Nature Morte aura peut-être eu du mal à trouver son line-up définitif, mais cela ne l’a pas empêché de consolider son style. À la fois mélodique et « catchy » et au carrefour de plusieurs esthétiques (Black Metal et Shoegaze…), la musique Nature Morte est une promesse à l’introspection couleur « nostalgie », à laquelle nous a conviés ses architectes sur Messe Noire, leur deuxième opus, paru le 7 mai dernier via Source Atone Records. Nous nous sommes entretenus avec le groupe à l’occasion de sa sortie. 

Propos du groupe recueillis par Axl Meu 


Commencez donc par présenter ce nouvel album, Messe Basse !

Avec cet album, nous voulions tout simplement créer une suite logique à notre premier album, NM1, et composer une musique qui évoquerait la nostalgie. C’est vraiment ça, le point d’ancrage de ce nouvel album. Messe Basse devait être enregistré en avril 2020, mais finalement, tout a été repoussé à cause de la pandémi. Finalement, on a repris la même formule que sur le premier album, même si je dirais que le groupe a gagné en maturité depuis… On est allés beaucoup plus loin dans notre « délire ». Finalement, je trouve que nous sommes parvenus à créer cette symbiose entre ces deux pôles, entre ces deux extrêmes qui nous tiennent à cœur. 

Votre musique m’évoque des groupes comme Deafheaven, Harakiri For The Sky, des groupes à mi-chemin entre le Black Metal et le mouvement Shoegaze… 

Oui, oui. On peut parler de Black Metal « mainstream » nous concernant. Disons que nous considérons le Black Metal comme une influence à part entière, au même titre que le Shoegaze, le Post-Rock, la Pop, et ainsi de suite. On peut dire ça comme ça… Ce n’était pas calculé ! Ce sont des influences que nous aimons tous les trois, bien que nous n’ayons pas forcément les mêmes goûts. Après, on s’est tout de même retrouvé dans ce dénominateur commun, de manière inconsciente. Tout se fait naturellement, on compose des riffs, on les répète, on les retient. Rien n’est intellectualisé. 

Ce qui nous plait, c’est jouer avec les différents extrêmes. Nous avons pensé qu’il serait intéressant d’assimiler les deux genres, à première vue, totalement opposées, et de créer une corrélation entre les deux.

Le Black Metal, c’est quand même l’une des esthétiques musicales les plus extrêmes qui soient. Puis, de l’autre côté, tu vas retrouver dans notre musique des éléments plus Pop, plus Rock. Aussi, ce n’est pas parce que nous empruntons des gimmicks de la Pop que notre musique est forcément joyeuse. C’est amusant que tu fasses allusion à Deafheaven, car c’est un groupe que nous aimons énormément au sein du groupe. Ce groupe se sert beaucoup des codes du Black Metal, les met à sa sauce, mais tout comme nous, il ne fait pas dans le Black Metal à proprement parler. Ils ont ce truc vraiment chouette qui consiste à mettre des voix sur des passages très mélodique !

Le quatrième morceau de l’album s’intitule « T.S.O.C. ». Que se cache-t-il derrière cet acronyme ? 

Stevan : Ce morceau est une référence directe à l’ancien groupe que Chriset moi avions monté sur les cendres d’une autre de nos formations au début des années 2010 : The Same Old Club, groupe avec lequel nous avions sorti un album… Finalement, le groupe s’est séparé juste après. Ce n’est que pendant le confinement que je suis retombé sur certaines des idées que j’avais initialement composées pour The Same Old Club… J’en ai tout simplement utilisé quelques-unes pour construire le morceau « T.S.O.C ». L’idée était de jouer sur cette nostalgie, de faire un clin d’œil au passé, sans pour autant regretter quoi que ce soit. Au contraire, c’était chouette de tous se revoir pour faire de la musique. Finalement, ça nous a tous marqués… Aujourd’hui, nous avons vieilli. Nous ne nous sommes plus vraiment les mêmes. 

Tout à l’heure, vous me parliez de Black Metal « mainstream », c’est un commentaire qui risque de faire grincer des dents… 

Chris : Oui, bien sûr, ce n’est pas que le Black Metal est devenu « mainstream », mais j’ai l’impression qu’il est en train de le devenir. On ne va pas se mentir, il y a quand même un effet de mode autour du Black Metal en ce moment. Aujourd’hui, on a l’impression que tout le monde veut faire du Black Metal, que beaucoup de monde veut s’approprier ce style de musique, aussi bien dans l’« underground » que dans le « mainstream ». Après, nous, ce qui nous intéresse, c’est de prendre des gimmicks du Black Metal et de les associer à des éléments qui plaisent à tout le monde. Pour nous, le Black Metal est une influence comme une autre. 

