Leprous est sans l’ombre d’un doute la formation de Metal Progressif la plus emblématique de ces dernières années. Il faut dire qu’elle a su combiner prouesses expérimentales et sensibilité pour un résultat profond et authentique. Après un Pitfalls à fleur de peau, Einar et sa bande nous reviennent avec Aphelion, un opus expérimental qui renferme bien des secrets… Nous avons essayé d’en savoir un peu plus en compagnie du chanteur.

Propos d’Einar Solberg (Chant, Claviers) recueillis par Axl Meu


Salut Einar ! Comment te portes-tu en ce moment ? Comment as-tu vécu ces derniers mois ? 

Plutôt bien. En fait, nous ne sommes jamais vraiment arrêtés. Nous avons donné des concerts en ligne et avons continuellement composé… Finalement, on peut dire que nous avons réussi à tirer profit du temps qu’on avait à notre disposition pour créer. Tout simplement. 

Oui, vous avez profité de tout ce temps libre pour composer ce nouvel album, Aphelion. Avant, j’aimerais tout de même parler de Pitfalls. Quel regard portes-tu à l’égard de cet album ? Si je me souviens bien, cet album avait pour objet la dépression et l’anxiété… Est-ce que tu te sens mieux depuis ? 

Oui, quand même. Je vais bien mieux depuis… Mais tu sais, quand l’anxiété et la dépression ont fait partie de ton quotidien, il est difficile de réellement passer outre. Finalement, cette maladie a laissé des traces en moi. J’ai appris à faire avec, à adopter des stratégies pour ne pas me laisser dominer par tout cela. Aujourd’hui, je vais bien mieux. 

Cependant, je ne dirais pas que Pitfalls est différent par rapport à nos autres albums. Chaque album de Leprous est fort de sa propre identité. Si un morceau n’est pas « heavy », ça nous va également. On reste ouvert. Cependant, je dirais que « The Sky Is Red » est le morceau le plus lourd de notre répertoire. Quand tu écoutes ce titre, tu te rends vite compte qu’il est particulièrement lourd. En tout cas, je suis particulièrement satisfait de cet opus. 

Est-ce que tu peux me présenter ce nouvel album, Aphelion ? Que devons-nous savoir à son sujet ? Au départ, vous vouliez faire un EP pour faire patienter vos fans, mais finalement, vous avez opté pour un album…

Pour faire court, je dirais qu’Aphelion couvre toutes les époques du groupe. Varié, il représente bien le groupe : il est libre et ouvert.

« Running Low » ouvre l’album. Je dois avouer avoir été étonné par tes vocalises. 

Oui, nous voulions que ma voix introduise l’album, pour ensuite déboucher sur un ensemble progressif et riche. C’est un morceau qui a beaucoup de caractère ! « Running Low » est carrément le type de morceaux que tu peux reconnaître facilement et ce, dès les premières mesures. C’est important pour moi, surtout que, comme tu dis, c’est le premier morceau de l’album. Il se doit d’être fort et reconnaissable.  

Les vocalises d’« All The Moments » sont très progressifs. Elles ressemblent à des incantations… Comment as-tu travaillé sur ces parties ? 

C’est l’un de mes morceaux préférés de l’album. Il ne devait pas exister au départ. C’est juste que nous étions au studio en train d’enregistrer « Castaway Angels » et que nous avions encore du temps à tuer au studio, donc, naturellement, j’ai proposé aux autres membres du groupe de créer un morceau et de l’enregistrer sur le tard. L’idée était au départ de se focaliser sur les différentes sections, car nous ne savions pas encore si nous allions avoir le temps d’y arriver à bout. Finalement, j’ai enregistré mes parties de chant et j’y ai par la suite collé des passages de piano improvisés. En vrai, ce morceau est très important pour moi dans le sens où il est vraiment libre, intuitif et surtout, très différents par rapport à ce que nous avions déjà proposé par le passé. 

Plusieurs sessions d’écriture et d’enregistrement vous ont permis de venir à bout de cet album. Néanmoins, on a régulièrement l’impression que chaque morceau communique ensemble. Je pense particulièrement à l’enchaînement « All The Moments » / « Have You Ever ? ». 

