CROWN a profité de sa performance « virtuelle » dans le cadre du Roadburn Redux (festival en ligne qui s’est tenu du 16 au 18 avril dernier) pour présenter The End Of All Things, un album profond, mélancolique et surtout sensiblement différent par rapport à ce que la formation nous avait proposé sur Natron en 2015, passages plus Indus’ dans l’âme obligent. En marge de sa sortie, nous nous étions entretenus avec ses deux architectes, Stéphane Azam et David Husser, pour en savoir plus.

Propos de Stéphane Azam (composition, guitare, basse) et David Husser (production, guitare) recueillis par Axl Meu


CROWN nous revient avec un nouvel album : The End Of All Things. Que s’est-il passé pour le groupe entre la sortie de Natron et celui-ci ?  

Stéphane Azam (composition, guitare, basse) : Ingénieur-son dans la vie de tous les jours, j’ai accompagné Alcest, puis Abbath, en tournée. Donc, oui, on peut dire qu’il s’est passé beaucoup de choses pour moi dans ma vie personnelle. J’ai commencé à travailler sur The End Of All Things en 2017 dans l’optique de proposer quelque chose de différent. Finalement, l’ensemble s’est révélé plus progressif, plus calme, sans que j’ai eu à me dire : « je vais faire ça ou ça ». Je me suis vraiment laissé porter par mon inspiration. 

Quand j’ai découvert The End Of All Things, je n’ai pas eu l’impression d’écouter le même groupe. Quelle a été votre ligne directrice pour ce nouvel album ? 

Il n’y a pas vraiment de ligne directrice. Comme je t’ai dit, je ne me pose jamais de questions… Je me laisse tout simplement porter par mes idées. Cependant, j’étais quand même parti dans l’idée de faire quelque chose de plus Industriel, tout en gardant le côté assez sombre de notre musique. Pour les paroles, je dirais qu’elles sont beaucoup sombres, bien plus radicales.

David Husser (production, guitare) : Puis, je me permets d’intervenir, il y avait déjà dansNatron, des premières bribes de morceau qui allaient dans ce sens-là. Moi, quand j’ai commencé à travailler avec Steph’ sur The End Of All Things, j’avais envie qu’on renforce ce côté Indus’, car je la trouvais sous-exploitée dans les albums précédents. 

Sur votre fiche-presse, il est écrit que votre musique était faite pour les fans de Nine Inch Nails, Depeche Mode et Killing Joke. À titre personnel, j’aurais ajouté Katatonia… 

Stéphane : Oui, tu n’es pas le seul à avoir fait le rapprochement. C’est vrai… Quand tu crées, tu as toujours du mal à prendre du recul par rapport à ta musique. On nous a dit KatatoniaUlver, mais aussi Paradise Lost. C’est vrai que l’on se retrouve ce côté « gothique », « dépressif », un peu désabusé, un peu mélancolique dans nos morceaux qui peut nous rapprocher de ce genre de groupes. 

La musique de C R O W N est quand même très intense, mais j’ai l’impression qu’il est parfois difficile d’en parler. C’est le cas pour vous ? 

Oui, c’est pas évident ! (Rires) C’est un processus qui est complètement abstrait. C’est pareil quand j’écris les paroles. Je ne vais pas parler d’une histoire en particulier. L’ensemble est beaucoup plus abstrait, comme une peinture, une fresque. C’est un peu comme ça que je conçois la musique. Tu te laisses porter par tes émotions…

De quoi parlent les paroles de The End Of All Things ? De vécu ?

C’est plus par rapport à tout ce qui se passe dans le monde en général. Cette vision un peu abstraite de ce qui peut se passer, niveau relation humaine, relation avec la nature. Je porte un regard assez désabusé sur tout ça… Je trouve que l’humain est un peu autodestructeur dans son comportement, surtout en ce moment. Donc, voilà, c’est plus un contrat post-apocalyptique. Sur The End Of All Things, j’y parle plus ou moins de ce qui pourrait nous arriver si on continue à faire n’importe quoi sur les plans humain, politique et écologique. C’est vraiment un ensemble qui me révolte, qui me rend triste, qui me met en colère. Je suis presque devenu misanthrope à cause de tout ça. Après, j’ai quand même foi en l’humain et je pense que CROWN peut, à son niveau, faire réagir les gens. On arrive à un point où il faut que les choses changent. 

David : C’est assez marrant de voir un peu comment les gens réagissent. Il y a certaines personnes qui voient la fin de toute chose comme le début d’autre chose et ceux qui voient ça comme la fin de tout.

