Cannibal Corpse incarne à lui seul tout le folklore lié au Death Metal : les grosses guitares, les hurlements, le headbang, les paroles à coucher à terre les plus susceptibles d’entre nous. Et pourtant, ce n’est pas l’image que renvoie Alex Webster, son bassiste et compositeur. Calme, amusant, et parfois attendrissant (oui !), il nous a livré dans le cadre d’une interview nocturne tout ce dont nous étions en droit de savoir sur Violence Unimagined, un remarquable album de Death Metal (encore un !) paru la semaine dernière via Metal Blade.

Propos d’Alex Webster (basse) recueillis par Axl Meu


Salut Alex. Comment te portes-tu en ce moment malgré la situation actuelle ? 

L’album arrive, et nous sommes particulièrement satisfaits du résultat, même si je dois t’avouer que ça fait bizarre de savoir que nous devrons attendre avant de le défendre sur scène. La sortie de Violence Unimagined est prévue pour avril prochain et nous n’avons aucun concert de programmé pour le défendre. Là, en ce moment, on table sur 2022, mais ça peut changer à tout moment ! Personne ne semble pouvoir se positionner, prédire ce que l’avenir nous réserve à cause de ces fichus variants. Aujourd’hui, il faut convaincre les gens à se faire vacciner… Le cas inverse, il sera impossible de retrouver notre vie d’avant.

Parlons de ce fameux Violence Unimagined, votre nouvel album. C’est le premier que vous sortez sans Pat O’Brien, votre ancien guitariste, et le premier avec Erik Rutan…

Je ne vais pas revenir sur les problèmes qu’a rencontrés Pat’. Je dirais simplement que le fait de recruter Erik à la guitare était une formalité pour nous. Il a toujours fait partie de la famille de Cannibal Corpse, donc, quand il nous a fallu embaucher un nouveau guitariste, c’est son nom qui est venu en premier, surtout que nous avions déjà tourné avec lui pendant une année. Donc, quand nous lui avons proposé de rejoindre le groupe à long terme, il a naturellement accepté. Aussi, ça fait un moment qu’il nous produits. Et moi-même, à titre-personnel, je l’ai déjà accompagné dans Hate Eternal. C’est un bosseur. À peine recruté, il est venu composer trois morceaux. Clairement, l’arrivée d’Erik à la guitare est la meilleure chose qui soit arrivée à Cannibal Corpse ces dernières années.

Certes, il a contribué à hauteur de trois morceaux, mais est-ce que ses morceaux correspondaient bien au style de Cannibal Corpse ? 

Je vois où tu veux en venir. Eh bien… Disons que, quand il a rejoint le groupe, il maîtrisait déjà bien le style de Cannibal Corpse sur le bout des doigts vu qu’il nous a produits et qu’il nous avait accompagnés sur scène… Les morceaux qu’ils a composés, « Condemnation Contagion », « Ritual Annihilation » et « Overtorture » sont des morceaux à 100% Cannibal Corpse. On reconnait son style, mais c’est bien du Cannibal Corpse et non pas du Hate Eternal

Est-ce que tu pourrais me présenter ce nouvel album, Violence Unimagined ? En quoi cet album est-il différent des autres albums de Cannibal Corpse ? 

L’album comporte 11 morceaux… J’ai l’impression que tous les morceaux sont différents les uns des autres. Tu écoutes la première piste, puis la deuxième, puis la troisième, et tu te rends compte qu’elles sont toutes différentes les unes que les autres, et ainsi de suite. C’est vraiment ce qu’on a toujours essayé de faire au fil des années, et je trouve que Violence Unimagined marque une évolution significative pour Cannibal Corpse. Il est sans doute notre album le plus varié à ce jour. J’ose espérer que tout le monde l’écoutera dans son intégralité… Et je sais à quel point il est difficile aujourd’hui de monopoliser l’attention des fans, surtout quand on a son PC, son portable et les pubs à la TV… Aujourd’hui, maintenir l’attention de quelqu’un pendant plus de 40 ans relève de l’exploit. 

Cannibal corpse 2021

« Clairement, l’arrivée d’Erik à la guitare est la meilleure chose qui soit arrivée à Cannibal Corpse ces dernières années. »

En préparant mon interview, j’ai appris que tu n’étais pas avec le groupe lors des sessions d’enregistrement. COVID-19 oblige, tu as dû assurer tes parties à distance, une première pour Cannibal Corpse. 

