Piliers de la scène Death Metal européenne, les vétérans d’Asphyx n’ont jamais retourné leurs vestes. Après plus de 30 ans de carrière, la formation hollandaise continue d’évoluer dans ce style qu’elle maîtrise sur le bout des doigts : ce Death Metal à tendance « Doom », esthétique une nouvelle fois mise à l’honneur sur Necroceros, son nouvel album ! À l’occasion de sa sortie, nous nous sommes entretenus avec Martin van Drunen, son chanteur.

Propos de Martin van Drunen (chant) recueillis par Axl Meu


Un nouvel album pour Asphyx ! C’est Necroceros, et il arrive cinq années après Incoming Death. Qu’aviez-vous fait pendant tout ce temps ? 

Nous avons donné beaucoup de concerts pour promouvoir Incoming Death. C’était amusant à voir, car plus nous donnions de concerts, plus on nous réclamait. Et au fil des années, nous avions commencé à accumuler tout un tas d’idées et de la matière pour l’album à venir. Puis la pandémie est arrivée avec son lot d’inconvénients, mais dans le fond, je dois dire que ça nous a permis de prendre le temps qu’il fallait pour travailler sur l’opus. L’inverse, l’album ne serait pas encore prêt ! 

Ce nouvel album, Necroceros, comporte dix morceaux. Néanmoins, j’imagine que vous en avez composé bien plus que ça ! Comment avez-vous sélectionné ces morceaux de sorte à créer un ensemble organique, correspondant à ce qu’Asphyx a toujours été ? 

En fait, je ne dirais pas qu’on a composé plus de « nouveaux morceaux ». Nous procédons tout simplement par « banques d’idées ». Donc, pour cet album, et comme pour tous les autres, nous avons utilisé certaines idées que nous n’avions pas utilisées par le passé. On avait tous ces riffs, puis, nous avons évalué leur potentiel pour savoir si ça collait avec le reste ou pas. Pour les riffs qui n’étaient pas encore assez forts, nous les avons mis de côté… Qui sait ? Peut-être les utiliserions-nous à l’avenir ? En fait, le plus difficile dans l’histoire, c’est de trouver des riffs qui fonctionnent bien ensemble, qui peuvent construire une chanson efficace et qui soient capables de garder une cohésion d’ensemble en termes d’atmosphère. 

Qu’en est-il des thématiques abordées sur ce nouvel opus ? La situation actuelle a-t-elle affecté l’écriture des paroles ? Sont-elles plus sombres qu’à l’accoutumée ? 

Non, pas forcément. Comme d’habitude, les sujets abordés sont tous étroitement liés à la Mort, mais j’ai décidé cette fois-ci d’en parler autrement. Dernièrement, j’ai été amené à m’intéresser à d’autres sujets, à lire beaucoup d’ouvrages portant sur le régime communiste d’après-guerre établie en Chine. Donc, à la fin, non, je ne dirais pas que la Pandémie a eu un impact concret sur ma manière d’écriture mes paroles ! 

Le morceau le plus incroyable de l’album reste à mes yeux Three Years Of Famine. Sa progression est très intéressante… Est-ce que tu pourrais revenir sur l’écriture de ce morceau ? 

C’est le fruit du fantastique travail mené en amont par Paul Baayens (Guitares, ndlr). Quand il m’a envoyé le morceau, je n’avais tout simplement rien à redire ! Dès le départ, c’était un excellent morceau, à un tel point que cela ne m’aurait pas dérangé qu’il n’y ait pas de chant dessus. Et sincèrement, même lui voit ce morceau comme une consécration par rapport à ce qu’il avait composé par le passé. Alors, quand il m’a proposé d’y mettre du chant, j’ai bien écouté toutes ses parties, analysé les ambiances qui s’en dégageaient, et finalement décidé d’aborder le sujet de La Grande Famine de Chine, l’un des pires drames qui soient arrivés en Chine au XXème siècle. Avec les ambiances, cette mélancolie, que le morceau dégageait, ça rendait tellement bien ! 

On peut également expérimenter cette mélancolie sur le tout dernier morceau de l’album : « Necroceros ». Comment avez-vous été amené à nommer l’album ainsi ? 

En fait, on avait eu cette idée de titres bien avant que le morceau ne soit composé ! C’est un peu le titre de chantier de l’album… Je l’avais proposé aux autres membres du groupe, et leur avais, par la même occasion expliqué sa signification. Puis, quand je me suis mis à composer ce morceau avec Paul, je me suis vite rendu compte qu’il fallait que ce soit son morceau éponyme. C’est venu naturellement. C’est aussi simple que ça !  

L’histoire d’Asphyx est imposante : beaucoup de changements de line-up et ses musiciens évoluent dans un tas d’autres formations. À la fin, comment parvenez-vous à capturer l’essence-même d’Asphyx, sans trop dénaturer le propos de base du groupe ? 

C’est assez simple également. Quand nous sommes à quatre dans la même pièce, c’est Asphyx qui joue, tout simplement. Il y a une sorte d’alchimie entre les membres qui se met en place, et elle n’est pas comparable avec les autres formations dans lesquelles nous évoluons ou avons évolué. Peut-être que mes propos vont te paraître étranges, mais c’est ainsi ! Comme je t’ai dit en début d’interview, Asphyx est un groupe de scène, nous faisons ça par passion, et rien d’autres ! D’ailleurs, sur scène, ça ne se voit pas forcément, mais nous nous faisons beaucoup de blagues. On est vraiment complices ! C’est vraiment ça l’esprit du groupe ! 

