Beaucoup avaient oublié à quel point un festival de trois jours était éprouvant. Une véritable épreuve en quelque sorte ! Et pourtant, l’équipe d’Heretik Magazine, bien qu’à bout de souffle, n’a pas dit son dernier mot et compte bien profiter de cette dernière journée comme il se doit en assistant à un max’ de concerts possibles, tout en s’autorisant quelques pauses. Ainsi, naturellement, nous nous sommes tournés vers les formations dont on était sûrs qu’elles feraient la différence en cette dernière journée. Parmi elles, il y avait Loudblast, Evil Invaders, Artillery, Amenra, Wiegedood, et surtout Kreator, dernier headliner de ce week-end bien chargé ! 

Par Axl Meu (avec la superbe participation de Thomas Deffrasnes)

Crédit photos : Moris DC


On est vraiment fatigués. Et donc, quoi de mieux qu’un réveil en mode « guinguette » pour nous remettre en jambes ? C’est ce que nous propose Russkaja. Malgré son heure de passage, le groupe de Ska autrichien n’a aucun mal à faire danser la foule. Même si le concept peut parfois faire sourire, Russkaja nous a tout de même démontré une certaine maîtrise de la musique, une maîtrise à toute épreuve ! En effet, après une mauvaise chute dans le circle-pit, le groupe s’arrête spontanément de jouer et propose au public de venir en aide à un festivalier. Et afin d’apporter un peu de légèreté, guitariste, trompettiste et saxophoniste nous baladent sur un air de Jazz. Un soupçon de diversité musical qui n’est pas de refus, et qui nous faire émerger ce dimanche sous de beaux auspices. 

(Thomas D.) 

De l’autre côté, il y avait Loudblast. Véritable institution chez nous en France, la formation lilloise se produit pourtant pour la première fois de son histoire à l’Alcatraz Festival. Ce qui justifie sans doute ce placement en bas de l’affiche. Pour nous, voir Loudblast en 2021, c’est surtout retrouver une bande de têtes connues (il y a même Jacou, bassiste de Black Bomb A, venu remplacer Fred Leclercq de l’autre côté avec Kreator) venues présenter quelques morceaux de son nouvel opus Manifesto, déjà paru en fin 2020. Mais qu’on soit clair, si le nouvel album passe bien, ce sont surtout les classiques de Sublime Dementia et « Cross The Threshold » qui ont réveillé les ardeurs des festivaliers. Bref, ça fait clairement du bien par où ça passe. Loudblast, tu reviens quand tu veux à l’Alcatraz ! 

Après cette session « Death Metal », on retrouve After All qui évolue lui dans un registre plutôt « Heavy / Thrash ». La formation Belge fera une bonne impression. C’est classique, sans prétention et efficace. Le temps d’une petite session « shopping », nous apercevons Sloper, formation de Rock assez singulière, se produisant du côté de la Swamp. En fait, elle se démarque du simple fait qu’elle est composée de deux batteurs (dont Mario Goossens, le batteur de Triggerfinger !). Ensembles, les musiciens peuvent donc, à la guise, proposer leur propre définition du mot « Rock’n’Roll » entre quelques soli de batterie. 

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Mais pour nous, le Rock’n’Roll, c’est surtout une histoire de poil, de vitesse, de hargne et de violence. Vite, nous prenons place devant la Prison Stage pour la nouvelle performance d’Evil Invaders, porte-parole de la nouvelle scène « Speel Metal » européenne. Il faut dire que chacune de ses prestations est un événement en soi. Actuellement sur la préparation du successeur de Feed Me Violence, le quatuor, affûté comme une lame à rasoir, ne nous offre peut-être pas d’avant-goût du prochain album, mais nous remet tout de même les pendules à l’heure avec ses classiques (« Mental Penitentiary », « Feed Me Violence », « Stairway to Insanity »…) qu’il s’enchaîne à vitesse grande V. Seul regret néanmoins, l’absence de « Witching Hour » de Venom dans la setlist, pourtant habituellement interprété. 