« Nous considérons le Black Metal comme une influence à part entière, au même titre que le Shoegaze, le Post-Rock, la Pop »

Donc, oui, vous associez des éléments de Rock, Metal, Black Metal, Shoegaze. Certaines formations de Shoegaze attirent uniquement un public de niche. Comment sélectionnez-vous vos sources d’inspiration ? 

Un public de niche, comme le public « Black Metal », non ? Il y a une course à la découverte qui a été lancée ces dernières années. C’est à celui qui fera la plus belle… Et c’est pareil pour le Shoegaze. La scène est très fructueuse en ce moment. Je pense à des groupes comme Nothing, True Widow, et j’en passe. Ce sont des groupes qui font partie de l’écurie de Relapse Records, pourtant réputé pour signer des groupes plus extrêmes ! Après, il y a d’autres groupes comme The Cocteau Twins qui, bien qu’associé au mouvement Shoegaze, m’ennuie énormément ! On continue de mettre les groupes dans des cases, et les groupes de Shoegaze ne sont pas épargnés, même s’il n’y en aucun qui sonne comme un autre… 

Est-ce que l’on peut dire la nostalgie est le fil conducteur de l’album ? 

Oui, voilà. Sur cet opus, nous avons voulu évoquer des éléments de vie du passé qui font ce que nous sommes aujourd’hui. Cependant, ça n’empêche pas notre musique d’être moderne… Nostalgie peut-être, mais nous n’avons pas envie de rester bloqués dans le passé. On est plutôt du genre à aller de l’avant. Comme beaucoup, on a hâte que la pandémie s’arrête, de reprendre les concerts et de défendre l’album sur scène. 

La pochette de l’album, c’est une vraie photo ? 

Chris : Oui, mais on ne te dira pas de qui il s’agit. Ce qui nous a vraiment plu dans ce cliché, ce sont les différentes lectures que nous pouvons en faire. Il a été pris à la sortie d’une église après un baptême. On a vite pensé que ça collerait bien avec le titre de l’album, Messe Basse, et la symbolique qu’il porte en lui. Une messe basse qui se résume à une sorte de petite prière non chantée… 

La pochette évoque également cette fameuse nostalgie à laquelle nous faisions allusion tout à l’heure. On a vraiment poussé le vice jusqu’au bout. Messe Basse est en quelque sorte la consécration de tous les projets dans lesquels nous avons été tous les trois impliqués ces 27 dernières années… On parle beaucoup de Stevan et moi, mais il faut savoir que lui et Vincent (Bemer, batterie, ndlr) ont également évolué dans la même formation par le passé. Et ça nous fait vraiment du bien d’avoir Vincent à nos côtés. C’est un peu comme si la boucle était bouclée. Là, on sait avec qui on joue… Nous nous connaissons bien, et ainsi de suite. Aussi, si nous sommes trois, c’est tout simplement parce que ça facilite énormément les choses ! 

Messe Basse sortira via le tout nouveau label, Source Atone Records, en partie monté par Krys Fruit-denhez du groupe Demande à la Poussière. Il me semble que Messe Basse est la première sortie de ce label.  

Oui ! Krys est un ami de longue date, et Nature Morte et Demande à la Poussière ont souvent été amenés à partager la scène ensemble. D’ailleurs, nous étions ensemble le soir de mars 2020 où tout s’est arrêté. À l’époque, Krys nous avait déjà parlé de son projet de label… Donc, c’est tout naturellement qu’il nous a proposé de signer dessus. On le connaît tous pour son côté « déconneur », mais à côté, lui et Arno, son acolyte, sont des mecs sérieux et droits dans leurs bottes. D’ailleurs, ils nous avaient même rejoints au studio quand nous enregistrions à l’album. En tout cas, pour le moment, nous sommes très satisfaits du résultat, et nous leur souhaitons le meilleur pour la suite ! En tout cas, nous sommes ravis. C’est un nouveau label, on nous demande d’être les premiers à signer dessus. C’est vraiment un honneur ! 


Nature Morte, c’est : 

Chris Richard : Basse, chant

Vincent Bemer : Batterie 

Stevan Vasiljevic : Guitare 

Discographie : 

NM1 (2018)

Messe Basse (2021)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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