Souvenez-vous, il y a un an, jour pour jour, le noyau dur de Nervosa s’est fissuré. Fernanda Lira et Luana Demetto sont « out » et révèlent contre toute attente qu’elles travaillaient en parallèle sur un projet Death Metal, Crypta, auteur d’un premier opus, Echoes Of The Soul, attendu pour le 11 juin prochain via Napalm Records ! Une nouvelle ère pour les deux musiciennes que nous a présentée Fernanda Lira depuis sa crypte située quelque part dans Sao Paulo...

Propos de Fernanda Lira (chant, basse) recueillis par Thomas Deffrasnes 


Echoes Of The Soul paraîtra très prochainement sur Napalm Records. Comment tu te sens à la veille de sa sortie ?

Ça va être un vrai tournant. Quitter Nervosa a été sans doute la décision la plus douloureuse que j’ai eu à prendre. Lorsqu’avec Crypta, on a proposé notre premier titre « From The Ashes », nous avons eu d’excellents retours, et des critiques justes en tout point. Il y a quelques jours, notre morceau « Starvation » a été dévoilé, et il semblerait qu’il ait aussi ravi nos auditeurs et les curieux. Ces premières impressions sont en notre faveur ! Quand l’album va enfin sortir (souffle de soulagement), ça va être dingue ! Mais au-delà de cette excitation, je me dis aussi que ça y est : nous sommes sur notre nouveau chemin. Nos vies vont désormais être rythmées par Crypta. Je pense que le désir ardent qui succédera à la sortie de l’album, ça sera de repartir en tournée, et montrer ce qu’on a préparé dans l’ombre. 

On pourrait donc s’attendre à un album qui prend tout son sens en live… 

Nous avons un processus de composition très fluide, organique et presque spontané. Rien n’a été planifié. Nous avons laissé la musique venir à nous en quelques sortes (rires). La seule chose à laquelle je prête attention pour le live, c’est de placer le chant à des moments opportuns. Il ne faut que casser certains effets rythmiques par exemple, qui pourraient amener à headbanger. En revanche, il est vrai qu’une fois que nous avons écouté nos enregistrements avec les filles, il y avait des moments où l’on se regardait et disait « Oh ! Ce riff va être tellement lourd sur scène » (rires). Par exemple, sur la chanson « Kali », il y a un riff absolument intense, et je sais déjà qu’il va me faire courir sur scène ! Sur bien des titres, on se dit que ça va être terrible en live ! 

L’album s’autorise aussi d’expérimenter et d’explorer certains horizons. Quitter Nervosa t’a-t-il ouvert ses nouvelles perspectives musicales ? 

Les relations se sont vraiment dégradées dans Nervosa. Nous avions besoin de quelque chose de frais, avec un éventail de composition de plus grande envergure. Effectivement, aussi difficile soit-il, quitter Nervosaa été la réponse au problème. Dans Crypta, nous avons toutes nos influences, mais notre dénominateur commun, c’est le Death Metal. Je pense qu’on a toutes essayé de ponctuer les compositions avec notre A.D.N. musical, ce qui a sans aucun doute contribué à rendre les titres bien plus agressifs d’une part, parfois « groovy ». Sonia a vraiment apporté le coté épique et mélodique, contrasté par le style suédois « old-school » du jeu de Luana. C’est un melting-pot d’influences, mais le résultat est là. On nous a fait remarquer aussi certaines teintes Black Metal dans nos compositions. J’ai écouté trop peu pour dire que c’est un parti-pris. En revanche, cela rejoint ce que l’on disait avant. C’est une écriture spontanée et qui émane de notre ressenti. 

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« Quitter Nervosa a été sans doute la décision la plus douloureuse que j’ai eu à prendre »

Quel est le propos de l’album ? Présente-le nous. 

Crypta répond à trois critères que nous avions établis : un mot qui rappelle la mort, qui se retient facilement, mais prononçait en portugais. Et ce nom a été trouvé par Luana ! Nous visitions une crypte en République Tchèque, et comme une évidence elle m’a dit « Crypta ! Ça sonne bien non ? ». C’est très Death Metal comme nom ! De là, on s’est dit que l’atmosphère d’une crypte devait être mise en exergue. J’ai alors essayé de créer une sorte de communion entre les titres. Mais aussi de créer une seconde lecture, où la mort n’est qu’un prisme, une métaphore qui souligne une philosophie très personnelle. « Starvation » et « Blood Stained Heritage » sont des chansons contestataires par exemple ! Cela justifie donc le nom Echoes Of The Soul, puisque les textes font écho à mon âme, à ma vision du monde, à mon mode de vie… 

Vous êtes deux ex-Nervosa dans le groupe, et tu sembles aujourd’hui mener la barque de Crypta. Mais comment Luana prend-elle part aux initiatives de ce nouveau projet ? 

L’idée initiale de créer un autre groupe vient de Luana. Nous étions encore dans les rangs de Nervosa lorsque Crypta est né. Comme tu l’as compris, les relations se sont dégradées. Et Luana a avoué vouloir créer un projet purement Death metal, dans lequel elle souhaitait m’intégrer. Nous deux pensions à ce moment qu’avoir un nouvel environnement musical nous aurait aidées à retrouver un équilibre avec Nervosa. La situation était vraiment compliquée ! Quitter Nervosa était la bonne solution. Luana a ensuite trouvé le nom du groupe. Et en conséquence elle a vite commencé à écrire des parties de batterie intéressantes. L’une des chansons est basée sur un de ses cauchemars. C’est notre projet à toutes les deux, il n’y a aucun doute. 

