il joue de la sitar, il me semble qu’il a tout fait à partir d’une guitare « fretless ». En tout cas, c’est un morceau qu’il faut écouter plusieurs fois, car Régis est quelqu’un qui va vraiment dans le détail. 

L’année dernière, pour promouvoir le premier volume, tu avais organisé un concert au théâtre de l’Européen à Paris. Mais qu’en sera-t-il pour ce volume ? 

Il était également prévu que l’on organise une date… mais là, clairement, c’est impossible. Même si le gouvernement décidait de tout rouvrir du jour au lendemain, il nous serait tout de même impossible de nous organiser, de contacter des prestataires, de répéter, de rassembler les musiciens ensemble. L’année dernière, c’était vraiment différent, car nous savions que nous nous produirions au théâtre de l’Européen, donc, à l’époque, nous avions pu nous organiser, réarranger les morceaux pour ensuite les jouer sur scène, mais là, c’est clairement inenvisageable à l’heure actuelle. 

Je te laisse le mot de la fin. 

Actuellement, la guitare touche un public qui a été élevé en écoutant du Rock. Mais, aujourd’hui, puisque nous vivons dans un monde qui ne fonctionne plus tout à fait de la même façon, ça se ressent dans les habitudes de vie des gens. Aujourd’hui, les styles phares sont l’Electro, le Rap… Et la guitare a un peu perdu son statut d’instrument « roi ». Là, je vais sur mes 49 ans… À l’époque, quand j’étais au collège, tout le monde avait envie de jouer de la guitare. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas… Mais j’espère vraiment que ces disques vont inciter les gens à s’intéresser à nouveau à cet instrument riche en sensations !


Line-up :

Guitares : Doug Aldrich,Yarol Poupaud, Florent Garcia, Nina Attal, Pascal Vigné, Pat O’May, Nicolas Chona, Michaal Benjelloun, Matt « Hawk » Asselbergh, Simon Borro, François Tuphé, Swan Vaude, Manou Rao, Thomas Fratti, Fred Chapellier, Manu Livertout, Youri De Groote, NeoGeoFanatic, Saturax, Ludovic Egraz, Nym Rhosilir, Judge Fredd, Yvan Guillevic, Régis Savigny, Fabrice Dutour, Jean Fontanille, Yoann Kempst, Anthony Magro, Xavier Lacombrade

Basse : François C. Delacoudre

Batterie : Yann Coste, Nicolas Viccaro

Discographie : 

United Guitars Vol.1 (2019)

United Guitars Vol.2 (2020)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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