En fait, ça fait 5/6 ans que je vis dans l’Oregon, donc il m’arrive de prendre l’avion pour rejoindre le reste du groupe en Floride, ce que j’ai fait en mars 2020 avant que la pandémie ne frappe la planète. C’était alors pour assurer la session-photo du groupe, répéter les nouveaux morceaux que nous avions mis en place… L’idée était que je revienne les semaines qui suivent pour l’enregistrement de l’album. Mais à mon départ, j’ai vite compris que les choses commençaient à mal tourner et que je n’allais pas revoir les gars de si tôt.

La pandémie arrive, me voilà donc forcé d’enregistrer mes parties chez moi. Ce qui ne m’a pas forcément dérangé, car j’avais déjà procédé ainsi pour certains de mes projets annexes, Blotted Science et Conquering Dyspotia… Bien sûr, j’aurais préféré être avec le reste du groupe, mais bon, ce n’a pas été possible. Après, ce n’a pas été un problème en soi. Beaucoup de groupes procèdent ainsi, les différents membres vivant à des centaines de kilomètres les uns des autres. En tout cas, tout s’est très déroulé. J’ai enregistré mes parties de basse, et je les ai directement envoyées à Erik Rutan qui a produit l’ensemble. 

J’imagine que le groupe a été amené à échanger régulièrement par visioconférence…

En fait, quand j’étais allé rejoindre le groupe en mars 2020, tout était déjà plus ou moins prêt. J’avais déjà appris mes partitions, et avais suivi au mix les conseils d’Erik (Rutan, guitare) et de Rob (Barrett, guitare) et ils avaient de même pour les morceaux que j’ai moi-même composés. Je leur ai joué les riffs à la guitare assez lentement pour qu’ils puissent comprendre. D’habitude, je fais des vidéos pour expliquer comment faire, mais pas cette fois-ci, une semaine nous avait suffi ! 

Quels morceaux as-tu composés ? 

J’ai composé les mélodies et les paroles de « Necrogenic Resurrection », « Surround, Kill, Devour », et « Slowly Sawn ». Quant à « Cerements of the Flayed », je n’ai que composé que ses mélodies. C’est Paul (Mazurkiewicz, batterie, ndlr) qui s’est occupé des paroles de celle-ci. 

Et George Fisher ? Qu’a-t-il composé ? 

Tu sais, George n’a jamais vraiment écrit pour le groupe. Il avait un peu écrit pour l’album Vile, mais en vrai, ça n’a jamais été son truc. Il nous laisse tout simplement écrire les textes, et ensuite, nous lui donnons la marche à suivre à partir des démos que nous lui envoyons. Des démos sur lesquelles Paul et moi « chantons »… Certes, le rendu est un peu ridicule, mais au moins, nous arrivons à lui faire comprendre ce que nous attendons de lui. Et ça marche. George est un excellent chanteur. Il fait ce qu’il aime et le fait très bien ! 

Après autant d’années sur le marché des musiques extrêmes, comment Cannibal Corpse parvient-il à échapper à la routine ? Parvenez-vous à vous surprendre vous-mêmes ? 

Il faut tout simplement rester motivés ! Et je nous estime chanceux, puisque nous arrivons assez facilement à puiser notre énergie des uns et des autres. Nous avons tous pris goût à la composition au fil des années, et nous arrivons à chaque à puiser le meilleur de nous-mêmes pour offrir le meilleur album possible. C’est simple. À chaque fois que nous composons, chacun essaie d’arriver avec les meilleures chansons possibles ! Jamais tu m’entendras dire que le meilleur de Cannibal Corpe est derrière nous. Jamais le groupe ne se contentera d’un album « moyen ». On essaie tout simplement de proposer le meilleur des albums possibles !

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« Jamais tu ne m’entendras dire que le meilleur de Cannibal Corpe est derrière nous. Jamais le groupe ne se contentera d’un album ‘moyen’. »

Vos textes illustrent ce que l’espèce humaine a de pire à présenter. On y parle de meurtres, de gens qui se font tuer, et ce nouvel opus ne fait pas exception à la règle. Où puisez-vous votre inspiration pour écrire des paroles aussi poignantes ? Les gens qui n’écoutent pas ce genre de musique peuvent penser que vous êtes totalement fous ! 

