Particulièrement inspiré (et inspirant), Mork nous est dernièrement revenu avec Katedralen, un opus qui a conduit son géniteur, Thomas Eriksen, à renouveler sa formule. Au rendez-vous, du Black Metal classique « à la Darkthrone », mais aussi quelques écarts de conduite pour un résultat détonnant et qualitatif ! À l’occasion de sa sortie, nous nous sommes entretenus avec le compositeur norvégiens.

Propos de Thomas Eriksen (tous les instruments) recueillis par Axl Meu


Bonjour. Comment te sens-tu malgré la crise sanitaire ?

Je pense que la situation est un peu la même partout, même si, ici, en Norvège, les réglementations sont un peu plus légères. Par exemple, il m’a été possible de donner quelques concerts ici et là, en plus de ceux en « stream ». Du coup, on s’estime quand même bien chanceux sur ce point. Bien sûr, les gens tombent malades, mais la situation n’est pas aussi problématique que dans le reste du monde. Tout semble sous contrôle. De mon côté, je me sens bien, je suis productif… J’ai sorti un EP en 2020, Pesta, puis, le nouvel album de Mork, Katedralen, est sur le point de voir le jour ! 

Oui, d’ailleurs, pourquoi le morceau « Pesta » ne figure-t-il pas sur Katedralen ?

Tout simplement parce que le morceau « Pesta » a été composé de manière très spontanée, et que l’album était déjà complet quand l’EP est sorti. En fait, pour « Pesta », tout est parti de la volonté d’écrire un morceau de Black Metal « Old School », caractérisé par des répétitions et un côté hypnotisant, un peu « à la Burzum ». Et en ça, « Pesta » n’a rien à voir avec ce que je propose sur ce nouvel album, Katedralen

Parlons à présent de Katedralen. Je dois avouer que j’ai été surpris par la puissance qui s’en dégage. Quelle est la direction prise sur ce nouvel album ? 

(Il réfléchit) En fait, mon style n’a cessé d’évoluer au fil des années. Pour les deux premiers albums de Mork, je tenais à évoluer dans un registre Black Metal classique… Par la suite, je me suis autorisé à inclure des passages plus atmosphériques, plus travaillées, sans pour autant suivre de quelconques règles. Je compose tout simplement les albums de Mork sans me poser trop de questions. 

Tu t’es autorisé à inclure quelques parties plus atmosphériques, des parties beaucoup plus lourdes qu’à l’accoutumée. Comment sélectionnes-tu tes idées ? J’imagine que tu laisses ton instinct parler…

Oui, il y un peu de ça, je laisse mon instinct parler à ma place. Quand je suis dans une démarche artistique, je m’assoie, je prends ma guitare, et j’essaie toujours d’immortaliser une idée qui me vient de manière très spontanée. En fait, en général, je ne prends pas beaucoup de temps à composer un morceau. Et comme je te disais à l’instant, dès qu’une idée plutôt « Funeral Doom » dans l’âme pointe le bout de son nez, et bien, je ne pose pas de questions, je l’inclus, et j’en fais quelque chose. 

Combien de guitares as-tu utilisées pour enregistrer cet album ? 

Une seule ! D’ailleurs, j’en ai toujours utilisé qu’une seule, ma vieille Jackson King V. Je l’utilise depuis les débuts de Mork. C’est simple, quand je travaille sur un enregistrement, j’enregistre toujours une guitare « témoin », par la suite, j’enregistre la batterie, et je remets les guitares par dessus. 

« Lorsque tu évolues dans ce style, j’estime que tu dois composer avec tes démons intérieurs, ce qui te permet de créer de la force, de la puissance. »

Quels sont les sujets abordés sur Katedralen ? 

