Établie sur de solides bases, la formation de Doom Metal française, Conviction, a préféré s’attarder sur les moindres détails de son premier album pour frapper les esprits une bonne fois pour toutes. Une méthode qui aura porté ses fruits, car la « plus toute jeune » formation peut désormais se targuer d’avoir fait paraître l’un des opus les plus marquants de ce début d’année. Au rendez-vous, riffs lourds, déséquilibrés, tellement évocateurs, respectant à la lettre l’esthétique instaurée par les mastodontes du genre… Nous avons voulu en savoir plus.

Propos d’Olivier Verron (chant, guitare) recueillis par Axl Meu


Salut Olivier, tu es à la tête de Conviction, projet de Doom Metal que tu as lancé en 2013. Finalement, neuf ans après son lancement, le groupe sort enfin son premier album. Pourquoi avoir pris autant de temps à concrétiser ce projet ? 

Au début du projet, j’étais principalement occupé par Temple of Baal, auquel je consacrais la plupart de mon temps disponible. Aujourd’hui, c’est l’inverse, Conviction est mon projet principal, et j’y consacre davantage de temps. Mais il faut également savoir que j’ai composé tout au long de ces années. Je n’ai donc pas été inactif, j’ai un gros stock de morceaux en réserve pour Conviction. Les prochains épisodes discographiques ne devraient donc pas trop tarder !

Conviction est initialement un « one-man-band ». Ce qui n’est plus le cas depuis 2017. Comment as-tu sélectionné tes musiciens ? Par affinité ? Pour les différents projets auxquels ils ont participé ? 

Rachie « Teepee » Trabelsi (batterie, ndlr), Vincent Buisson (basse, ndlr) et Frédéric Patte-Brasseur (guitare, ndlr) sont tous les trois de vieux amis, et je savais d’avance que je ferais appel à eux si je montais un line-up, en particulier car ils sont tous les trois fans de vrai Doom Metal « Old School », et ne risquaient pas de parasiter le projet avec des idées trop modernes. Leurs activités dans Ataraxie, Mourning Dawn et Moonskin parlent d’elles-mêmes. 

Connaissant surtout ton participation au sein de Temple of Baal connoté par son registre Black, j’aimerais bien savoir d’où ce penchant pour la scène Doom Metal t’est venu…  

Je savais que je monterais un groupe de Doom un jour ou l’autre depuis les années 90. À l’époque, j’ai pris une énorme claque à la découverte de Cathedral, ce qui m’a conduit ensuite vers Saint Vitus, Pentagram et tous ces groupes cultes… J’avais même essayé de monter un groupe de Doom avant même de monter Temple of Baal ! Sans succès à l’époque, car cette musique n’intéressait personne. Fonder un groupe de Black Metal étant également dans mes projets, je me suis concentré sur cette tâche en sachant très bien qu’un jour ou l’autre, ce projet Doom Metal prendrait forme. Il fallait juste être patient.

Procèdes-tu de la même manière pour composer un morceau de Doom et un morceau de Black ? D’ailleurs, pour Conviction, comment es-tu parvenu à structurer ces morceaux, eux qui sont à la fois longs et imposants ? 

Je procède à peu près de la même manière, la différence étant l’état d’esprit dans lequel je suis au moment de la composition. En général, j’ai ma guitare en main, je joue, et j’enregistre. Cinq des morceaux de l’album sont issus de la démo de Conviction pour laquelle tout s’est passé en une journée. Je me suis installé avec ma guitare devant mon ordinateur à 6 ou 7h du matin, j’ai joué, enregistré ce que je jouais, écrit des paroles et chanté dans la foulée. En une journée, la démo était prête à sortir, et les morceaux n’ont presque pas été touchés lors de leur réenregistrement pour l’album, hormis deux ou trois petits arrangements. 

Structurer un morceau de Doom Metal n’est pas un problème. La longueur vient en partie du tempo très lent, mais il est vrai que j’aime aussi les constructions un peu progressives comme sur le dernier morceau, « My Sanctuary ». C’est le morceau qui dicte quoi faire. Si je m’ennuie une seconde, c’est qu’il y a un problème, et qu’il faut envisager une rupture de climat. J’aime écouter les vieux groupes de Rock progressif comme Yes pour y puiser des idées, « Close To The Edge » et « Relayer » sont des bibles pour ce genre d’exercice.

« L’objectif de base était de faire un album de Doom Metal à l’ancienne, qui puisse marquer les gens, avec des morceaux accrocheurs et puissants, un son, une identité forte »

Il me semble que l’enregistrement de ce premier album s’est étalé sur plusieurs mois, et qu’il a commencé en 2018. Avec le recul, n’as-tu pas eu l’impression de perdre de vue l’objectif de base que tu t’étais fixé ? D’ailleurs, quel était-il ? 

