En novembre 2020, le trio Néfastes voit le jour sous la houlette de Liem N’Guyen, vite rejoint par ses ex-comparses de Benighted, Julien Truchan (chant) et Olivier Gabriel (basse). Vite, en a résulté un Black Metal radical, haineux et sans concession… Rencontre avec Liem et Julien pour évoquer Scumanity, ce premier album qui s’est déjà imposé comme un incontournable.

Propos de Liem N’Guyen (guitare) et Julien Truchant (chant) recueillis par Fred. 


Liem, d’où t’es venu l’idée de cette réunion musicale autour du Black et comment Néfastes est-il né ?

Liem : le Black Metal a toujours été une source d’inspiration pour nous, on a tous grandi en écoutant DissectionDark FuneralMardukSatyricon, Dimmu BorgirNéfastes est né suite au décès de Fred, le premier batteur de Benighted. En rentrant de son enterrement, j’avais besoin d’évacuer toute cette colère et cette tristesse, et j’ai composé « Ashes Return ». Rien de mieux que le Black Metal pour extérioriser ses sentiments. Puis j’ai demandé à Julien s’il voulait poser des voix pour le fun et il a été partant. J’ai aussi proposé à Olivier de faire la basse, sans hésitation, il a accepté. Néfastes était né…

Comment s’est articulée la phase de composition ?

L’album a été composé rapidement, pendant le premier confinement, une période hyper frustrante pendant laquelle il a fallu s’adapter en tant que musicien. Ce manque de liberté m’a beaucoup inspiré. Je composais les morceaux et j’envoyais aux autres pour valider les structures. On se connait tellement bien que la mayonnaise a pris tout de suite.

T’exprimer artistiquement au travers du Black Metal a-t-il été une évidence pour toi ? Comment en es-tu venu à concevoir un album d’une telle intensité ?

Le Black Metal est une musique avec laquelle il est facile d’exprimer ce que tu ressens, il faut s’imprégner de la musique et laisser libre court à son imagination. Durant la composition, je faisais tourner en boucle certains riffs dans mon casque pour m’en imprégner au maximum, puis les faire évoluer. Cela en était arrivé à un point que j’étais à la limite de l’autisme. La COVID-19 et ce confinement ont été parfaits pour ça… L’album s’est fait très vite, c’est peut-être pour ça qu’il est aussi intense. Le chant de Julien y est pour beaucoup aussi. On a fait les prises voix en une soirée, presque tout en « one-shot ». Je n’ai presque rien supprimé lors du mix’, on a voulu garder tout ce côté instinctif. Julien a fait un énorme boulot.

L’idée était de réaliser un album complet ou pensiez-vous vous contenter de titres en mode « confidentiel » ?

En fait, à la base, c’était plus un projet qui devait rester en interne : refaire de la musique tous les trois et la partager avec nos potes proches. À un moment, on a tout de même décidé de poster notre premier titre sur le net et on a vraiment été surpris par les retours positifs. Rapidement, plusieurs labels nous ont contactés dont Source Atone Records avec qui on a signé. En fait, on s’est pris au jeu, de deux ou trois morceaux, on est vite passé à cinq et on s’est dit : « Pourquoi pas sortir un album ? »

« Contrairement à Benighted où je parle de psychiatrie et de symptômes de patients, dans Néfastes, je n’ai rien analysé, je me suis contenté de vomir les phrases les plus abjectes qui me viennent à l’esprit »

Difficile de trouver cet équilibre entre feeling « old school » et ce rendu percutant et défini ?

Depuis mon départ de Benighted, j’ai toujours continué à composer et je me suis monté un home studio, j’ai pas mal passé de temps à trouver le son que je voulais. On ne voulait pas se prendre la tête avec Néfastes et aller je ne sais où pour enregistrer, donc le mieux était de le faire à la maison… On voulait un son percutant mais pas forcément moderne, plus dans l’esprit des vieux Dark Funeral. On a enregistré avec mon matériel et masterisé au Convulsound studio. On est contents du résultat pour du « Do It Yourself ».

Julien, sur Scumanity, tu t’exprimes au travers du français et de l’anglais, pourquoi cette alternance ? 

Julien : J’ai toujours beaucoup aimé chanter en français et les sonorités vocales sont légèrement différentes ! Ça enrichit les paroles et, en plus, je sais que beaucoup de Français apprécient de pouvoir entendre des morceaux en français, ce qui est plutôt rare en Death Metal. Écrire en français est plus difficile qu’en anglais, nous sommes très durs avec notre propre langue et si on traduisait mot à mot la plupart des chansons qu’on connait en anglais, elles sonneraient vraiment stupides. C’est un exercice que j’adore, car il faut trouver un vocabulaire percutant, des images fortes, et je peux utiliser des métaphores encore plus riches que je ne le peux en anglais. Même si souvent, il faudra les paroles sous les yeux pour comprendre ! (Rires) Et l’agressivité de mes vocaux est légèrement différente car je vis plus chaque mot quand je chante en français.

Tu sembles, d’ailleurs, t’être lâché au niveau des textes, exhumant beaucoup de frustration et de colère. Quels thèmes abordes-tu sur Scumanity ?

Exactement, contrairement à Benighted où je parle de psychiatrie et de symptômes de patients, dans Néfastes, je n’ai rien analysé, je me suis contenté de vomir les phrases les plus abjectes qui me viennent à l’esprit dès que quelque chose me met en colère ! Par exemple, la négativité omniprésente engendrée par les réseaux sociaux qui réveillent tout ce qu’on a de pervers, narcissique et psychopathe… On pense avoir raison sur tout, on veut l’imposer à l’autre et on a zéro capacité de remise en question, parce que comme tout le monde voit ce qu’on met, on ne veut pas passer pour un con et perdre la face… Dans les titres « Fuck With The Bull, You Get The Horn » et « Supplice », je parle de la vie d’un « rageux » cyber-moralisateur qui développe une intolérance massive envers tous ceux qui ne pensent pas comme lui, il s’isole petit à petit de tous ceux pour qui il comptait… Finissant seul, il décide d’aller vivre dans la nature parce que les réponses à son bonheur ne peuvent être que là. Il finit par déprimer de solitude et se pendre. Et son corps aura tout le temps de se décrocher, se décomposer et retourner à la terre, car personne ne le cherche, car c’était juste un sombre connard frustré ! (Rires) 

Quel est l’avenir pour Néfastes, des concerts… Y a-t-il un autre album en prévision ?

Liem : Néfastes était un projet qui, au départ, devait rester dans notre cercle de potes. Finalement, il y a un album qui sort sur un label et de super retours de partout. Rien n’est calculé. Dès le départ et compte-tenu de nos emplois du temps, on s’est dit qu’il n’y aurait jamais de live et que ce projet resterait un projet studio. Cela dit, je continue à composer avec Julien et Olivier. L’avenir nous le dira.


Néfastes, c’est : 

Olivier Gabriel : Basse 

Liem N’Guyen : Guitare 

Julien Truchan : Chant 

Discographie : 

Scumanity (2021)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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