Par ailleurs, comment as-tu rencontré Sonia et Tainá, et pourquoi les avoir intégrées à Crypta ? 

Lorsqu’on a créé Crypta, Luana et moi savions que nous avions besoin de deux guitaristes. C’est un parti-pris musical. Mais qui prendre ? La réponse était unanime pour nous : Sonia ! Nous la suivions depuis un moment, et nous sommes fans de son jeu. J’aime aussi sa présence sur scène, et sa technicité sur l’instrument. Heureusement, elle était disponible et a très vite était charmée par l’idée du groupe. 

Au sujet de Tainá, c’est on ne peut plus drôle ! Nous n’avions jamais eu vent de son existence. (rires) Mais lorsque nous avons quitté Nervosa, elle m’a envoyé un message en y allant au culot : « Je sais que vous préparez un nouveau projet, j’ignore si vous avez besoin d’une guitariste, mais j’aimerais être de la partie ». C’était étrange et très inattendu ! Puis elle m’a envoyé une vidéo d’elle jouant « Crystal Mountain » de Death. J’ai compris instantanément qu’elle était la bonne ! Nous avons discuté pour cerner aussi son personnage, et finalement, c’était vraiment le genre de personne que nous souhaitions pour Crypta. Ainsi, le line-up a vu le jour ! 

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« Les textes (d’Echoes Of The Soul) font écho à mon âme, à ma vision du monde, à mon mode de vie ». 

Avant, le line-up était exclusivement brésilien. Désormais, vous êtes un mélange de nationalités et de cultures. Sonia étant hollandaise…

Effectivement ! Nous sommes aux antipodes en tout point. Le Brésil et la Hollande ont très peu en commun, mais c’est là que réside la force. Lorsqu’elles est arrivée ici à Sao Paulo, Sonia a appris un peu de Portugais, se sont imprégné de la culture brésilienne. C’était la rencontre de deux mondes. (rires) En pratique, cela simplifie aussi bien des choses. On doit gérer notre boutique Internet, et Sonia est beaucoup plus à l’aise que nous pour gérer le store européen par exemple. Il y a beaucoup de bénéfices à tirer de nos différences. 

Vous vous êtes donc rencontrées à Sao Paulo, et vous avez cohabité au Family Mob Studio, dans un contexte assez inédit. Raconte-nous cette cohabitation ! 

Nous avons loué une maison à 15 mètres du studio. Autant de dire qu’on se lever seulement un quart d’heure avant les enregistrements. (rires) C’est un choix, car en raison de la pandémie, nous devions éviter de prendre les transports en commun, de trop s’exposer au monde extérieur. Nous avons donc vécu recluses ensemble durant cinq semaines. C’était une expérience intense, mais c’était une immersion importante. D’une part, on se découvre, mais c’est aussi comme simuler une tournée. Car quand tu fais une tournée, c’est vraiment important de prendre en compte la routine de chacun, mais aussi d’être patient et attentif les uns envers les autres. Nous avons toutes les quatre très bien cohabitée, et on s’est aussi bien amusées malgré tout. Nous nous sentons désormais connectés, comme une petite famille. 

As-tu déjà commencé à penser à la suite de Crypta ? 

Je vis au jour le jour. Je souhaite le meilleur pour ce groupe. Nous travaillons si dur et nous avons utilisé notre expérience acquise au cours du temps pour que ce projet aboutisse à quelque chose de terrible. Nous faisons tout pour que ça se déroule à merveille. Mais ce n’est pas nous qui donnons la sentence, c’est le public ! Donc, ça dépendra de la réception de l’album. Mais ce que j’attends le plus c’est de tourner. Nous avons commencé à « booker » des dates en Europe… Je ne veux pas créer des attentes impossibles, donc je vis la chose comme elle vient. Mais j’ai un bon pressentiment. (rires)

En toute fin d’interview, j’aimerais qu’on revienne brièvement sur ta carrière et que tu nous racontes comment tu es devenu la Fernanda Lira de Crypta ! 

Tout a commencé avec Kiss ! J’avais sept ans. Mon père est un metalhead, donc j’ai grandi dans cet environnement musical. Je me souviens que je lui disais : « J’aime tel et tel groupe », et il revenait quelques jours après avec des cassettes. C’est comme ça que je suis passé d’Iron Maiden à Accept, puis de Suicidal Tendencies à Warlock, et ainsi de suite. Il y en avait pour tout le monde ! Pour te dire, j’écoutais même les Spice Girls. (rires). Mais au fur et à mesure que j’ai grandi, j’ai forgé mon amour du metal à travers des groupes comme Helloween, King Diamond,… Et à seize ans, j’ai rejoint un premier groupe. Concurremment, j’ai découvert Nuclear Assault et j’ai compris que ce que je voulais jouer, c’était du Thrash Metal. Ça a changé ma vie, car je voulais vivre de la musique. Être sur scène et communiquer l’énergie du Thrash. Puis Nervosa est arrivé dans ma vie. Durant dix ans, j’ai réalisé ce rêve, mais je me suis aussi pris d’amour pour le Death Metal. Et voilà que Crypta est né. 


Crypta, c’est : 

Fernanda Lira : Chant, Basse

Sonia Anubis : Guitare 

Tainá Bergamaschi : Guitare 

Luana Dametto : Batterie 

Discographie : 

Echoes Of The Soul (2021)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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