Peut être une image de feu et texte qui dit ’Arseis Melz Venist Li Brullin Melz Venist Li Brullin ARSEIS'S FIRST ALBUM TO BE RELEASED ON OCTOBER IST 2020, ON BLACK DEATH PRODUCTION bc H’

Pour ceux qui ne seraient pas encore au courant, Arseis, c’est le nouveau blase des ex-Lappalaïnen, formation bien connue des Hauts-de-France. Nous les avions interviewés en fin d’année 2020 histoire d’en savoir un peu plus à leur sujet, eux qui sont auteurs d’un premier opus, Melz Venist Li Brullin, paru le 1er octobre dernier via Black Death Production. Maintenant que ces médiévistes en herbe peuvent reprendre les hostilités (et ce sera le vendredi 9 juillet prochain au Fils d’Odin, à Millam, en compagnie de Bomber et Fire Wheel), nous avons décidé (et mieux vaut tard que jamais) vous mettre par écrit tout ce qui s’était dit en septembre dernier…

Propos du groupe recueillis par Thomas Deffrasnes 


Comment la transition de Lappalainen à Arseis s’est-elle amorcée ? 

Lappalaïnen a été actif pendant sept ans, nous avons sorti un EP et un album et, surtout, nous avons donné beaucoup de concerts. Bien que nous commencions à faire de plus en plus de dates sur de belles scènes, nous avions l’impression d’être arrivés en bout de cycle avec ce projet. Les derniers morceaux aux tonalités plus Black joués en live avec Lappalaïnen indiquaient déjà un changement de cap. Nous voulions concrétiser cela en allant au-delà d’un simple renouvellement musical, alors nous avons décidé d’un commun accord de former un nouveau groupe. Pour vous donner une idée de la chronologie : lors du dernier concert de Lappalaïnen au Cernunnos Pagan Fest en 2018, nous avions déjà annoncé en interview notre intention de lancer un autre projet dans les mois à venir. Il a finalement fallu attendre plusieurs années pour que ces quelques idées se concrétisent et qu’Arseis voie le jour. Le projet est résolument nouveau : nous avons accueilli Teddy à la guitare lead, Flo chante en français, et Victor joue de la vielle à manche. 

En quoi l’approche musicale d’Arseis est-elle différente à celle de Lappalainen ? 

C’est surtout la cohérence entre ces différents éléments qui tranche avec notre ancien projet. Nous souhaitons qu’une atmosphère inspirée du Moyen Âge se dégage des compositions, des paroles et de l’identité visuelle du groupe. L’idée n’est pas d’évoquer avec exactitude le Moyen Âge, mais plutôt de développer des thématiques autour des représentations, souvent sombres et arriérées, que nous avons de cette époque. Nous nous sommes appuyés sur quelques textes majeurs de l’époque qui ont largement contribué à nous faire aimer cette période, comme Yseut et Leproserie, qui est basé sur la version inachevée du célèbre mythe de Tristan et Yseut dans sa première version, écrite par Thomas d’Angleterre au milieu du XIIe. Nous souhaitons donc proposer un projet musical avec un univers plus construit, cela passe notamment par un soin apporté à l’enregistrement des compositions en studio, afin d’obtenir quelque chose d’immersif qui soit plus qu’une version proprement enregistrée d’un live. 

Fin 2020, Arseis a sort son premier album : Melz Venist Li Brullin. Que devons-nous comprendre derrière ce patronyme ? 

En français contemporain cela donnerait « L’immolation est préférable ». En fait, quand nous avons tracé les grandes lignes du projet, il nous a fallu passer par la (très) difficile étape du choix du nom. Nous avons choisi le mot « Arseis » qui veut dire « feu de village » ou plus simplement; comme dans la plupart des dialectes de l’époque, « incendie » en ancien français . Le choix du titre en dit long sur la volonté du groupe, au-delà de la partie musicale, d’explorer cet univers médiéval à la fois connu de loin mais surtout fantasmé. On a tous lu des histoires qui en parlent plus ou moins bien, mais quid de ce qu’on pouvait ressentir à cette époque, de ce qu’on pouvait vivre réellement ? Ainsi, le choix d’un feu de village pour représenter les fantasmes moyenâgeux, qu’on véhicule malgré tout, nous encrent dans le réel plutôt que dans la chevalerie, les dragons et les peaux de bêtes. 

Par ailleurs, les noms des morceaux semblent être écrits en ancien français. Pourquoi ? 

Initialement, nous voulions tenter d’écrire l’ensemble des textes en ancien français, mais cela s’est révélé être trop compliqué, voire même totalement impossible même pour des initiés ; le vocabulaire variant beaucoup localement et la langue ayant évoluée très vite au cours des siècles, il n’existe aucun dictionnaire qui traduise le français vers l’ancien français. En fait, quand on dit « ancien français », sans vouloir faire un cours d’histoire, c’est un abus de langage qui sert à aller vite et à se comprendre. Mais l’ancien français est en fait une somme de dialectes recensés à un instant T, sans que l’on puisse saisir chacun dans sa totalité. L’écriture se fait donc en français contemporain – à l’exception de certains passages qui sont directement tirés de textes en ancien français, et de certains titres recomposés dans une langue la plus proche possible » – et s’inspire fortement de textes médiévaux, dans leurs thématiques, leurs formulations et leur vocabulaire. Les paroles sont donc incluses dans le processus créatif – elles apparaissent d’ailleurs dans le livret du digipack – et l’on espère que les titres des morceaux prépareront à l’écoute de l’album et pourront intéresser aux textes dont ils sont largement inspirés. 

