Désormais passé du simple projet à la formation bien établie motivée à l’idée de partager son art régulièrement sur les planches, Demande à la Poussière nous revient avec un nouvel et deuxième album : Quiétude Hostile. Un opus de Post-Doom Metal qui aborde la question du mal-être existentiel sur fond de musique lourde et puissante.

Propos du groupe recueillis par Axl Meu


Demande à la Poussière nous revient avec son deuxième album… Comment l’avez-vous abordé ?

Le groupe s’est penché sur l’écriture de ce deuxième volume avec la volonté de tourner une page par rapport au premier. Au départ, le projet initié par Krys (Fruit-Denhez) et Jeff (Grimal) n’avait pas pour vocation de faire de la scène… Finalement, il se trouve que les choses ont pris forme, forçant à Jeff à quitter le groupe de son plein gré, tout simplement parce qu’il n’avait pas le temps de s’y consacrer pleinement… Il faut dire qu’il n’est pas sans projet ! Demande à la Poussière a donc recruté de nouveaux membres…

Puis, après une première salve de concerts, nous avons sérieusement commencé à nous pencher sur l’écriture de ce qui est devenu par la suite Quiétude Hostile, notre deuxième album. Puis, comme tout le monde, la crise sanitaire nous est arrivée en plein dans la gueule, ce qui nous a poussés à poursuivre le travail à la maison. Finalement, de tout cela est sorti un album qui nous ressemble, un album qui nous a permis de tourner une nouvelle page, de mettre en place de nouvelles idées, de nouvelles esthétiques…  

Quietude Hostile délivre une musique lourde, étouffante, traduisant un mal-être existentiel. J’imagine que votre musique vous sert d’exutoire.

Oui, voilà, nous jouons de la musique à des fins cathartiques. Tout ce que tu pourras retrouver dans cet album est le simple reflet de nos vies. Tous les membres du groupe sont arrivés à un certain âge. Nous sommes tous quadragénaires, avec ce tout ce que cela implique. Aujourd’hui, il nous est impossible de tout plaquer. Tu as des responsabilités et tu n’es pas seul, tout un tas de personnes comptent sur toi… Et forcément, une certaine lassitude finit par pointer le bout de son nez, vu le nombre de problèmes que tu dois gérer au quotidien. Quiétude Hostile s’est vraiment cristallisé autour de ce sentiment de lassitude et « Éréthisme » est sans l’ombre d’un doute le point d’orgue de ce sentiment. Il exprime une lourdeur avec laquelle tu dois composer. Ça peut être ton passé, ta culture, tout ce qu’il y a autour de toi, et la crise sanitaire n’a pas calmé les choses. Au contraire. 

Le titre de l’album, Quiétude Hostile, est construit autour d’un oxymore. À votre avis, pouvons-nous retrouver cette dichotomie dans votre musique ? D’ailleurs, avez-vous pensé l’album par rapport à cette idée de « Quiétude Hostile » ? 

C’est un peu comme l’histoire de la poule et de l’œuf. La musique que nous avons composée nous a fatalement conduits à cette idée de « Quiétude Hostile », proposée par Krys. Et sa proposition a vite fait l’unanimité au sein du groupe, car nous étions vraiment dans cet état d’esprit quand nous étions en train de travailler sur l’opus. Cette fameuse « Quiétude Hostile » exprime l’idée de quelque chose qui peut « péter » à tout moment. Aussi, grossièrement dit, cette fameuse « Quiétude Hostile », c’est un peu comme si c’était  »le calme avant la tempête », comme une sorte de prédateur qui attend que sa proie tombe dans son piège. 

« Cette fameuse « Quiétude Hostile » exprime l’idée de quelque chose qui peut « péter » à tout instant »

Avant toute hostilité, il faut également se laisser le temps de la réflexion, sinon, cette quiétude devient totalement stérile. On est tous enfermés dans des carcans, dans des vies différentes, mais terriblement pesantes. Mais justement, pour que cette « quiétude hostile » soit justifiée et qu’elle ait le plus d’impact possible, il faut un temps pour réfléchir. C’est pour cette raison que nous pouvons y retrouver des passages plus planants et d’autres plus directs.

Votre musique associe « Doom Moderne », « Doom Classique », et « Post Hardcore ». Êtes-vous plus du genre à vous inspirer de la scène actuelle ou bien à rester sur les formations classiques ? 

Il y a un peu de tout dans notre musique, du Amenra, du Neurosis, mais nous avons essayé d’aller au-delà de tout ça et de forger notre propre identité. C’est pourquoi nous avons entrepris de grosses recherches en termes de sonorités… À la fin, nous voulions d’un rendu qui soit organique et authentique en quelque sorte. En fait, nous voulions vraiment que notre musique sente le « live ». Chaque coup de batterie a été réfléchi, nous avons pris beaucoup de temps à sélectionner les amplis et les pédales d’effet. 

Après, pour revenir aux influences, nous ne suivons pas vraiment une démarche de « Doom Classique ». Pour nous, le « vrai » Doom, c’est Black Sabbath. C’est vraiment une formation qu’on a dans notre ADN, c’est sûr. Mais plus encore, je dirais que Demande à la Poussière est une sorte de « crossover » de tout ce qui se fait en matière de Doom. 

Le premier album de Demande à la Poussière a été réalisé en une semaine. Qu’en est-il de Quiétude Hostile ? 

Pour celui-ci, le processus a été beaucoup plus long ! Pour celui-ci, la composition nous a demandé 8 ou 9 mois de travail pur et dur. L’enregistrement, un peu plus de deux mois, mais plus en mode « distendu ». Entretemps, nous nous sommes également mis à la recherche du son qui nous conviendrait le plus…

Chez Demande à la Poussière, il y a la musique qui compte, mais aussi l’imagerie ! Comment avez-vous travaillé sur cet aspect ?

En fait, ça s’est fait de manière un peu concomitante. On a contacté Aurélie Raidron, une photographe de talent. Elle ne travaille qu’avec des pellicules en argentique, en « one shot », et c’est vraiment ce dont nous avions besoin pour le groupe, son travail étant également intiment lié à la nostalgie et au côté « terreux ». On peut dire, en quelque sorte, qu’Aurélie et Demande à la Poussière étaient faits pour travailler ensemble. Elle fait une prise, et ne retouche pas par-derrière. Son approche est particulièrement authentique, et cela nous tient à cœur…

Désormais, j’imagine que vous allez vous focaliser sur l’aspect visuel de vos performances… 

Là, pour le moment, ce n’est pas trop le moment, COVID-19 oblige, mais on essaie de mettre à profit tout le temps qu’on a à notre disposition pour réfléchir et évoquer certaines idées. Toujours est-il que nous allons essayer de nous adapter en fonction des salles de concert, qu’elles soient petites, plus grandes, de sorte que le public ne se sente pas lésé. On va essayer d’avoir la même offre pour tout le monde !


Demande à la Poussière, c’est :

Christophe “Krys” Denhez : Chant, guitare

Edgard Chevallier : Guitare

Neil Leveugle : Basse

Vincent Baglin : Batterie

Discographie :

Demande à la poussière (2018)

Quiétude Hostile (2021)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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