On enchaîne avec Artillery. De retour avec son dixième album, X, la formation danoise compte bien marquer les esprits avec sa recette « Thrash » dont elle seule a le secret. Pourtant, pas de bol pour elle, elle rencontre quelques problèmes d’ordre technique à mi-chemin, ce qui a pour conséquence de tuer l’ambiance (le concert est malheureusement stoppé net). Pourtant, ça avait bien démarré avec les classiques de By Inheritance et Terror Squad. Bref, c’est un poil décevant. À revoir ultérieurement. S’il y a bien une formation qui ne déçoit jamais, c’est Raven. La formation, que nous avions interviewée l’année dernière dans le cadre de la sortie de Metal City, est de retour en terre d’Alcatraz avec la promesse de nous botter le cul, tout simplement. Ce qu’on aime chez eux, c’est non seulement leur musique mais aussi leur simplicité (peu de musiciens assurent eux-mêmes leurs balances…). Pour cette nouvelle performance, ils nous ont réservé un set « old-school » axé sur des titres tirés de leurs albums phares, Rock Until You DropWiped Out et All For One, tous interprétés dans la joie et la bonne humeur, le groupe nous avouant même ne pas avoir répété pour ce concert… Et pourtant, c’était parfait. 

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Une atmosphère Doom et voilà que le charismatique Martin van Drunen s’approprie la scène avec l’intention de casser des nuques : « Today we are here to play fuckin’ Death Metal », et rien d’autres ! Et malgré cette annonce qui en fait frémir plus d’un, Asphyx entame son set avec « The Nameless Elite », titre issu du dernier album Necroceros, pourtant efficace sur CD, mais qui ne fera pas toujours l’unanimité sur scène. Il faut attendre « Death the Brutal Way » pour que le ton se corse. Et lorsque la voix soufflée et caverneuse de Martin vient scander « Deathhammer ! », le public ne peut qu’en faire l’écho. Les Néerlandais finiront sur le très classique « Last One On Earth », sans doute un écho subtil à la situation que nous traversons… 

(Thomas D.) 

Du Glam Metal d’Eclipse au Black Metal de Marduk, il n’y a qu’un pas… Plus on approche la Swamp, plus les visages se souillent de noir, plus la démarche gagne en sérieux. Dès les premiers accords, la foule sait déjà qu’elle s’apprête à scander « Werwolf ! ». Le son des sirènes se répand et les BPM commencent à virevolter. Il faut dire que Simon Schilling « BloodHammer » a déjà plus d’une fois démontré son savoir-faire ! Mais c’était aussi pour nous l’occasion de découvrir le nouveau bassiste Joel Lindholm, qui succède à Magnus « Devo » Andersson. Et on peut dire qu’il n’a pas volé sa place tant il est impressionnant sur scène. Le regard hargneux et sa nonchalance contribuent à la figure misanthropique et guerrière de Marduk. C’est d’ailleurs avec les titres tels que « Frontschwein » ou encore « Slay the Nazarene » que la formation prend toute son envergure. Le set a l’audace de revisiter largement la discographie de Marduk et ce, pour notre plus malin plaisir.

(Thomas D.)

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Jinjer… Doit-on encore présenter cette étoile montante de la scène Metal alternative ? Adoubée par les uns, détestée par les autres, la formation n’en reste pas moins solide. Elle nous est tout dernièrement revenue avec un nouvel album, le solide Wallflowers, qu’elle a défendu à hauteur de deux morceaux (« Mediator », « Vortex ») en cette fin d’après-midi ! Le reste, c’est du solide avec du Micro et du Macro (et son superbe « Judgement (& Punishment) »), et il n’y a que jeter un bref coup d’œil à la fosse, particulière embrasée, pour se rendre compte que la formule du groupe (à base de Djent et de Pop) ne laisse pas indifférent. Il faut dire que les Ukrainiens s’évertuent à placer la barre haut à chacune de leurs représentations : c’est carré, net, précis… Les musiciens n’en loupent pas une. Les mauvaises langues ont beau de ne pas aimer, la qualité est au rendez-vous. Jinjer, dans le cadre de ce nouveau show, nous a prouvé par A + B qu’elle n’avait rien d’une formation opportuniste ! À la place de Vio-Lence, on a droit à… Freedom Call. Autant dire que pour ceux qui ne jurent par le Thrash, c’est la douche froide ! Pourtant, les festivaliers ne boudent pas leur plaisir et se rendent tout de même sous la Swamp se prendre une petite claque « Happy Power Metal ». Simple comme bonjour, la formation aura plu jusqu’à l’ultime et gros classique du groupe, l’entêtant « Land of Light ». 

