The Armed, c’est tout un projet à lui seul ! Pour faire face à la banalisation des esthétiques musicales, la mystérieuse formation américaine, qui ne cesse d’évoluer à chaque album, nous est tout dernièrement revenu avec un nouvel et quatrième opus, le haut en couleurs Ultrapop, paru tout dernièrement via Sargent House. Afin de percer les mystères de cette formation, la rédaction l’a tout simplement contacté par e-mail quelques jours avant la sortie de l’album.

Propos recueillis par Matthis van der Meulen et Axl Meu


J’aimerais commencer l’interview en vous parlant de la pochette de l’album. Vous avez toujours été attirés par la photographie, et ça se voit… Comme pour l’album Untitled, vous avez opté pour un portrait en gros plan, photographié par Trevor Naud…

En effet, beaucoup de nos pochettes représentent des portraits. Celle d’Ultrapop est un petit peu différente parce qu’elle fait partie d’une série de portraits visibles à travers le packaging. Tous les modèles portent divers accessoires très pop : des boucles d’oreilles, des chokers, des colliers, des boutons, des bonnets… Il y a tout un concept derrière tout ça. La pochette a été pensée comme un « shooting-photo » très éditorial avec une variété de modèles, portant littéralement Ultrapop.

Le nom de l’album, Ultrapop, à mon sens, représente votre désir de liberté dans la musique que vous faites. Peut-être ai-je tort… Pouvez-vous nous expliquer ce qui se cache derrière ce titre ?

Je pense que tu n’es pas loin ! En fait, de nos jours, quand on voit qu’un individu « lambda » est capable de sortir l’entièreté de l’histoire de la musique de son téléphone en un claquement de doigts, il ne fait aucun doute que tout est « pop » de nos jours. Le « ultra » ressort comme une « magnification » de tout ça. Alors, oui, on espère que cet album vous aidera à aller de l’avant et que vous n’essayerez pas de le catégoriser dans n’importe quel nombre de niches de sous-genres… Ultrapop vous invite à voir les choses autrement et nous a poussés à aller de l’avant tout en renouvelant les dogmes des musiques extrêmes déjà en place depuis des décennies.

The Armed a toujours été mystérieux sur son identité, très discret dans les médias. Vous aviez même une fois envoyé quelqu’un d’autre assurer une interview pour Tracks, émission lancée par la chaîne Arte. Aujourd’hui, vous semblez désormais plus ouverts… Est-ce parce que le groupe aspire à être plus « Pop » ? Est-ce parce que le groupe a gagné en stabilité ? 

Le groupe est à concevoir comme une collaboration ouverte entre beaucoup d’individu. Notre but premier était de rester anonyme, mais en voulant faire ça, les gens ont commencé à enquêter sur notre identité, comme si c’était un mystère à résoudre. Ça ne l’est pas. Dans le cadre de The Armed, on ne voulait pas être intéressant pour les gens. Car The Armed est plus grand que nous. Cela étant dit, on a quand même commencé à communiquer sur nos identités, mais en insistant sur le fait que c’était chiant et pas très important. Ce qui nous importe, par contre, c’est l’expérience « The Armed » dans sa globalité, et non pas le type qui joue de la guitare sur tel ou tel morceau.

Vous avez collaboré avec Mark Lanegan et Troy Van Leeuwen, qui sont deux artistes très proches de Queens Of The Stone Age. Quelle relation entretenez-vous avec ce groupe ? Comment était-ce de travailler avec ces deux artistes ? 

Queens Of The Stone Age est un des groupes les plus cools du monde ! Et facilement, l’un des groupes de Rock les plus important de ma vie. C’est un véritable honneur que d’avoir eu Troy et Mark sur l’album. Ce qui est cool d’être à bord d’un tel projet, c’est qu’il te permet de construire un grand réseau de talentueux amis et associés. Alors, des fois, quand tu cherches à inviter quelqu’un sur une piste en particulier, ton collaborateur de rêve n’est qu’à un ou deux coups de fil !

Le clip d’ « Average Death » vient de sortir (interview réalisée en février, NDLR)… Et comme pour le titre « All Futures », la vidéo a été tournée dans un studio. C’est très coloré, très Pop, et c’est génial ! Cependant, peut-on s’attendre à des clips plus proches de ceux d’« Only Love », à savoir des courts métrages ?

On avait une idée bien précise en tête en sortant ces deux vidéos. On voulait tout simplement prendre les gens à contre-pied, les surprendre et commencer la promo de l’album avec une performance « live » dans une pièce très éclairée où l’on peut voir absolument tout le monde ! Mais je tiens à rassurer. Tous ceux qui attendent une trame narrative ou quelque chose de plus « cinématique » de notre part devraient s’y retrouver avec le clip « An Iteration ».

Dans votre musique, on peut ressentir une fantastique joie, une joie qui peut même se montrer agressive. J’imagine qu’Ultrapop a été enregistré durant 2020. Où avez-vous trouvé votre sérotonine durant cette période ?

Ça peut être difficile de trouver de la joie dans une telle période bourrée d’incertitudes et de conflits. Il y a beaucoup de raisons de ne pas être heureux, ça c’est sûr. Je pense que notre objectif était de composer un album joyeux, capable de créer de la joie pour les autres. Tout simplement parce que la joie peut être utile en ces périodes. Elle peut provoquer de l’espoir, et l’espoir peut provoquer de la motivation… Ça sonne bête et banal, mais c’est vrai. Alors, si on peut créer quelque chose qui est toujours extrêmement agressif et cathartique, mais qui en même temps être joyeux, ça nous semble être une proposition plus excitante pour nous. Comme un outil plus utile pour ceux qui nous écoutent. Et aussi, une façon plus romanesque et unique de contribuer à l’art dans le monde.

