Parler d’Evanescence en 2021 peut paraître un peu saugrenu. On pourrait tout d’abord penser que la formation américaine, menée par Amy Lee, n’a plus rien à nous raconter. Et pourtant, il y a bien ce quatrième album (en 26 ans de carrière, tout de même), Bitter Truth, pour tordre le cou à ce présupposé. Car n’en déplaise à ses détracteurs, la formation est encore bien loin de la retraite, même 15 ans après sa période faste.

Propos de Will Hunt (batterie) recueillis par Axl Meu


Salut Will ! Comment te portes-tu en ce moment malgré la pandémie ? La COVID-19 a-t-elle eu un impact considérable sur l’écriture de l’album ? 

Ici, en Floride, nous n’avons pas eu de confinement strict, comme en Europe… Néanmoins, je dois dire que la pandémie a tout de même affecté le processus d’écriture et d’enregistrement de The Bitter Truth. En fait, le projet était d’enregistrer une partie de l’album courant janvier/février 2020 pour ensuite partir en tournée avec Within Temptation… Finalement, la pandémie a bouleversé notre emploi du temps. Cependant, la pandémie n’a pas mis un coup d’arrêt dans notre travail. À l’inverse, elle nous a encouragés à travailler davantage, à peaufiner l’ensemble chez nous. 

En décembre dernier, vous avez proposé une session « stream » à vos fans, consistant en un concert enregistré à l’avance dans le Falcon Studio. Quelle était l’idée derrière ce concert stream ? 

Eh bien, disons que ce « stream » est le fruit de notre collaboration avec le service HeadCount. Tu n’es pas sans savoir que, tout dernièrement, les Américains ont été amenés à élire leur nouveau président. Et ce partenariat allait dans ce sens. Le projet de Headcount était simple : amener le plus de monde à aller voter par n’importe quel moyen. Finalement, nous avons conclu à un partenariat avec cette structure et l’avons autorisée à utiliser une de nos nouvelles chansons « Use My Voice » pour leur campagne publicitaire. 

Aussi, pour inciter les gens à utiliser l’application, nous avons pensé bon envoyer un lien exclusif en contrepartie. Les 3000 premiers inscrits se verraient inviter à assister à ce fameux concert virtuel enregistré au Falcon Studio. Finalement, ça a fait le buzz, et beaucoup de nos fans se sont rués sur la plateforme. Donc, pour ne laisser personne sur la touche, nous avons proposé une session, rien que pour nos fans ! COVID-19 oblige, nous n’avons pas pu nous rassembler à cinq au Falcon Studio. Seuls Willam (« Troy » McLawhorn, guitare)Amy (Lynn, Lee, chant) et moi-même y étions lors de l’enregistrement… Tim (McCord, basse) et Jen (Majura, guitare) ont donc enregistré et filmé leurs parties à domicile. C’était assez particulier. C’est clair… Mais c’était aussi cool de pouvoir présenter et jouer quelques nouveaux morceaux ! 

Revoilà donc Evanescence avec son nouvel album, son premier « vrai » album en dix ans… Paru en 2017, Synthesis n’était pas vraiment un « vrai » album d’Evanescence puisqu’il compilait des relectures électroniques de vos standards… Pourquoi avoir pris autant de temps à composer ces nouveaux morceaux ? 

Oui, ça fait un moment. Je ne sais pas si tu te rappelles du groupe Boston… À l’époque, beaucoup des groupes de son époque sortait des albums tous les six ans, mais le cas Boston était différent. Il mettait 4/5 ans à sortir un album. Donc, je pense qu’on peut nous comparer à Boston. En fait, plusieurs raisons justifient cette attente. Pour commencer, nous avons changé de label, de management. Puis, à côté, Amy a donné naissance à Jack, dont il fallait s’occuper ! Nous avons donc décidé de faire une petite pause, pour reprendre ensuite les concerts progressivement « juste pour s’amuser ». Puis, finalement, la machine s’est emballée. La simple tournée qui ne devait durer que deux mois s’est finalement étalée sur seize mois ! Bref, tout ça a retardé l’écriture du nouvel album. En tout cas, j’espère que, par la suite, nous prendrons moins de temps à enregistrer et à sortir l’album qui suit. 

Compte-tenu du côté « formellement » plus électronique de ce nouvel album, peut-on dire de Synthesis qu’il avait pour but de faire la transition entre les deux époques du groupe ? 

Avec le recul, on peut dire que « oui » ! À l’époque de Synthesis, jamais nous n’aurions pensé que l’album ferait – en quelque sorte – la jonction entre le passé et le futur d’Evanescence. Tout cela s’est fait de manière purement inconsciente. Avec le recul, tu ne peux jamais rien décider, les choses auraient très bien pu prendre une autre tournure. En tout cas, il est clair que la conception de Synthesis nous a permis de concevoir notre musique autrement !

Archives des the bitter truth - Loud TV

« Si tu demandes à n’importe quel Américain ce qu’est une « vérité amère », il saura facilement te répondre. »

Que devons-nous comprendre derrière ce titre « Bitter Truth ». Qu’est-ce que cette fameuse « vérité amère » à laquelle le groupe fait allusion ? 

