Porteur d’une expérience musicale novatrice qui explore autant qu’elle repousse les limites du Doom, Wolvennest opère un retour apprécié. À l’occasion de la sortie de son nouvel album Temple, nous avons échangé avec Michel Kirby (guitare) et François « Corvus » Breulet (guitare).

Propos de Michel Kirby (guitare) et François « Corvus » Breulet (guitare) recueillis par Laurine Beuret.


Deux années après la sortie de Void, vous êtes de retour avec Temple. Comment la création s’est-elle déroulé de l’album ?

Corvus (guitare) : De la composition au master final, cela a pris un peu moins de deux ans. Nous avons ce qu’il faut pour enregistrer nous-mêmes, à l’exception de la batterie, donc on peut vraiment créer quand on veut. L’énergie n’est donc jamais forcée, ce qui est primordial pour une musique qui se veut « trippante ». Cela doit venir du cœur et suinter la liberté.

Kirby (guitare) : On s’est plongé dans ce nouvel album quasi juste après la sortie du précédent EP, Vortex. On avait quelques demos, et dès qu’on en avait l’occasion, on bossait dessus, toujours de la même manière en home-studio.

La situation actuelle a-t-elle eu un impact dans votre travail ? A-t-elle influencé le contenu de l’album ?

Corvus : Non, pas réellement. On a juste été ralentis pour le chant. Mais, avec du recul, la musique a sans doute bénéficié de cet imprévu, on a pu aller plus loin et passer beaucoup de temps sur le mix avec Déhà.

Kirby : Non, il n’y a eu aucun impact niveau créativité, on a globalement gardé nos repères et notre façon de travailler. Cela a juste retardé de six mois la date de sortie, ce qui n’est pas bien grave en fin de compte.

Temple nous plonge dans une grande diversité de sonorités et d’influences musicales. Est-ce le résultat d’une volonté de renouveler les codes de la scène Metal, voire de les réinventer ? D’ailleurs, comment parvenez-vous à vous renouveler ?

Kirby : Wolvennest s’est trouvé un son dès le premier album, et ici tout en conservant notre façon de travailler on a juste rapproché le son studio du son « live ». Maintenant, oui, il y a de la diversité, mais Temple, c’est surtout un voyage qui transporte l’esprit au travers de paysages et de sonorités différentes mais qui, à la fin, forment un tout. C’est une expérience dont on peut abuser comme on veut à chaque écoute.

Les morceaux qui composent l’album durent en moyenne une dizaine de minutes, vous les composez en plusieurs fois ?

Corvus : Chaque morceau provient de démos proposées par l’un ou l’autre guitariste. On se plonge ensuite à trois, Michel, Marc et moi, pour faire grandir ces démos et parfois les modifier sensiblement. On passe donc par ces deux étapes pour la musique, qui sera suivie d’une troisième étape pour le chant. Le tout entrecoupé d’une centaine de réécoutes, ça peut virer à l’obsession.

Kirby : La longueur d’un morceau dépend toujours du riff de base, il devient une sorte de mantra sur lequel se griffe des mélodies, solos et « vocals ».

« Temple, c’est surtout un voyage qui transporte l’esprit au travers de paysages et de sonorités différentes. »

On sent un album plus frontal, au rendu quasiment « live », comment avez-vous travaillé en studio pour obtenir ce résultat ?

Corvus : Les puristes seraient probablement choqués, je crois, mais on mêle, sans distinction, le digital et l’analogique. La grosse différence avec le passé est le son de batterie et de basse, qui est orienté vers – comme tu l’as remarqué – un son très « live ». C’est un élément essentiel de notre puissance sur scène, il nous paraissait donc important de lui rendre justice sur album. L’approche est moins éthérée que dans le passé, c’est un choix assumé.

Kirby : Je pense qu’au fil des albums, on a développé certains aspects techniques, les batteries sont « live », les guitares un peu plus poussées, mais comme je l’ai dit, on se rapproche du son « live », dès l’intro du premier morceau, « Mantra ».

Comment la collaboration avec TJ Cowgill de King Dude pour « Succubus » s’est-elle déroulée ?

Corvus : Ce fut extrêmement facile, merci TJ ! On lui a simplement proposé de chanter sur une chanson, il a accepté immédiatement et nous a envoyé en peu de temps une piste vocale absolument parfaite, pleine d’émotions. C’est toujours risqué de collaborer et d’offrir une liberté totale, mais on a toujours eu de la chance de tomber sur des musiciens qui ont joué le jeu avec cœur et passion.

La pochette de Temple illustre bien son propos cyclique. Comment vous est venue cette idée de proposer un album qui s’ouvre sur le Mantra, le souffle de vie et se clôture sur un Souffle de mort ?

Kirby : Je pense que l’on transmet une envie d’expériences plus forte, avec la volonté de se dépasser pour atteindre un état de transe. C’est ce qui constitue la vie, avec comme achèvement « la mort », seule chose dont on puisse être certain finalement.

La musique de Wolvennest est en lien avec l’occultisme. Ça ressent aussi bien dans votre musique que dans votre scénographie. Quelle part l’occulte a-t-il dans votre vie !

Corvus : Si je répondais à ta question, ce ne serait plus occulte. Mais, à titre personnel, c’est une quête éternelle et futile à la fois. Le rêveur te dira qu’elle donne du sens, le lucide te répondra qu’elle est vide de sens, car rien n’a peut-être de sens. De nouveau, la seule certitude, c’est la mort.

Quels futurs projets pour Wolvennest ?

Corvus : On a deux représentations au Roadburn Redux mi-avril, donc on se focalise là-dessus pour le moment. Ça demande pas mal de préparation – y compris les visuels pour le Thousand Lost Civilizations, surtout le deuxième set – qui comporte des invités. Mais on travaille toujours sur des nouvelles chansons. L’avenir est incertain, mais on tirera profit autant que possible de n’importe quel scénario.

Quel souvenir gardez-vous de votre dernière performance dans les Hauts-de-France ? C’était en novembre 2019 au Tyrant Fest

Corvus : Superbe line-up, gros son, public en nombre, le tout filmé professionnellement. Que demander de plus ? Cela reste un merveilleux souvenir. Merci le Nord !

Kirby : Magnifique affiche, lieu et ambiance. Ce qui en fait un fest unique, le genre d’expérience qu’on apprécie et qui sont une priorité pour nous dans nos choix concerts.


Wolvennest c’est : 

Sharon « Shazzula » Shivers : chant/claviers 

Olmo « Dehà » Lipani : claviers/batterie 

Corvus Von Burtle : guitare/claviers 

John Marx : Basse 

Michel Kirby : guitare 

Marc « Mongolito » DeBacker : guitare 

Discographie :

WLVNNST (Collaboration-2016)

Leave Me Alone (Collaboration-2017)

Void (2018)

Vortex (EP-2019)

Temple (2021)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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