Un cachet très marbré, et surtout, de très belles émotions, c’est ce que nous a réservé le premier album de Blurr Thrower, Les Voûtes, tout dernièrement paru via les Acteurs de l’Ombre Productions. Une formalité pour le « one man band », car il a toujours su jouer avec notre imaginaire, et surtout jongler entre le sublime et le grotesque pour un max’ d’atmosphères tiraillées dont lui-seul a le secret. 

Propos de Limbo (tous les instruments) recueillis par Thomas Deffrasnes 


Comment te sens-tu à la veille de la sortie des Voûtes ? 

Je déteste les sorties d’album, car une fois que le projet est disponible, il ne t’appartient plus à toi, mais à ceux qui l’écoutent. Et, c’est une réalité extrêmement violente ! J’espère de tout cœur que les auditeurs ressentiront des choses, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. 

Comment ce nouvel album succède-t-il aux Avatars Du Vide ? 

C’est la suite directe. Je fais de la musique en fonction d’un moment, d’un instant de vie. C’est une autobiographie en somme. Ainsi, il y a une cohérence temporelle et narrative entre ces deux chapitres. J’exprime artistiquement à travers plusieurs moyens ; que ce soient des poèmes ou de la photographie et ici en l’occurrence de la musique. En revanche, j’ai attaqué Les Voûtes dans une dimension tout à fait différente. Là où les Avatars Du Vide avait été très compliqué à produire, ici, j’ai était très écouté par Les Acteurs De L’Ombre Production. C’était une atmosphère idéale et rassurante pour commencer l’écriture de ce nouvel album. 

Les Voûtes est un titre très énigmatique sujet à plusieurs interprétations… Lesquelles ?  

Un indice se trouve dans le manifeste. J’aime laisser une part de mystère ! Effectivement, j’ai ma définition « des Voûtes », qui se traduit comme quelque chose de très positif. J’aime la notion de point le plus haut duquel on ne peut plus redescendre. Chacun devrait trouver son écho au travers du titre. 

« Cet album est un peu comme « un piège » dans lequel l’auditeur est invité à pénétrer »

L’album s’amorce sur « Les Cachots » et trouve sa fin sur « Amnios ». Après mon écoute personnelle, je dois dire que l’album dégage un sentiment d’ « emmurement »…

Le but est de se sentir comme dans une église, aussi bien physiquement que métaphoriquement. Sur cette proposition philosophique, il y avait là la volonté de faire croire que nous sommes dans un environnement serein, mais qui au final est aussi enfermant qu’intime. Cet album est un peu comme « un piège » dans lequel l’auditeur est invité à pénétrer, et d’ailleurs, les titres s’enchaînent de cette façon. Ils posent les bases sur cette question de l’enfermement à laquelle tu fais allusion et qui d’ailleurs est très pertinent en ce moment aux vues des confinements et autres restrictions auxquelles nous devons faire face en ce moment. 

Cette même notion de piège justifie-t-il ce choix de pochette ? 

La pochette développe également cette idée de piège. Elle laisse croire à quelque chose de doux, de tendre, qui, à la fin, vient se refermer tel un piège à loup. C’est   dans cette optique que j’ai demandé à Cäme Roy De Rat de concevoir la pochette. Finalement, tout ça se traduit dans l’album lorsque les pistes elles-mêmes suivent des cassures qui nous égarent alors que tout nous enferme dans cette écoute : des titres sont lumineux et d’autres bien plus glaciaux. La douceur apparente de la pochette n’est qu’un leurre, car plus on le creuse, plus on en détecte sa noirceur. 