Rassure-moi, il n’y a pas que les membres de Cannibal Corpse qui sont quotidiennement exposés à la violence ? Bien sûr, les films d’horreur nous permettent d’imaginer le pire, mais il y a aussi tout ce que l’on voit aux informations, sauf que là, c’est bien vrai. Donc, voilà, on puise notre inspiration des films que nous regardons, mais aussi dans les faits divers du quotidien. Pour illustrer mon propos, je vais prendre un morceau que j’ai composé : « Necrogenic Ressurection ». Ce qui arrive dans cette chanson est de l’ordre du surnaturel, de la science-fiction. Par contre, « Condemnation Contagion », morceau composé par Erik, est inspiré par le COVID-19. Je ne dis pas que c’est un morceau qui parle de la pandémie en elle-même, mais disons que la situation actuelle l’a poussé à écrire ce genre de chanson. Après, il y a « Surround, Kill, Devour » qui s’inspire directement du film La Route, tiré du roman du même nom écrit par Cormac McCarthy, dans lequel les humains sont obligés d’avoir recours à des pratiques cannibales pour se nourrir. Bien sûr, c’est de la fiction pure et simple, mais ce scénario est tellement plausible… 

À force d’aborder ce genre de sujet, vous n’avez pas peur que vos paroles ne fassent plus trop d’effet sur les auditeurs ? 

Ce n’est pas forcément ce que nous recherchons. Nous avons toujours fait dans l’extrême, c’est un fait, mais nous ne voulons pas écrire les chansons les plus « gores » qui soient. Nous l’avons déjà fait dans nos premiers albums ! (Rires) Aujourd’hui, le groupe souhaite juste écrire des chansons de Death Metal puissantes sur le thème de l’horreur. C’est tout ! 

Quelle basse as-tu utilisée pour l’enregistrement de l’album ? 

Une Spector à cinq cordes ! Pas ma signature, mais une autre qui est équipée des mêmes micros, mes signatures Seymour Duncan. J’ai tout simplement pris celle-ci, car c’était la seule basse « potable » que j’avais sous la main, les autres étant restées avec le groupe en Floride. 

Parlons concert, il m’est arrivé de vous voir notamment dans le cadre de festival… À plusieurs reprises, vous aviez invité Trevor Strnad de The Black Dahlia Murder à chanter sur « Stripped, Raped and Stranged ». Un commentaire ? 

Oui, en général, nous l’invitons quand il est dans les parages ! C’est un très bon pote… Après, pour l’anecdote, George aime beaucoup lancer des défis sur « I Cum Blood » et inviter les gens à headbanger. Et une fois, Seth (Patryk Dominik Sztyber, NDLR), le guitariste de Behemoth a joué le jeu en montant sur scène avec nous. Il me semble que c’était à l’Alcatraz Festival en Belgique… En tout cas, je ne saurais te dire qui des deux avaient gagné ! (Rires) 

Et maintenant, qu’allez-vous faire en attendant le retour des concerts ? Pensez-vous vous produire d’ici 2022 ? 

Je n’en sais rien. Pour faire vivre l’album, nous pensons organiser quelques « live-stream », mais pour le moment, c’est impossible étant à 3000 km des autres gars… Donc, pareil, pour les clips qui vont sortir, nous avons dû nous adapter et proposé des sortes de petites courts métrages dans le style « horror movie ». 


Cannibal Corpse, c’est : 

Alex Webster : Basse

Paul Mazurkiewicz : Batterie 

Rob Barrett : Guitare

George « Corpsegrinder » Fisher : Chant 

Erik Rutan : Guitars 

Discographie : 

Eaten Back to Life (1990) 

Butchered at Birth (1991) 

Tomb of the Mutilated (1992) 

The Bleeding Full-length (1994)

Vile (1996) 

Gallery of Suicide (1998) 

Bloodthirst (1999)

Gore Obsessed (2002) 

The Wretched Spawn (2004) 

Kill (2006)

Evisceration Plague (2009) 

Torture (2012) 

A Skeletal Domain (2014) 

Red Before Black (2017) 

Violence Unimagined (2021)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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