« Quand nous sommes à quatre (…) il y a une sorte d’alchimie qui se met en place, et elle n’est pas comparable avec les autres formations dans lesquelles nous évoluons ou avons évolué. »

D’ailleurs, il n’y a peut-être plus de membres originaux au sein du groupe. Le dernier, c’était Bob (Bagchus, batterie, ndlr). Il nous avait quittés en 2014, car il n’arrivait plus à faire la part des choses entre le groupe et sa famille. Néanmoins, à son départ, il nous a clairement fait comprendre qu’il voulait que l’on porte en nous l’héritage du groupe. D’ailleurs, après la sortie de Deathhammer, le dernier album sur lequel il joue, il a continué à nous encourager, à nous dire ce qu’il pensait des morceaux. En quelque sorte, Asphyx fait et fera toujours partie de lui, à un tel point que nous nous demandons toujours s’il va aimer le morceau avant de le mettre en boîte. Le cas inverse, on ne le ferait pas ! Je suis sûr que si ça ne lui plaisait pas, il nous dirait clairement et simplement de lâcher l’affaire. 

À côté, il a également lancé Siege Of Power, un excellent groupe de Death/Thrash composé de Chris Reifert (Autopsy) au chant et même de Paul Baayens à la guitare, auteur d’un album, Warning Blast, en 2018. 

Oui ! C’est un groupe néerlando-américain. Il vit aujourd’hui aux États-Unis, donc, quand Asphyxest dans les parages, nous l’invitons ! Pour ce qui est de Siege Of Power, Paul l’a rejoint, car il avait un tas d’idée plus Punk dans l’âme qui ne convenaient pas forcément à Asphyx. Bob lui a dit « Ok », de même que Chris ! 

Cette fois-ci, Asphyx n’a pas travaillé avec Dan Swanö pour le côté production. Pourquoi ? 

En fait, nous adorons Dan et son travail, mais pour un souci de nouveauté et de fraicheur, nous avons décidé de faire appel à un autre producteur pour le mixage et le mastering. Donc, en amont, nous avons commencé à évoquer plusieurs noms, avons envoyé nos pistes « brutes » à plusieurs producteurs, et finalement, nous avons retenu Sebastian Seeb Leverman, car le groupe était vraiment intéressé par sa manière de voir les choses. Et nous avons adoré travailler avec lui ! Au départ, il nous a avoué ne pas venir de la scène Death Metal, mais de la scène Power Metal… Cependant, il reste un grand fan de musique extrême, et pour lui, c’était comme un rêve devenu réalité de mixer un album de Death Metal ! Et pour une première, il a vraiment assuré ! 

Est-ce que tu peux revenir sur la pochette de l’album ? Pourquoi tenez-vous à chaque fois que son illustration soit peinte ?

Tout simplement parce que nous préférons qu’elle soit ainsi ! Aujourd’hui, beaucoup des illustrations sont faites de manière digitale, à l’aide d’ordinateur. Je ne dis pas que je n’aime pas, mais disons qu’Asphyxa toujours eu pour habitude d’y proposer des illustrations peintes à la main et de travailler avec Axel(Hermann, ndlr). Aujourd’hui, il ne fait plus autant de pochettes qu’avant, et clairement, on se sent un peu honorés quand il accepte de la faire pour nous ! En fait, Axel est un peu responsable de l’imagerie du groupe, et quand il nous a proposé l’illustration pour Necroceros, je dois dire que j’ai été surpris, mais très vite intrigué par toutes ces couleurs un peu toxiques, comme si nous pouvions sentir l’odeur que les images dégagent !  

Désormais que la sortie de Necroceros est prévue pour le 22 janvier prochain, et qu’il n’y a pas de concerts. Quel est votre plan pour rester actifs sur les réseaux sociaux ? 

D’ici là, on espère vraiment que la situation se sera un peu améliorée, et que l’on aura repris les concerts. D’ailleurs, il n’y a pas si longtemps, nous avons donné un concert en Allemagne. Et même si les mesures étaient assez strictes, il y avait eu assez de monde pour que l’on rentre dans nos frais. Peut-être que, lorsque la situation se sera un peu rétablie, nous pourrions envisager reprendre les concerts en petits comités, à la seule condition que la situation soit sous contrôle. Après, il y a d’autres possibilités, comme celles de donner des concerts en mode « stream ». Au moment où je te parle, je ne sais pas encore si nous le ferons, on verra ! Personnellement, je ne suis pas trop pour, mais je sais que des fans aimeraient que nous testions ! Qui sait ? (Finalement, le groupe livrera un concert « stream » à l’occasion de la sortie de l’album, le 22 janvier dernier, ndlr). De toute manière, tout n’évoluera pas du jour au lendemain. Premièrement, il faudra soigner, vacciner, protéger, puis, une fois que tout sera prêt, nous pourrons retrouver notre vie d’avant. Mais pour le moment, ce qui importe le plus, c’est de rester positif !


Asphyx, c’est : 

Martin van Drunen : Chant  

Paul Baayens : Guitare  

Alwin Zuur : Basse 

Stefan Hüskens : Batterie 

Discographie : 

The Rack (1991) 

Crush the Cenotaph (EP-1992) 

Last One on Earth (1992)  

Asphyx (1994) 

God Cries (1996) 

Embrace the Death (1996)

On the Wings of Inferno (2000) 

Death… the Brutal Way (2009)

Reign of the Brute (EP-2012) 

Deathhammer (2012)  

Incoming Death (2016)  

Necroceros (2021)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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