Formé en 2008, Përl mène sa barque tranquillement en multipliant, à son rythme, concerts et sorties d’album. En 2021, la formation francilienne nous revient avec Les Maîtres Du Silence, un album poétique, mêlant différentes formes d’introspection, sur fond de musique mélancolique. À l’occasion de sa parution en mai dernier, nous avons rencontré Thibault Delafosse, le batteur de la formation !

Propos de Thibault Delafosse (batterie, percussions) recueillis par Axl Meu


Përl nous revient avec un troisième album : c’est Les Maîtres du Silence, un opus sensiblement différent par rapport à Luminance ! Avant de rentrer dans le vif du sujet, est-ce que tu peux revenir sur le parcours du groupe ? 

C’est vrai, tu as raison. On a pas mal évolué « niveau » style. J’ai lancé ce groupe avec Bastien (Venzac, basse, NDLR) en 2008, et il nous fallait une chanteuse. Suite à une annonce, nous avons donc trouvé Aline qui, au départ, s’était proposée pour assurer la guitare. Mais elle s’est mise à chanter dans la foulée ! Au début, on voulait évoluer dans un style plutôt « guitare / voix », tout en laissant les membres apporter leurs petites touches personnelles. Puis, au fur et à mesure, nous avons fait évoluer la chose et proposé quelque chose de plus progressif avec Rave, un album assez Rock finalement. Par la suite, avec Luminance, on est revenus sur quelque chose de plus Black Metal sur certains passages, plus « Indie Rock » sur d’autres. On a pas mal varié niveau « genre » dans notre discographie. 

Cette évolution du style s’est-elle faite de manière naturelle ? Comment composez-vous au sein du groupe ? 

Ça dépend vraiment des membres du groupe. On s’adore, mais quand il s’agit de composer, on marche beaucoup par désaccord. Et à la fin, pour qu’une chanson plaise à tout le monde, on a dû faire pas mal de compromis. Finalement, on en est arrivés à faire du Shoegaze, une musique très ambiante. Au sein du groupe, nous sommes tous fans de groupes de Prog comme Pain Of Salvation. À titre personnel, j’adore Pink Floyd, et je pense que l’évolution vers le Blackgaze a été menée naturellement. Après, Aline et Bastien sont eux aussi très fans de la scène Post-Rock avec des artistes comme Mogwaï, Explosions In The Sky. Personnellement, j’aime beaucoup Alcest. Donc, oui, l’évolution a dû se faire naturellement, même si nous nous posons tout un tas de questions : « Doit-on aller là ou pas ? ». On essaie toujours de travailler sur notre personnalité sans pour autant appliquer des recettes préconçues. 

Justement, étant donné que vous fonctionnez beaucoup par désaccords. Est-ce que le choix du titre de l’album, Les Maîtres Du Silence, a fait l’unanimité ? 

Là, oui, pour le coup, on s’est tous dit : « Trop cool ! ». On était tous partants. Je pense que c’est son côté énigmatique qui a fait l’unanimité. En fait, ce titre peut faire penser à beaucoup de choses et laisser imaginer les thématiques qui seront abordées. Le seul débat qu’il y a eu, c’était au sujet de l’accent circonflexe, savoir si on devait ou pas en mettre un sur « maîtres ». 

Beaucoup de mélancolie se dégage de votre musique. Toi, en tant que batteur, comment es-tu parvenu à l’installer ? 

Je vais te faire une petite révélation. Quand on a composé le gros des morceaux, je n’étais pas du tout à fond dans le Metal. J’écoutais surtout l’album La Fête Est Finie d’Orelsan. Et très sincèrement, je me suis beaucoup retrouvé dans cet album, tout comme dans celui d’Angèle, Brol… Et forcément, ce style de musique m’a encouragé à renouveler ma manière de concevoir la batterie. Pour le morceau « Monarques », j’avais envie de créer cette piste de batterie hypnotique, une batterie qui ne soit pas « Metal-compatible » en quelque sorte. Mais finalement, à l’arrivée, je me suis rendu compte que j’avais quand même tapé très fort sur les toms de batterie. À défaut de jouer vite, je peux me permettre de taper plus fort !

