Seul garant de son identité sonore depuis sa formation en 2006, LizZard peut expérimenter comme bon lui semble afin d’y créer une musique hors normes bourrée en émotions, une sorte de Rock Moderne parfois augmentée d’une touche atmosphérique. À l’occasion de la sortie d’Eroded, le quatrième album de la formation, nous avons taillé le bout de gras avec Mathieu Ricou, son chanteur/guitariste.

Propos de Mathieu Ricou (chant/guitariste) recueillis par Axl Meu


Que s’est-il passé pour Lizzard entre Schift et Eroded ? Qu’est-ce qui vous a poussé à composer un album aussi atmosphérique ? 

Alors. Que s’est-il passé pour LizZard ? Pas grand-chose si ce n’est qu’on a beaucoup tourné. LizZard étant un groupe de scène, nous passons la majeure partie de notre temps à tourner. Donc, quand Shift est sorti, on est parti le défendre sur les routes, sur les scènes. Puis, courant 2019, nous sommes rentrés chez nous, et nous sommes focalisés sur l’écriture d’Eroded pour l’enregistrer au moins d’octobre de la même année. Puis 2020 a pointé le bout de son nez avec son lot de mauvaises nouvelles. Donc, pour attendre, nous avons préféré prendre le temps qu’il fallait pour le mixer, et nous occuper des détails concernant l’album : le label, et ainsi de suite. Tout ça, ça nous a pris une année ! En tout cas, désormais, nous sommes prêts. Eroded sortira finalement le 19 février de cette année ! (Interview passée le 15 janvier dernier, ndlr)

Pour le côté atmosphérique, je ne saurais trop quoi te dire. Quand nous composons, nous ne sommes pas du genre à calculer ce que l’on veut faire. Tout est sorti comme ça… Et finalement, il s’avère que l’album a été construit en deux parties distinctes.

J’imagine que vous vous sentez libérés maintenant que l’album est dans les bacs ! 

Oui ! Surtout qu’on a passé beaucoup de temps à le mettre en boîte, un mois au total, au Castle Studio, en compagnie de Peter Junge. En fait, c’est simple, nous avons décidé de nous isoler dans ce studio pour pouvoir creuser nos morceaux, être les plus créatifs possibles ! D’habitude, nous prenons au moins 10 jours pour enregistrer enregistre, mais cette fois-ci, nous avons préféré rester enfermés un mois, pousser la chose jusqu’au bout. En tout cas, c’était une expérience très agréable, car nous avons pu travailler sans pression et laisser court à nos idées. 

Quel est le concept derrière l’album ? 

Le propos de l’album est un peu morose, assez critique. Si tu l’as écouté, tu te rendras compte qu’il a de la patate, puis on évolue sur quelque chose de plus éthéré, de plus ‘’psyché’’ vers la suite. En fait, ce nouvel album fait le constat de tout ce que l’on a pu voir, observer au fil des années, au fil des tournées. Finalement, nous nous sommes rendu compte que le problème était le même partout. Les gens se plaignent exactement de la même chose. Grossièrement dit, on peut dire que ce nouvel album est un condensé de tout ce que nous avons ressenti ces dernières années. 

D’où le côté « érodé »…

Oui, voilà. Eroded fait l’état de la planète sur laquelle nous vivons. Elle est usée… Il n’y a plus de mixité, tout le monde vit de la même manière, que ce soit en France, en Angleterre, en Slovénie, en Allemagne. Il n’y a plus vraiment de choc culturel en Europe, ni même dans le monde ! Tout le monde vit de la même manière, on est basé sur le même modèle… Et finalement, tout le monde a adopté un modèle qu’il n’aime pas forcément ! Et comme je te disais, Eroded fait finalement le constat de tout ça ! 

De temps à autre, on peut y retrouver un petit côté à la Gojira dans votre musique, notamment sur « Blowdown » ! Est-ce un clin d’œil que vous teniez à leur faire ? Est-ce parce que le groupe fait partie de vos sources d’inspiration ? 

Tu n’es pas le premier à nous le dire, et on te comprend. En fait, c’est simple, quand on compose, on ne calcule pas grand-chose. Quand on compose, on ne compose pas pour ressembler à « je ne sais qui ». Tout est spontané chez nous.

Et pour ce qui est de « Blowdown », c’est juste que le morceau a été amené à être composé ainsi… On ne se demande jamais si ça ressemble à tel ou à tel groupe. Par contre, il est vrai que Gojira fait partie de nos sources d’inspiration et que nous les avons beaucoup écoutés. Peut-être qu’ils sont rentrés dans notre langage musical, mais inconsciemment. 