« Sur The End Of All Things, j’y parle plus ou moins de ce qui pourrait nous arriver si on continue à faire n’importe quoi sur les plans humain, politique et écologique. »

Stéphane, j’imagine que tu pars d’un constat pour ensuite écrire ta musique. 

En fait, les paroles viennent vraiment à la fin du processus du composition. Vraiment, la musique avant tout, et les paroles viennent à la fin. C’est vraiment les pistes instrumentales qui créent une sorte de vision. Voilà, j’écoute la démo du morceau et ça va me donner une sorte d’atmosphères. Je m’inspire également de tout ce qui se passe autour de moi.  

Il n’y a qu’un seul guest sur cet album. C’est Karin Park, la clavier d’Årabrot, sur le dernier morceau, « Utopia ». Comment la collaboration s’est-elle amorcée ? 

En fait, quand je suis parti accompagner The Ocean en tournée, j’ai aussi été aussi amené à sonoriser leur première partie, qui était Årabrot. Puis, j’ai entendu la voix de Karin… J’ai tout de suite été scotché par sa polyvalence. Ça tombait bien, car avec CROWN, on avait un morceau un peu en chantier dont on ne savait que faire. Je lui ai donc tout simplement proposé de poser sa voix dessus, tout en sachant qu’elle n’apprécierait pas forcément la musique. Je lui ai envoyé la démo après en avoir touché quelques mots à Robin (Staps, ndlr), le boss de Pelagic Records. Finalement, elle a adoré le morceau et elle nous a envoyé ses parties quelques mois après. . 

David : Karin nous a envoyé une session complète avec des tonnes de chœurs, quelque chose de très Pop. Après, ça a été à nous de tout mettre en forme et de recomposer autour de sa voix. À titre personnel, je voulais garder l’énergie « Pop », il était impossible de ne pas aller dans ce sens. Ça aurait été tellement contreproductif. C’était si beau… Du coup, j’ai proposé une première version que Stéphane n’a pas aimé, donc c’était poubelle. Stéphane a proposé une autre version que je n’ai pas aimée, donc c’était poubelle aussi. Finalement, la troisième, c’était la bonne !  

Comme précisé tout à l’heure, il y a un côté beaucoup plus Indus’ sur ce disque. Comment avez-vous travaillé sur ces parties ? 

Stéphane, il écrit tout, les mélodies, les textes, et ainsi de suite. Il me donne tout et moi, je réfléchis. Dans le cas présent, vu que nous avons tous les deux notre propre studio d’enregistrement, nous ne nous sommes pas vraiment pressés et avons pris le temps de travailler sur de nouvelles textures. Et puis, à force, nous avons réussi à proposer quelque chose de très cohérent à partir de ses idées.

N’est-ce pas trop difficile de prendre du recul par rapport à sa propre musique quand on est ingénieur-son dans la vie de tous les jours ? 

Bah écoute, vu que ce n’est pas vraiment ma musique, ça n’a pas été très compliqué. Quand ce sont mes morceaux, ça l’est. Tout simplement parce que je me connais, donc suis moins surpris par le résultat. Mais là, vu que c’est la musique de Stéphane, je l’ai produit comme j’aurais produit n’importe quel autre artiste.

Le line-up de Natron comprenait trois musiciens. Vous n’êtes plus que deux. Frederyk Rotter ne fait plus partie du groupe ? 

Stéphane : Le line-up « scénique » inclut quatre musiciens, et là, nous sommes à deux pour l’écriture. En fait, Fred était pas mal pris avec ses projets annexes, notamment son propre label. Et moi, de mon côté, je voulais tout simplement changer de formule et voir où cela nous mènerait.  

David : Moi, je n’étais pas là avant, mais le line-up de CROWN s’est toujours adapté en fonction de son nouveau répertoire. De toute façon, les deux premiers albums et le premier EP, ça a toujours été Steph tout seul accompagné ou non de guests. The End Of All Things, c’est Stéphane qui a tout composé, mais disons que j’étais à ses côté pour l’accompagner et finaliser le disque. 

Stéphane, tu as déjà une idée du line-up qui va t’accompagner sur scène pour les concerts à venir ? 

Stéphane : Oui. Déjà, pour commencer, il y aura déjà Nicolas Uhlen, celui qui assure les parties de batterie sur l’album, à la batterie. Puis, on a aussi Marc Strebler du groupe Skull, groupe alsacien des années 2000, à la guitare. Du coup, on sera quatre sur scène ! 


C R O W N, c’est : 

Stéphane Azam : composition, guitare et basse

David Husser : production, guitare

Discographie : 

The One (2012-EP)

Psychurgy (2013)

Natron (2015)

The End Of All Things (2021)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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