Chronique ] THE ARMED – Ultrapop ( Sargent House ) |

« Tout est « Pop ». Les sous-genres dans la musique soi-disant subversifs ont succombé aux traditions. »

Dans les premières paroles que j’ai pu lire, on sent de la frustration et la colère autour de tout ce qui parait faux dans l’industrie de la musique et la vie en général. Je cite : « I am anti anti anti anti », « always an actor » « it’s never really how it happens ». Que vouliez-vous exprimer à travers ces chansons ? 

On voulait tout simplement montrer du doigt l’hypocrisie et l’obsession derrière le concept d’« authenticité » dans le domaine de l’art, où tout le monde est à un quelconque degré de l’artifice, où l’authenticité a l’air d’être dérivé d’une bonne volonté à jeu de rôle grandeur nature. À nos yeux, c’est puéril. Faites juste ce que vous voulez. Votre dévotion à n’importe quel sous genre ayant quarante piges c’est cool, mais à ce point-là, soyez conscient que vous faites juste du cosplay. Vous ne faite que reconstruire.

Vous avez dit : « Le concept de ‘’sous-genre’’ devient presque une antithèse de la vitalité dans l’art ». Selon vous, la Pop est-elle devenue le nouveau « Punk » ? Est-ce le sens derrière le morceau « The Music Becomes a Skull » ? 

Exactement. Tout est « Pop ». Les sous-genres dans la musique soi-disant subversifs ont succombé aux traditions. Il n’y aucune opposition là-dedans. Ce sont seulement des codes religieusement respectés dans la forme, dans l’esthétique et dans le sujet traité. L’idée de « Punk » ne partira jamais, parce que c’est un concept. Mais l’existence du Punk en tant qu’esthétique, rentre dans sa cinquantième année d’imitation de soi-même, et ça dessert totalement son propos. 

En ce qui concerne « The Music Becomes A Skull », elle va dans ce sens et explique que beaucoup de ces sous-cultures soi-disant agressives et subversives stagnent et vieillissent. Elles ont été trouvées intrépides, mais désormais, elles succombent au conservatisme. 

Quand on écoute votre musique, on sent que vous ne voulez pas que l’on vous mette dans des cases. Comment gardez-vous cet esprit en vie ? Et quand tout le monde voudra sonner comme vous, que ferez-vous ?

Eh bien, on poussera les barrières encore plus loin et on deviendra encore plus bizarres. Notre engagement est en constante progression !

Comment se déroule le processus d’écriture chez The Armed ? A-t-il évolué depuis votre premier EP, Common Enemies ?

C’est un gros « challenge » logistique. Cela dit, le processus de base est resté le même depuis cet EP, il y a déjà si longtemps… Presque tous les collaborateurs sont des multi-instrumentistes à leur manière, alors tout le monde écrit constamment des nouvelles idées à différents niveaux d’accomplissement. Des fois, c’est juste un riff de guitare, des fois, c’est une chanson entière qui sort avec des batteries, des guitares, des basses et samples qui sortent de démos. On a un serveur partagé que l’on remplit constamment de nouvelles idées. Dan Greene joue en quelque sorte l’ultime conservateur de ce que l’on garde. Finalement, l’ensemble est étonnamment organique et personne n’est trop regardant sur sa contribution finale. Il n’y a pas beaucoup d’ego individuel en jeu dans le processus de création. Tout le monde est très concentré sur la fin du résultat et veut que l’ensemble soit aussi réussi que possible.

Votre dossier presse dit que votre album est, je cite, une « rébellion ouverte contre la culture de l’attente dans la musique extrême ». Avez-vous l’impression que les gens attendent quelque chose de particulier venant de vous ? 

Et bien… Je ne sais pas ! Je pense que les gens ont toujours une certaine attente d’un artiste une fois qu’ils sont familiers de son travail. Et je pense qu’il est de notre responsabilité de ne pas trop faire attention à ces attentes, du moins, en ce qui concerne l’image et le son. J’espère que notre audience a grandi en attendant de notre part de la qualité et de l’originalité. Et on compte bien fournir ça pour toujours. Mais en dehors de ces attentes assez abstraites, nous nous devons d’ignorer ce que les gens pensent de nous et de rester simplement honnêtes et vrais envers nous-mêmes.

Quels sont les artistes et groupes qui vous ont inspirés ?

Il y en a beaucoup trop… Pour les citer, Yves TumorIggy PopSOPHIEWolf EyesFKA TwigsDead RiderMitskiThe Voidz, Scott WalkerMass of the Fermenting Dregs et Danny Brown. Voilà un exemple de ce que j’ai pu écouter récemment sur Spotify.

Ultrapop est le premier album que vous sortez via le label Sargent House. Que cette collaboration vous a-t-elle apporté ? Est-ce ce label qui vous a mis en relation avec Ben Chisholm, votre producteur ?

Notre connexion avec Sargent House s’est faite de manière très naturelle. Ses représentants semblaient vraiment croire en notre vision… Et oui, c’est lui qui nous a mis en relation avec Ben Chisholm et nous lui en sommes infiniment reconnaissants. L’influence de Ben sur cet album est incommensurable… C’est la première fois que les connexions sont aussi vite entre nous et notre producteur. En général, on a du mal à se faire comprendre, mais, cette fois-ci, c’était presque instantané. Ben a respecté notre vision des choses et n’a pas essayé de nous en détourner. Au contraire, il a tout fait pour que nous la respectons au maximum.  


Line-up : Inconnu 

Discographie : 

These Are Lights (2009)

Common Enemies (EP-2010)

Young & Beautiful (EP-2011)

Spreading Joy (EP-2012)

Untitled (2015)

Only Love (2018)

Ultrapop (2021)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.