Peut être une image de 6 personnes, personnes debout et intérieur

« Nous nous sommes appuyés sur quelques textes majeurs de l’époque qui ont largement contribué à nous faire aimer cette période, comme Yseut et Leproserie »

Comment les textes mettent-ils en relief la noirceur de cette époque ? 

Les textes de l’album évoquent chacun un aspect de cette époque que l’on a déjà imaginée mille fois. Chez nous, on pourrait dire qu’elle montre le sordide dans la banalité du quotidien ; le morceau « Sorceresce Haguenau » parle ainsi d’une avorteuse dans un petit village d’Alsace, Haguenau, qui abritait une « sorcière » notoire au point d’apparaitre dans le Malleus Maleficarum, célèbre traité du 15ème qui met en place une méthode de chasse et d’exécution systématiques des suspects. « Enz les Murs, la Recluse », quant à lui, aborde la ferveur religieuse du point de vue d’une femme qui choisit de se faire emmurer pour vivre en recluse, et se rapprocher de dieu loin des péchés du monde. C’est une pratique répertoriée dans de nombreux textes, également chez les femmes, mais il n’est jamais question de ce qu’elles ont ressenti une fois la dernière pierre posée et le silence total tombé ! C’est donc là que nous allons, vers l’humain du moyen-âge, avec un tropisme vers ce qu’il a de plus sordide et de réel, aux limites de l’absurde. 

D’ailleurs, peut-on parler d’album concept ? 

Les morceaux s’inscrivent dans le même univers, mais ils ne sont pas reliés entre eux par un fil narratif ou des personnages récurrents. Nous n’avons pas eu l’intention de créer un album qui se distinguerait radicalement de ce que l’on fera ensuite ; c’est le tout premier alors, pour l’instant, nous explorons cette thématique médiévale et nous verrons ce qu’il en ressortira. Il n’est pas impossible que nous sortions de cette époque pour explorer ce qu’il se passe avant ou après. On pourrait tout à fait imaginer un album autour de la Renaissance, ce qui est déjà le cas avec « Sorceresce », au passage, puisque le Marteau des Sorcières est du  XVème siècle. Voire encore explorer l’antiquité, ou du monde Aztèque antique. L’avantage du Black Metal, c’est qu’il peut aller fouiller dans la noirceur de chaque époque pour le mystifier et en dégager une espèce d’essence qui aide à la compréhension. Si ce n’est pas vraiment un album concept a proprement parlé, disons qu’il tente d’extraire les mêmes sensations d’évènements différents, à une époque donnée et ce qu’on y rattache, la chasse aux sorcières, les ordalies, les charges de cavalerie, et ainsi de suite. 

Vous offrez une pochette très froide et médiévale. Que traduit-elle ? 

L’illustration sur la pochette de l’album fait autant référence au nom du groupe qu’à celui de l’album et présente un Moyen Âge plutôt dramatique et désespéré au point de considérer que « l’immolation est préférable ». Nous souhaitions avoir un dessin réalisé à la main et nous connaissions déjà le travail de Brian, qui est un ami de longue date du groupe. Après avoir écouté nos idées et un premix de l’album, il a réalisé la pochette de l’album qui représente un feu de village d’un manière particulière, c’est- à-dire en vue de loin, et dans des teintes uniquement en noir et blanc. Également, le choix de représenter un feu sans couleur et en surplomb de la scène nous a paru opportun, du fait que cela se rapproche du style de musique qu’on propose, et du point de vue narratif adopté dans les paroles. 

Le travail sur les mélodies est évident. Vous semblez vouloir créer des riffs accrocheurs, qui se retiennent… 

Même si ce n’est pas un but en soi, les morceaux d’Arseis sont plutôt longs, avec une structure non conventionnelle, ce qui ne nous empêche pas de revenir régulièrement sur des parties accrocheuses et efficaces. Nous cherchons aussi à laisser la parole aux différents instruments, notamment dans les passages plus calmes qui sont parfois en son clair. Du reste nous pouvons varier les ambiances grâce aux différents types de chants que Flo peut proposer, ce qui nous amène à composer ce que la critique a jusqu’ici souvent qualifié de mélange Death / Black metal. A l’avenir nous aimerions intégrer des chœurs sur certains refrains, c’est quelque chose que nous allons travailler en répétition pour le prochain album. 

Vous avez composé avec des instruments atypiques, comme la vielle à manche…

Victor centralise le processus de composition seul pour ce qui est du squelette de chaque morceau. On peut dire que l’identité musicale du groupe lui appartient largement. Dans un second temps, dans une phase de macération des compos et de travail en répétition, chacun vient ajouter sa touche ou son style de jeu. La majorité des parties de batteries sont ainsi refaites par Rob, les solos peuvent être partiellement ou entièrement réécrit, les lignes de basses se composent sur les nouvelles batteries, etc… Les morceaux sont dans l’ensemble assez vite maquettés et on les modifie à la large au fil des répétitions avant les prises de l’album.


Arseis, c’est :

Thomas Lefebvre : Basse

Julien Crabe : Guitare

Victor Vndl : Vielle à manche

Flo Butcher : Chant

Robin : Batterie

Teddy : Guitare

Discographie :

Melz Venist Li Brullin (2020)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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