C’est avec une joie non dissimulée que nous vous partageons l’interview de Deafheaven organisée dans le cadre de la sortie de son nouvel album, Infinite Granite attendu pour ce vendredi via Sargent House. C’est un opus particulièrement symbolique, parce que, en plus d’être le fruit une nouvelle expérimentation musicale, l’opus réaffirme le spectre sonore du groupe, désormais plus « shoegaze » que jamais ! C’est du moins ce que nous a affirmé George Clarke, chanteur et leader du groupe. 

Propos de George Clarke (chant) recueillis par Axl Meu


Salut George ! Deafheaven revient enfin avec son nouvel album, Infinite Granite. Avant d’y revenir plus amplement, j’aimerais évoquer l’album « live », Ten Years Gone, que vous aviez fait paraître l’année dernière. Peux-tu nous rappeler la raison pour laquelle le groupe a sorti cet album « live » ?

En fait, au départ, le groupe devait partir en tournée pour célébrer ses dix ans d’existence. Malheureusement, la pandémie est arrivée, tout s’est arrêté, et notre tournée a été annulée. Du coup, il nous a fallu revoir nos plans, et surtout, penser à un bon moyen de rattraper les pertes engendrées par cette tournée. Du coup, nous avons décidé d’aller en studio pour y enregistrer « live » le set que nous avions préparé pour cette fameuse tournée. C’était cool tout de même. Ce repos forcé nous a permis de travailler sereinement sur ce qui est par la suite devenu Infinite Granite

Je dois vous avouer que j’ai été agréablement surpris par les sonorités de cet album. Deafheaven se range désormais plus du côté « shoegaze » que du côté « blackgaze ». Il n’y a presque aucune trace de chant crié sur ce nouvel album, mis à part sur le tout dernier morceau, « Mombasa ». Comment avez-vous pensé ce nouvel opus ? 

En fait, quand on s’est rassemblé pour écrire les morceaux de ce nouvel album, on s’est vite rendu compte qu’ils ne prenaient pas la même direction que ceux de Ordinary Corrupt Human Love. C’était vraiment une autre « vibe », raison pour laquelle nous avons opté pour des vocalises beaucoup plus traditionnelles, encore plus mélodiques en quelque sorte. Tout cela résulte d’une volonté d’aller plus loin ! 

En tant que chanteur, as-tu changé quelque chose dans ta manière de chanter ? 

Oui, vraiment. Nous avons eu une approche différente du chant. On s’est posé tout un tas de questions, comme celle de savoir s’il était judicieux ou non de placer des refrains ici et là. Ça a pris plus de temps, c’est vrai, mais ça en a valu la peine. C’était assez « fun » de développer ces morceaux ainsi. 

Comment expliques-tu le fait que Deafheaven a pris cette décision de sonner ainsi ? Y a-t-il un événement particulier qui a fait que cette nouvelle direction était une évidence pour vous ? 

Pas forcément. Je veux dire, Infinite Granite représente ce que nous étions au moment-même où nous le composions. Il représente nos goûts, nos écoutes… Il y aura toujours une place pour les sonorités « agressives » dans nos chansons, mais disons que cette fois-ci, nous avons décidé de développer davantage un autre côté plus « calme » de notre personnalité. Nous étions déjà très mélodiques par le passé, mais je ne pense pas que nous avions suffisamment insisté sur cette facette de notre personnalité, cette facette plus « psychédélique », plus « mélodique », oui. 

Cependant, penses-tu qu’Infinite Granite puisse faire officie d’une bonne « introduction » à l’univers de Deafheaven ? 

Je trouverais ça intéressant de commencer par ce nouvel album, oui. Il fait vraiment le pont entre l’ancien catalogue du groupe et ce qui est à venir. Ça serait une bonne expérience pour l’auditeur de commencer par celui-ci, puis de revenir progressivement aux autres albums du groupe. Il pourrait alors suivre l’évolution du groupe. 