Quel plaisir de retrouver Doro à l’Alcatraz Festival ! À vrai dire, elle se sent un peu comme chez elle dans ce festival, non ? Habituée de Courtrai, la « Heavy Metal Queen », tout en charisme et en voix, nous propose aujourd’hui un set principalement axé sur son répertoire « old-school » : de nombreux classiques de Warlock y sont interprétés (de « I Rule The Ruins », « Burning the Witches » en passant par l’ultime classique « All We Are », accompagnée par une jeune fan qui, disons-le, a la classe ! »). Bref, positive à bloc, en variant les intonations (on pensera l’enchaînement « Für Immer »/ « Blood, Sweat and Rock ‘n’ Roll »), Doro a tout simplement flirté avec la perfection en ce début de soirée. Merci Doro pour cette belle leçon de Heavy Metal !

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Après la superbe découverte de Stake (formation de Post-Rock atmosphérique à suivre), nous sommes allés nous faire remonter les bretelles avec Bark qui, pour notre part, s’est avéré être une belle alternative à Eluveitie (qui semble toutefois avoir rencontré un succès monstre auprès de ses partisans). 

Amenra tient une place particulière dans l’histoire d’Heretik Magazine. C’est l’une des formations avec laquelle nous avions ouvert le bal en 2017 lors du lancement de notre magazine… Alors, pas question de manquer une de ses performances, même en festival. Car, oui, la configuration scénique ne se prête pas trop bien à l’immersion que nous propose Amenra, venu défendre son nouvel album, De Doorn : les moments d’accalmie sont particulièrement gâchés par les nombreux bavardages… On accuse le coup, et nous faisons de notre mieux pour saisir l’essence de son art : cette fameuse musique torturée sur fond oppressant qui a fait sa renommée. Bref, au bout de nombreuses tentatives, nous arrêtons tout et partons plutôt que prévu joindre les abords de la Prison Stage où Kreator se prépare. 

Kreator en tête d’affiche, ça se prend ? Oui, surtout que la formation allemande n’a pas lésiné sur les moyens pour s’offrir le meilleur decorum possible, pourtant assez secondaire à nos yeux, même si ça a de la gueule ! On est surtout là pour se tartiner la poire, et mais aussi voir Fred Leclercq qui fait ses débuts scéniques avec le groupe. Chose promise, chose faite : la formation, bien résolue à rattraper le temps perdu, lance les hostilités sur le super « Violent Revolution » pour ensuite embrayer sur « Extreme Aggression » et « Phobia ». Tout est réglé comme du papier à musique, parfaitement agencé, même si Fred semble rencontrer des problèmes de retour à un moment donné. Par grave, ça ne joue pas sur l’intensité de ce concert qui rendra un hommage frappant à Joey Jordison et à Riley Gale pendant « Fallen Brothers » avant tous nous cloués le bec sur « Flag of Hate » et « Pleasure To Kill », tous deux interprétés sous une pluie de confetti. La rumeur disait donc vrai : THE KREATOR HAS RETURNED

Pendant ce temps-là, c’est dans le cadre intimiste de la Morgue que se produit Wiegedood. Et quel plaisir de voir deux formations de la Church Of Ra se succéder (Amenra, puis Wiegedood). Des petits soucis techniques auront retardé de 20 minutes le début du concert. Mais lorsque le trio démarre, c’est une véritable tempête de riffs black qui éclate ; à mi-chemin entre l’épique et le nihilisme, Wiegedood nous perd dans son dédale « De Doden Hebben Het Goed ». Deux guitares avec des textures de son différentes, qui apportent cette signature singulière et pallient l’absence de basse. Le cri juste et glaçant de Levy Seynaeve embrasse parfois les moments de silence ; véritable instant de poésie atrabilaire. Et du fait du retard technique, certains titres fer de lance de Wiegedood tels que « Svanesang » auront été avortés. Ce qui nous donne d’autant plus envie de les revoir…

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Tout simplement incroyable. L’Alcatraz Festival a tout simplement réussi à tirer son épingle du jeu là où beaucoup ont échoué : organiser une édition qui tient la route en période de pandémie, où tous ont pu apprécier des concerts et surtout, vivre « comme « avant » ! Bravo ! On en reparlera dans 10 ans !

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