« Ce nouvel album est un condensé de tout ce que nous avons ressenti ces dernières années »

Tout à l’heure, tu m’as dit que l’album était scindé en deux parties. Pourquoi ? Comment avez-vous agencé l’ordre des morceaux ? 

Il y a beaucoup de raisons à ça. Le but du jeu était de rester créatif de bout en bout, de pousser la chose jusqu’au bout. Aujourd’hui, à cause d’Internet, de la dématérialisation, tu as beau faire un ordre, les fans, s’ils le souhaitent, peuvent tout simplement se contenter d’écouter la quatrième piste de l’album, et pas le reste ! Donc, même si tu as travaillé sur un tout concept, les gens peuvent très bien le déconstruire en un clin d’œil. D’ailleurs, c’est assez amusant, car, une fois que l’album est dans les bacs, ils en font ce qu’ils veulent. C’est notamment le cas des fans de Tool. Ils s’amusent à déconstruire les albums jusqu’à imposer leur vision de la chose !

Cela dit, il reste le format vinyle. Donc, les fans, quand ils posent un vinyle, ils sont obligés de se lever pour changer la face de l’album. Donc, autant établir un ordre logique. Quand nous avons écouté attentivement nos morceaux, nous avons remarqué que deux thèmes sortaient du lot. Ce pourquoi nous nous sommes dits : « Pourquoi ne pas scinder l’album en deux parties et le construire de sorte qu’il y ait une cohérence entre les morceaux ? ». Ainsi, nous avons pu mettre en place une sorte de voyage qui commence au premier morceau et qui prend fin au tout dernier ! 

La musique de LizZard est très sensible, très émotive. Est-ce que ça correspond à ce que vous êtes dans la vie de tous les jours ? 

Oui. Vraiment. Avec LizZard, nous nous sommes toujours promis de ne pas faire semblant. Tout ce que tu peux entendre sur l’album, c’est du 100% LizZard… Tout ce que tu entends sur l’album, c’est nous : les plans de batterie, les idées à la guitare. Nous ne sommes que trois dans le groupe, nous avons tous les trois un caractère bien différent, mais finalement, tout ce que tu entends dans l’album est sincère de A à Z. 

Quelques mots concernant la pochette de l’album ? 

Nous avons fait appel à un ami artiste de Toulouse pour sa réalisation. On savait que l’on pouvait lui faire confiance, car il sait imaginer la musique qu’il écoute. Il a pris connaissance de l’album, puis, il nous a expliqué un peu comment il le concevait. Finalement, quand on regarde les détails de la pochette, si l’on s’amuse à gratter à la surface, on se rend compte que tout est là : le côté explosif, cette idée de déclin, cette profondeur. En fait, c’est vraiment une question d’interprétation. Notre but ultime, c’est que l’auditeur soit aussi créatif que nous dans sa propre écoute.  

Comment avez-vous été amenés à travailler avec le label Pelagic Records ?

Puisque nous avons énormément tourné ces dernières années, dans beaucoup de pays, notamment avec le groupe The Ocean, le groupe a fait de nouvelles connaissances, notamment des responsables de ce label. On savait que ce label avait déjà entendu parler de nous, donc, lorsque nous étions en train de travailler sur l’album, nous lui avons envoyé deux morceaux. Et c’est ainsi que la collaboration s’est amorcée ! Par le passé, nos autres collaborations n’avaient pas été aussi fructueuses, mais, ici, tout semble rouler comme sur des roulettes. On a jamais été très tournés vers le business, pour nous, la meilleure publicité que nous pouvons nous faire, c’est de jouer sur scène encore et encore. Finalement, aujourd’hui, avec ce genre de label à nos côtés, nous nous sentons compris, épaulés. Ça fait du bien ! 

Et maintenant ? 

Nous avons un tas de projets à mettre en place, mais pas question de faire des plans sur la comète. Avec la situation actuelle, personne n’est sûr. On ne peut plus bouger, donc, je préfère utiliser mon temps intelligemment et me concentrer sur la composition du prochain album. Quoi qu’il arrive, nous aurons du neuf à proposer ! 


Lizzard, c’est : 

Mathieu Ricou : Chant, Guitare

William Knox : Basse, Choeurs 

Katy Elwell : Batterie 

Discographie : 

Out of Reach (2012)

Majestic (2014)

Shift (2018)

Eroded (2021)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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