« On a quitté notre propre mélancolie pour aller vers celle des autres« 

Quelles sont les thématiques abordées sur l’album ? Je dois avouer que j’ai adoré la fibre poétique qui se dégage des textes. 

Oui, complètement. C’est Aline qui écrit tous les textes. Et effectivement, tu l’as bien cernée. Elle adore la poésie, des textes de René Char. C’est vrai qu’aujourd’hui, quand on analyse bien ce qu’elle écrit, on est plus dans de la chanson poétique, plus que dans du poème pur et dur. Aujourd’hui, je trouve qu’il y a une dimension plus musicale dans sa manière d’écrire les paroles. 

Les textes du groupe ont toujours été très personnels. Là, je dirais qu’on a quitté notre propre mélancolie pour aller vers celle des autres. Pour Les Maîtres Du Silence, je dirais que la thématique est plus centrée autour de l’Homme et de son environnement, de l’écologie également. La question que nous nous sommes posés était la suivante : « Quelle est la place de l’être sauvage qui sommeille en nous ? » 

Pour l’enregistrement de l’album, vous avez été accompagnés d’Etienne Sarthou (Delivrance, Freitot, ex-AqME)… Qu’a-t-il concrètement apporté à l’album ? 

Aujourd’hui, Etienne tient son propre studio d’enregistrement, le HEMLIG Studio où Il enregistre et produit des groupes. Donc, pour nous, il a apporté sa vision des choses par rapport aux arrangements et parfois des idées de production pures et dues. Ça crée des débats. Il nous est arrivé de ne pas être d’accord avec lui, mais les échanges étaient vraiment intéressants ! Aussi, Etienne, c’est le genre de gars qui t’apporte facilement des « tips » pour t’aider à finir un album. Il a vraiment l’oreille pour repérer les choses qui ne vont pas coller ensemble. 

Quelques mots sur le clip « Je parle au Sauvage » ? 

C’est une chanson qui parle de l’être sauvage qui sommeille en nous. En écrivant ce morceau, on a essayé de le libérer pour le reconnecter aux éléments naturels de notre environnement. On a décidé d’en faire un clip, car c’est le premier morceau de Përl composé d’un vrai refrain. Et pour le mettre en images, nous avons fait appel à Anaïs Novembre avec qui nous avions déjà travaillé pour le clip de « Séléné ». On avait adoré son travail donc, tout naturellement, nous avons décidé de faire à nouveau appel à elle. Ce clip mélange prise de vue et performance assurée par Ysambre, une artiste plasticienne qui travaille énormément sur la notion d’être naturel à l’état animal. Et il se trouve qu’elle incarnait vraiment ce que nous voulions véhiculer par le biais de ce morceau. 

Désormais, c’est quoi la suite ? Vous allez attendre le grand retour des concerts, mais en attendant, qu’allez-vous faire ?

Oui, comme tout le monde, on attend à fond le retour des concerts. Ça nous manque énormément ! Donc, en attendant, on travaille énormément sur la promotion de Les Maîtres du Silence. D’ailleurs, on devrait sortir deux vidéos que l’on a tournées à l’Empreinte de Savigny-Le-Tempe… À côté, on va continuer à communiquer, à répondre aux interviews, mais malheureusement, pour le moment, nous ne pouvons pas faire autre chose. On aimerait tous être vaccinés pour être tranquilles, mais on est un peu bloqués.  

Je te laisse le mot de la fin !

Un petit mot au sujet de la pochette ? Elle a été réalisée par Raphaël Monvoisin. C’est une œuvre d’art que on a tous tout de suite adorée dans le groupe. En tout cas, merci beaucoup pour cette interview. J’espère que l’album plaira au plus grand nombre, la sortie d’un album, c’est toujours un peu stressant ! 


Përl, c’est : 

Aline Boussaroque : Chant/guitare/machines/textes

Bastien Venzac : Basse

Thibault Delafosse : batterie, percussions

Discographie : 

R(a)ve (2013)

Luminance (2017)

Les Maîtres Du Silence (2021)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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