Alexi Laiho entamait le nouveau chapitre de sa carrière lorsqu’il nous a quittés en décembre dernier. Pour donner un souffle nouveau à sa musique, il avait lancé Bodom After Midnight, la suite logique de Children Of Bodom tant par sa musique que son propos. L’EP paraît le 23 avril prochain. Et pour nous en dire plus, Mitja Toivonen (ex-Santa Cruz) a répondu à nos questions… 

Propos de Mitja Toivonen (basse) recueillis par Thomas Deffrasnes


Salut Mitja, comment te sens-tu ?

J’ai encore du mal à réaliser. J’ai le sentiment que le monde s’est arrêté. Alors, j’essaie d’appréhender chaque jour avec de nouvelles perspectives. Il est certain que l’EP qu’on s’apprête à sortir n’a plus du tout la même symbolique. Il était supposé symboliser une renaissance. Il est désormais l’ultime chapitre de l’Histoire d’Alexi Laiho. Je dois t’avouer ne plus voir ce projet du même œil. Mais je suis tout de même fier qu’on ait pu finir l’enregistrement. Car même si les choses sont parties en vrille, l’EP lui sortira comme prévu et aura été dans son intégralité sous l’appréciation d’Alexi. Ça me semble important qu’il ait pu mener ce projet à bout.

Comment Alexi était-il la dernière fois que tu l’as vu ? Comment as-tu appris la nouvelle ? 

La dernière fois, nous étions ensemble pour enregistrer le clip. C’était juste avant Noël. Nous avions prévu de prendre une petite pause pour rejoindre nos familles pour les fêtes. L’ambiance était très cool, car on mettait en relief notre travail. Et puis, on était aussi très excité à l’idée de commencer la composition de l’album. On vivait dans l’insouciance des débuts : tout restait à bâtir. Jusqu’à ses derniers jours, Alexi était fidèle à lui-même, blagueur, exigeant, mais surtout heureux de voir que la transition entre les deux formations se passait à merveille. Il était juste un peu déçu que tous les festivals soient annulés, comme nous. Mais il comptait mettre ce temps à profit pour boucler l’album. Lorsque mon téléphone a sonné ce jour pour m’apprendre la nouvelle, c’était un choc sans nom. C’est vraiment la dernière chose qu’on aurait pu imaginer. C’est arrivé d’une manière si violente, et rien ne laisser présager cela. Ça reste encore dur à accepter. 

Présente-moi cet EP, Paint The Sky With Blood…

C’est la définition même de la musique selon Alexi Laiho. Toute la partie musicale et tous les textes ont été écrits par lui. Il y a donc même pour nous une grande part de mystère derrière son travail. Mais je pense que ça sublime son œuvre. Lorsqu’on a enregistré les titres, on n’avait même pas lu, ni entendu les paroles. Mais lorsque la voix mythique d’Alexi s’est posé sur la musique, on a compris qu’il y avait quelque chose de monstrueux ! L’EP était censé être une fabuleuse introduction pour ce nouveau groupe. 

Comment était-ce de travailler aux côtés d’un musicien aussi talentueux qu’Alexi Laiho ? 

C’était la première que je jouais de la musique avec tous ces gars. Heureusement, l’ingénieur son faisait partie de mon premier groupe. Je n’étais donc pas trop perdu ! Alexi était un chef d’orchestre, mais pas un dictateur. Il était très ouvert à toutes nos propositions, mais aussi au fait que l’on ait notre propre style de jeu. Il nous a laissé une petite marge de manœuvre, et il était fier du résultat. En studio, c’était aussi un gros blagueur. Le genre de mec à dire des conneries pendant que tu joues pour te déconcentrer. (rires) 

Pourquoi le nom « Bodom After Midnight », parmi l’ensemble des titres de Children Of Bodom ? 

Nous avons décidé ça ensemble ! Alexi ne nous voulait pas d’un nouveau groupe à proprement parler. Ce qu’il voulait, c’est repartir du bon pied. Il fallait un titre qui évoque COBHC, car finalement, ce projet était la suite de Children Of Bodom. Les membres sont différents, mais les chansons restent les siennes. Bodom After Midnight est un nom qui fait un lien explicite un implicite, le titre est facilement associable à l’ancien groupe, et il y a une cohérence musicale et stylistique.

Peut être une image en noir et blanc de une personne ou plus, personnes qui jouent d’un instrument de musique, guitare et intérieur

« Jusqu’à ses derniers jours, Alexi était fidèle à lui-même, blagueur, exigeant, mais surtout heureux de voir que la transition entre les deux formations se passait à merveille »

Par ailleurs, l’EP se termine avec une reprise de Dissection, celle du classique « Where Dead Angels Lie ».

Tout d’abord, j’ignore combien d’inspirations communes nous avions. Et l’idée d’une « cover » avait germé dans nos esprits, sans pour autant aboutir. Mais finalement, c’est Waltteri Väyrynen (Paradise Lost), notre batteur, qui nous a convaincus avec cette terrible chanson de Dissection. C’est vrai que cette formation a été notre dénominateur commun. Children Of Bodom avait déjà expérimenté sa reprise de Britney Spears. Cette fois, on s’est dit que l’on ferait les choses plus sérieusement. (rires) Surtout, nous voulions rendre hommage au groupe… Et c’est pour ça qu’on n’a pas divagué comparé à la version originale.

Vous avez tout de même partagé la scène tous ensemble. Que retiens-tu de cette expérience ? 

C’était une chance pour moi de jouer au côté d’un musicien tel qu’Alexi. C’était un homme de scène ! Et même si ce n’était que pour trois dates, c’était dingue. On s’est bien amusé, et le concert était chez nous en Finlande. Nous avons eu aussi beaucoup de chance, et surtout Alexi. Malgré la crise sanitaire, nous avons pu donner quelques concerts aussi restrictifs étaient-ils. Te dire que tu es sur scène avec un gars que tu adores et que tu joues ses titres, que tu as poncés sur ton instrument toute ton enfance, c’est unique…

Tu penses que cet EP est le meilleur « adieu » qu’Alexi pouvait faire à ses fans ? 

Je le pense, oui. Il a écrit une musique qui représente l’ensemble de sa carrière (silence). Il a pu peaufiner chaque détail et acquiescer chaque étape de création : cet EP est l’empreinte de sa personne. C’est sa façon de nous dire au revoir…

Maintenant que tu as expérimenté une musique plus virulente, quels sont tes plans de carrière pour l’avenir ?

Continuer de jouer de la musique et d’avancer dans mon parcours de musicien. Je sais qu’il y a un « motherfucker » là-haut qui me botterait le cul si j’arrêtais et qui viendrait me hanter toute ma vie. (rires) Pour ce qui est du style, je ne me retrouvais plus trop dans celui de Santa Cruz. C’était mon groupe depuis que je suis ado, et aujourd’hui, j’ai clairement besoin d’autre chose. Bien sûr, tu ne me trouveras pas dans un « Jazz club ». (rires) Mais comme j’ai expliqué à un ami il y a peu : « Je veux continuer de faire de la musique, non pas juste pour jouer, mais pour m’exprimer ». 


Bodom After Midnight, c’était : 

Alexi Laiho : Chant, Guitare

Daniel Freyberg : Guitare 

Mitja Toivonen : Basse

Waltteri Väyrynen : Batterie 

Discographie : 

Paint the Sky with Blood (EP-2021)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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