« Plus Deafheaven sera amené à développer son identité sonores, plus nous serons à l’aise au sein du groupe »

La musique de Deafheaven a toujours été sensible, très personnelle, très mélancolique…

Oui, oui. Infinite Ground est un album très honnête. Il contient des morceaux très introspectifs comme « Great Mass of Color », « Villain » et « Mombasa ». Je voulais que ces morceaux mettent en avant une certaine sensibilité… Ça se ressent énormément dans l’approche des guitares, des voix… Infinite Granite est vraiment le fruit d’une introspection, sur notre passé, notre famille, notre rédemption… 

« Mombasa » est un morceau fort, parfait pour conclure l’album ! Il est scindé en deux parties distinctes… À la fin, on y retrouve même les parties de chant criés. Comment as-tu travaillé sur ce morceau ? 

J’adore ce morceau ! Je dirais qu’il est parvenu à capturer l’essence du groupe toutes périodes confondues. Pour ce qui est de la deuxième partie à laquelle tu fais allusion, nous ne voulions pas simplement apposer une section puissante juste pour apposer une section puissante. Là, pour « Mombasa », ça faisait sens. On avait cette mid-section et le seul moyen de continuer la chanson était de composer cette section de « blast-beat ». La chanson ici commence calmement pour finir sur une explosion de blast-beast. Finalement, ça l’a fait, car en plus de créer du sens, ça a mis un terme à l’album de la meilleure des façons ! 

Qu’en est-il des thématiques abordées sur l’album ? 

C’est intéressant… En fait, au moment d’écrire les paroles, il se passait beaucoup de choses dans nos vies et autour de nous. Les incendies faisaient rage ici en Californie, l’air était pollué d’une lourde et épaisse fumée… Le climat et le contexte était vraiment apocalyptique. Donc, l’album a été écrit au milieu de cette vague de chaleur. À côté, l’album a été particulièrement imprégné par la perte d’un de nos amis et d’autres faits du passé… 

Comment travailles-tu avec Kerry McCoy, ton acolyte de toujours ? 

J’adore travailler avec lui, pas qu’avec lui, mais aussi avec tous les autres membres du groupe ! Je veux dire, en termes de créativité, le groupe n’a jamais été aussi soudé qu’en ce moment. KerryChris (Johnson, basse), Shiv (Mehra, guitare) avons passé beaucoup des heures et des heures à travailler sur les paroles et les lignes de chant ensemble. On s’est envoyé beaucoup de fichiers et nous invitions à revoir certaines parties. On voulait vraiment être satisfaits avant d’enregistrer la moindre piste. C’était vraiment le pied. J’estime que, plus Deafheaven sera amené à développer son identité sonores, plus nous serons à l’aise au sein du groupe. 

Que peux-tu nous au sujet de la pochette de l’album ? Que représente-t-elle ? 

En fait, les paroles font toutes référence à la couleur bleue. J’ai principalement écrit les paroles de l’album tôt dans la matinée, et j’ai vite eu le sentiment que cette couleur irait de pair avec la musique que nous écrivions. Pour la pochette, elle représente tout simplement un spectre audio d’un des morceaux de l’album. On pensait qu’il serait ingénieux d’en faire une pochette d’album…

Deafheaven partira en tournée américaine à partir du 15 octobre prochain. Qu’en est-il de l’Europe ? Quand allez-vous nous rendre visite ? 

L’année prochaine, enfin, si tout va bien. Mais on reviendra, c’est sûr. Après avoir perdu une année, la seule chose à laquelle nous aspirons, c’est de réaffirmer notre passion pour le « live », donc attendez-vous à nous voir à un moment donné ! 

Savez-vous déjà si le prochain album sonnera comme Infinite Granite ? Reviendrez-vous à des sonorités plus « dures » ? 

Pour être honnête, pour le moment, je n’en ai aucune idée. On se penchera sur le prochain album après la tournée. En général, c’est à ce moment-là que tout se joue. Pour le moment, c’est toujours un mystère ! 


Deafheaven, c’est : 

George Clarke : chant  

Kerry McCoy : guitare  

Daniel Tracy : batterie  

Shiv Mehra : guitare  

Chris Johnson : basse 

Discographie :

Roads to Judah (2011)

Sunbather (2013)

New Bermuda (2015)

Ordinary Corrupt Human Love (2018)

Infinite Granite (2021)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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