C’est un peu une coïncidence… Je n’ai pas écrit « Have You Ever ? », mais finalement, il se trouve qu’il suit particulièrement bien avec « All The Moments ». En fait, ce qui est vraiment intéressant avec cet album, c’est que, bien que nous ayons tout composé lors de différentes sessions d’écriture, certains donnent l’impression de communiquer ensemble, comme tu dis. En général, nous procédions toujours de la même manière, mais là, chaque chanson est vraiment unique ! 

« Aphelion couvre toutes les époques du groupe. Varié, il représente bien le groupe : il est libre et ouvert.« 

Toi qui composes majoritairement pour le groupe, dans quel état d’esprit te trouvais-tu quand tu as abordé l’écriture des morceaux ? Je pense notamment au morceau très expérimental « Silhouette »…

Chaque morceau a sa propre histoire… En fait, nous avions déjà écrit et – en partie – enregistré « Silhouette » depuis un moment. Il devait figurer sur Pitfalls, mais finalement, il était tellement différent des autres morceaux que nous avions décidé de le mettre de côté et d’attendre.

(complément d’interview proposé par Valentin Sappy) Ce qui est intéressant, oui, c’est que vous avez profité de plusieurs sessions pour composer et enregistrer cet album. Il me semble que vous avez même collaboré avec vos fans pour un morceau. Duquel s’agit-il ? 

Tor Oddmund Suhrke (Guitares, Backing-vocals) : De « Nightime Disguise ». C’est le dernier morceau que nous avons composé pour l’album en février dernier. Et nous avions organisé une session privée avec nos fans… On faisait en fonction de leurs requêtes. Ils sont plutôt du genre à aimer l’expérimental, donc… Il nous ont conseillés sur les indicateurs de mesure, les tempos et ainsi de suite. Cette collaboration s’est étalée sur 6 jours, et c’est un peu drôle, car nous nous sentions vraiment observés, un peu comme s’ils étaient « Big Brother’. Cette chanson n’aurait jamais été la même sans l’apport de nos fans. Je dois dire que c’est ma préférée ! Et qui sait, quand nous la jouerons sur scène, peut-être que, dans le public se trouveront des fans qui auront participé à l’écriture de ce morceau.

Quid de la pochette ? Que représente-t-elle ? 

Einar Solberg : Elle représente un individu bloqué dans un espace clos. Bien sûr, on fait allusion à la situation actuelle et les différents confinements qui ont rythmé notre quotidien ces derniers mois. Là, cet individu se retrouve seul et ne peut pas partir d’où il est. Il est vraiment bloqué et privé de sa liberté. Ce qui lui reste à faire, c’est d’explorer son fort intérieur. 

Einar, on te connait également pour tes collaborations avec Ihsahn d’Emperor. Est-ce que l’on peut dire que vous vous inspirez mutuellement ? 

Oui, on travaille régulièrement ensemble. Nous voyons vraiment les choses de la même manière. Certes, nous n’écoutons pas les mêmes choses, mais nous nous enrichissons mutuellement. D’ailleurs, nous avions pris beaucoup de plaisir à travailler ensemble sur son dernier EP, Pharos, sur cette fameuse reprise de A-ha, « Manhattan Skyline ». 

Il y a une tournée qui arrive… 

Oui, d’ailleurs, nous serons en concert le vendredi 22 octobre au Metronum de Toulouse, le dimanche 5 décembre à l’Elysée Montmartre à Paris et au Ninkasi Gerland de Lyon. D’ailleurs, j’ai hâte de fouler la scène de l’Elysée Montmartre ! La première fois que nous nous y sommes produits, c’était en 2010, nous ouvrions pour Therion. C’était juste avant l’incendie… J’ai vraiment hâte de voir à quoi la salle rénovée ressemble. 


Leprous, c’est : 

Tor Oddmund Suhrke : Guitares, Backing-vocals

Einar Solberg : Chant, Claviers 

Baard Kolstad : Batterie 

Simen Daniel Børven : Basse 

Robin Ognedal : Guitare

Discographie : 

Tall Poppy Syndrome (2009) 

Bilateral (2011) 

Coal (2013) 

 The Congregation (2015)   

Malina (2017)  

Pitfalls (2019)  

Aphelion (2021)

A propos de l'auteur

Axl

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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