Si tu demandes à n’importe quel Américain ce qu’est une « vérité amère », il saura facilement te répondre. Aujourd’hui, tout est polarisé, l’économie, nos rapports aux autres… La pandémie prend déjà beaucoup de place, mais nous, Américains, avons connu tout un tas d’autres problèmes. Souviens-toi du mouvement Black Lives Matter… Et à côté, osons-le dire, nous avions à la tête de notre pays un individu dont le comportement était loin d’être exemplaire. C’était l’archetype-même du gars sur qui il était impossible de compter ! Et pourtant, il avait des partisans, un tas de « followers »… Comment ont-ils pu le soutenir tout ce temps ? Aujourd’hui, Dieu merci, il n’est plus au pouvoir, les Républicains ont perdu le contrôle du Sénat, et j’ose espérer qu’il n’y aura plus de bavures policières. Car les gens sont désormais conscients de ce qui se passe, maintenant que le mal a été fait. C’est un peu ça notre « vérité amère ». 

Comment as-tu pensé cet album en termes de sonorités électroniques ? 

Quand j’ai commencé à me pencher sur les parties de batterie, je ne voulais écarter aucune éventualité. C’est pour cette raison que j’ai décidé à la fois de travailler à partir d’une batterie acoustique et d’une batterie électronique. Je voulais avoir tout ce matériel à portée de main, tout simplement pour élargir mon spectre sonore. À la place d’avoir cinq nuances de couleur, j’en ai finalement eu toute une infinité ! Pour les guitaristes, c’est un peu pareil, sauf qu’ils font usage de différentes pédales d’effet, les aidant ainsi à mettre en place tout un tas de nouvelles atmosphères .  

Une fois encore, vous avez fait confiance à Nick Raskulinecz pour la production de l’album… Cependant, tout le monde a-t-il pu répondre présent pour l’enregistrement de l’album ? 

Au début, oui, pour les quatre morceaux auxquels j’ai fait allusion en début d’interview… Puis, la pandémie est arrivée. Et quand nous avons repris l’enregistrement, tout le monde, à part Jen (Majura, guitare, chœurs) a pu se rejoindre le studio. Jen n’était pas là, c’est vrai, mais ça n’enlève rien au fait qu’elle ait contribué activement à la conception de l’album. 

Ce nouvel album propose un tas de morceaux qui s’inscrivent bien dans la dynamique des classiques d’Evanescence. Personnellement, j’y ai retenu deux gros moments, « Wasted On You » et « Far From Heaven », plus émotifs, venus équilibrer l’ensemble. Comment ces morceaux plus « calmes » se sont-ils greffés au reste ? 

Ta question est intéressante, car au début, The Bitter Truth ne devait pas contenir la moindre ballade. « Far From Heaven » est arrivé à la toute fin du processus… L’idée de base était alors de proposer un album de Rock fort, sans concession, mais finalement, le destin en a voulu autrement. Amy nous l’a présenté et nous avons décidé de l’inclure à l’album. D’ailleurs, je pense que l’absence de ballade aurait frustré nos fans. En général, ce sont ces morceaux qui rencontrent le plus de succès…

J’imagine que « Far From Heaven » rend hommage à l’un de vos proches qui, j’imagine, est décédé dernièrement… 

Oui, oui. Amy a écrit ce morceau en hommage à son frère, Robbie, que nous connaissions tous très bien au sein du groupe. Il est malheureusement décédé des suites d’une crise d’épilepsie en 2018, à l’âge de 24 ans. Amy a eu beaucoup de mal à encaisser sa disparition jusqu’à renoncer à se produire. Finalement, suite aux conseils avisés de notre manager, qui est aussi psychologue, elle a su se remettre en selle. C’est sans doute ce que son frère aurait voulu qu’elle fasse… 

Votre tournée en compagnie de Within Temptation ne cesse d’être repoussée. À priori, on espère, la prochaine sera la bonne. La France vous attend de pied ferme le 20 septembre à l’Accor Arena… 

Oui, la tournée en compagnie de Within Temptation a déjà été repoussée à deux reprises. On sait que la tournée est reprogrammée pour septembre prochain… On verra ce que ça donne. Mais aujourd’hui encore, l’incertitude règne. Aujourd’hui, aux États-Unis, nous avons une meilleure administration qui facilite la campagne de vaccination. Mais c’est encore difficile en Europe. Je sais que 75% de l’Italie s’est re-confiné… Et pour nous, il est inenvisageable de partir en tournée sachant à l’avance que l’on ne pourra pas assurer toutes les dates, car cela engagerait trop de pertes financièrement parlant. En tout cas, à notre retour sur scène, nous allons tout faire pour vous en mettre plein la vue. Evanescence compte bien frapper fort « niveau » production. On vous donnera plus d’informations les mois qui arrivent ! 


Evanescence, c’est : 

William « Troy » McLawhorn : Guitare, Chœurs  

Amy Lynn Le : Chant, claviers, harpe

Will Hunt : Batterie, Percussions, Programmation

Tim McCord : Basse

Jen Majura : Guitare, Chœurs  

Discographie :

Fallen (2003)

The Open Door (2006)

Evanescence (2011)

Synthesis (2017)

The Bitter Truth (2021)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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