En général, je ne parle que des choses qui se passent au fond de moi, de tous ces sentiments et émotions qui sont refoulés tout au fond de moi. Et en fait, je dois dire que c’est parfois difficile de dire de quoi les morceaux parlent exactement. Par moments, pendant l’enregistrement de l’album, il m’est arrivé de me poser et de réfléchir, car je ne savais plus à quoi je pensais exactement quand j’ai écrit les paroles. C’est dire…  

Étant donné que Mork n’est l’œuvre que d’une seule personne, est-ce difficile de prendre du recul par rapport à tes propres compositions ? T’arrive-t-il de faire des modifications ? 

En général, je sais à l’avance si un morceau fera l’affaire oui ou non. Si ce n’est pas le cas, je lâche l’affaire et je me sépare du contenu composé. C’est une des mauvaises habitudes que j’ai prises… Peut-être aurais-je dû prendre le temps de considérer certaines de mes idées ? Enfin bref, c’est ainsi que je fonctionne. J’ai toujours eu l’habitude de composer tout par moi-même. Je n’ai ni frère, ni sœur. Je vis un peu en ermite ! 

Tu composes seul, mais tu as quand même pu faire confiance à quelques connaissances et amis. Sur ce nouvel album, on y retrouve Nocturno Culto de Darkthrone, Dolk de Kampfar et Eero Pöyry de Skepticism… Sur quels morceaux apparaissent-ils ? 

Nocturno Culto jour sur le morceau « Svartmalt », incontestablement le morceau le plus  »Rock’n’Roll » de l’album. Et je me suis dit qu’il correspondait plutôt bien à son style de musique. Pour Dolk, il apparait sur le morceau « Fodt Til A Herske ». C’est la première fois que j’ai été amené à travailler avec lui, et le faire m’a permis de prendre conscience à quel point il est bon ! Son apport a clairement changé la donne… Puis, ensuite, on y retrouve Eero Pöyry sur « De Fortapte Sjelers Katedral ». En ce qui concerne ce featuring, il faut savoir que je suis également friand de Funeral Doom. C’est un style que j’ai découvert en écoutant le premier opus de Skepticism, et clairement, je n’oublierai jamais ce que j’ai ressenti à son écoute. Jamais je ne m’étais senti aussi seul, et désespéré. Et quand j’ai composé la dernière plage de l’album, sa progression était telle que je me suis dit qu’il fallait que je fasse appel à ses services et qu’il pose les claviers sur l’album. C’est ce que j’ai fait après avoir contacté le label de Skepticism, Svart Records. Le reste appartient à l’Histoire ! 

Désormais, que prévoyez-vous de faire pour promouvoir au mieux l’album en attendant que les concerts reviennent ? 

Je vais me concentrer sur les vidéos et la promotion en ligne. Au total, je devrais arriver à un total de trois singles. Pour commencer, nous avons tourné un clip pour le morceau « Arv » dans une sorte de donjon… Si j’ai choisi d’illustrer ce morceau et non pas un autre, c’est tout simplement parce qu’il est très cher à mes yeux. Il fait allusion à mon père que j’ai perdu il y a trois ans… Ensuite, le morceau que j’ai enregistré avec Nocturno Culto, « Svartmalt » fera l’objet d’une vidéo animée. Aussi, dernièrement, avec Dolk, nous nous sommes entretenus pour réfléchir au sujet d’un clip pour « Fodt Til A Herske ». On verra bien ce que ça donne ! 

Le Black Metal est une musique tournée vers l’obscurité… Mais selon toi, le Black Metal appelle-t-il forcément à une forme de destruction ? 

Oui, je suppose. Enfin, je parle en mon nom. Le Black Metal est vraiment quelque chose de très personnel, car lorsque tu évolues dans ce style, j’estime que tu dois composer avec tes démons intérieurs, ce qui te permet de créer de la force, de la puissance. Mork a fait de moi de une personne beaucoup plus forte. Grâce à Mork, j’ai trouvé ma voix, celle qui allie « puissance » et « destruction ». 


Mork, c’est : 

Thomas Eriksen : tous les instruments 

Discographie : 

Isebakke (2013)

Den vandrende Skygge (2016)

Eremittens Dal (2017)

Det svarte juv (2019)

Katedralen (2021)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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