Ce fut très long, trop long, mais c’est également le premier album que nous enregistrions par nous-mêmes. Nous avons fait et refait le son des guitares et de la basse un nombre incalculable de fois, je n’étais jamais satisfait. J’ai aussi refait deux fois les voix lead. Même chose pour le mix, on a dû faire une dizaine de mixages différents… Le piège du D.I.Y.,. quand tu peux refaire à l’infini puisque tu ne paies pas. 

L’objectif de base n’était cependant jamais perdu de vue : faire un album de Doom Metal à l’ancienne, qui puisse marquer les gens, avec des morceaux accrocheurs et puissants, un son, une identité forte. Le but ultime : Je veux que dans 30 ans, on se souvienne de ce disque et on l’écoute encore. Qui vivra verra.

Ce qui marque d’emblée quand on écoute l’album, c’est le soin qui a été apporté aux guitares. Comment avez-vous obtenu ce son si imposant ? Si caractéristique de la scène Doom ? 

Fred et moi sommes des maniaques du matos, alors nous nous sommes fait plaisir en mélangeant des amplis Orange Rocker 15 Terror et Dual Terror, avec un Laney Tony Iommi Signature. L’une des couches d’Orange est également colorée avec un mélange Tube Screamer et Big Muff Green Russian pour une texture plus pâteuse. Le tout passe dans un Two Notes Torpedo qui émule des baffles Orange PPC412AD. Nous avons beaucoup bossé ce son pour être à mi-chemin entre le gros son gras typique du Doom à la Saint Vitus, et la précision du son de Tony Iommi période « Heaven & Hell/Mob Rules ». 

D’ailleurs, où avez-vous enregistré l’album ? Qui vous a accompagnés lors de l’enregistrement ? 

Nous avons fait presque tout nous-mêmes, à part la batterie que nous avons enregistrée au Barde Atomique à Ecquevilly avec Laurent Conneau, et le mastering qui a été fait par Geoffroy Lagrange au Paradise Studio. Pour le reste, tout a été fait au Vault 92 Studio, le studio de Frédéric, notre guitariste.

Les sources d’inspiration de Conviction sont larges : Candlemass, Cathedral, Saint Vitus, My Dying Bride… Néanmoins, y a-t-il une formation plus « obscure » qui aurait eu un impact dans ta manière de concevoir ta musique ? 

Tu vises juste, je rajouterais Pentagram à ta liste même si nous ne sonnons pas aussi 70’s. Dans les années 90, découvrant l’underground, j’ai beaucoup écouté de démos et d’albums autoproduits, et si je devais désigner un groupe en particulier, je te parlerais des Lituaniens Dissonance, qui ont sorti une démo en 1993 titrée Sleepless Dead. Il s’agit de Doom Death tout ce qu’il y a de plus traditionnel pour l’époque, mais le morceau titre de la démo dégage une atmosphère incroyable et certains de ses riffs m’ont hanté des années durant. Le groupe s’est ensuite fait plus expérimental, il a splitté depuis longtemps et plus personne ou presque ne s’en souvient, mais cette démo et ce morceau en particulier m’ont marqué à jamais. 

En 2019, vous avez fait partie des groupes français qui ont décidé de rendre hommage à Cathedral. Je sais que Stéphane Le Saux et Laurent Lignon sont à l’initiative du projet, et que vous avez retravaillé « Stained Glass Horizon »… Comment avez-vous été amenés à participer à ce projet ? 

Stéphane et Laurent ont lancé l’idée dans le milieu Doom français, et bien sûr j’ai présenté la candidature de Conviction, Cathedral faisant partie de mes dieux ultimes en matière de Doom Metal. C’est d’ailleurs ce « tribute » qui constitue l’étincelle menant à la formation du line-up. A l’origine je pensais ne prendre qu’un batteur pour enregistrer le morceau, puis très vite l’idée de monter un groupe à 100% pour faire du live s’est imposée… On peut donc remercier Laurent et Steph’ sans qui tout cela ne serait peut être pas arrivé !

Quels sont les projets de Conviction à l’avenir ? 

Nous avons à ce stade plus de deux heures et demi de prédémos pour les prochains disques, donc le deuxième album devrait prendre forme relativement rapidement, puis le troisième et ainsi de suite ! Difficile de savoir ce qu’il en sera des concerts à ce stade mais nous espérons évidemment remonter sur scène le plus tôt possible ! 


Conviction, c’est : 

Olivier Verron : Guitare/Chant 

Rachid « Teepee » Trabelsi : Batterie  

Vincent Buisson : Basse

Frédéric Patte-Brasseur : Guitare 

Discographie : 

Promo 2013 (Démo-2013)

Conviction (2020) 

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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