Tu y a également distillé tout un tas d’indices dans ta musique et le packaging de l’album, incluant notamment un cenavas… 

L’objectif est de piéger, mais pas de perdre l’auditeur. Grace à ces indices, on peut comprendre la direction de mon propos. J’aime aussi donner les pistes de lecture qui me semblent importantes, mais également et facilement sujets à la ré-interprétation. Dans l’idée, j’aime à croire que lorsque l’on accouche d’une œuvre, celle-ci n’appartient plus intégralement à l’artiste. Chacun peut s’approprier le sujet, et ça en fera de très jolies histoires par la suite… 

Selon toi, que manquerait-il pour compléter ton œuvre musicale et les autres travaux qui gravitent autour ? 

Quand on prend en compte l’artbook, la K7 conçues avec les photos de Time Lurker et Cepheide, le canevas, on peut dire que je suis allé au bout du processus. Sans communication douteuse, sur le plan esthétique, on est allé beaucoup plus loin qu’espéré. 

Et avec une telle approche musicale, très « raw » par rapport à tout ce qui se fait sur la scène, il était impensable qu’un si bel bundle puisse compléter la sortie de l’album. La prochaine étape aurait pu être la vidéo à la limite, mais le projet me convient plus qu’amplement dans l’état actuel. Je trouve ça dingue que Les Acteurs de l’Ombre Productions s’investisse autant dans ce projet « Raw Black ». Ça en dit long sur la ligne éditoriale et la motivation du label. 

« je n’aime pas la notion de « catharsis », car composer du Black, c’est aussi se faire du mal. »

Tu évoquais Time Lurker et Cepheide, et justement Gaëtan Juif t’accompagne sur Les Voûtes. 

J’ai rencontré Gaëtan via Mick de Time Luker. On s’est retrouvé à Paris dans un bar, au moment où le split entre son groupe et Cepheide s’apprêtait à paraître. On s’est tout de suite très bien entendu. On tient une revue artistique ensemble, Citadelle et lorsque l’un fait du son, il l’envoie à l’autre et ainsi de suite… Il y a des points de convergence naturels… Et notre collaboration s’est faite très simplement. J’ai repris et mis en musique l’un de ses poèmes qu’on peut retrouver dans son recueil L’Aurore Nous Enterre (aux éditions Persée, NDLR), « Germes Vermeils ». Du fait que l’on partage aussi bien nos problèmes que nos lumières, il n’a pas eu de mal à comprendre le propos de Blurr Thower. Sa place dans le projet est apparue comme une évidence. 

Qu’adviendra-t-il de Blurr Thrower par la suite? 

Blurr Thrower est né à partir d’éléments de ma vie personnelle très importants, des éléments qui ne sont plus là aujourd’hui. Au cœur du processus d’écriture, il y a eu la rupture avec ma femme, ce qui a évidemment beaucoup chamboulé mon approche de la composition. Cette cassure est palpable entre les deux premiers titres et les deux derniers. Je n’utilise pas la musique pour me faire du bien, mais plutôt pour poser des éléments d’un instant précis de ma vie. Ainsi, je n’aime pas la notion de « catharsis », car composer du Black, c’est aussi se faire du mal. Je vais chercher dans des traumatismes, j’essaie de poser de moment de douleur, très aiguë et intense… Faire de projet comme ça me défonce. Et j’estime être arrivé au bout de Blurr Thrower

Quels sont tes prochains projets ? 

Je vais faire muter Blurr Thrower en une autre chose, qui sera sans doute très proche dans le son. Je ne peux pas forcément t’en dire trop. Il devrait y avoir des choses très concrètes d’ici peu, en collaboration avec les Acteurs De L’Ombre Productions… 

D’ailleurs, Blurr Thrower est programmé au potentiel LADLO Fest 2021. Comment envisages-tu cette performance ? 

J’aimerais bien proposer quelque chose d’intime et de solitaire, une prestation scénique très artistique. En bref, plus qu’un simple concert. Mais je ne peux pas trop en dire pour le moment. 


Blurr Thrower, c’est : 

Limbo : tous les instruments

Discographie : 

Les Avatars du Vide (EP-2018)

Les Voûtes (2021)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.