La fin de la trilogie des vents laisse désormais place à un nouvel album. Trois années plus tard, Aorlhac revient avec Pierres Brulées, un album passionnant et surprenant qui s’inscrit néanmoins dans la même lignée que ses prédécesseurs ! Après déjà 15 ans d’existence, il est temps de voir où en est le groupe auvergnat et ce que nous réserve ce dernier opus. Spellbound et NKS m’ont fait le plaisir de répondre à mes interrogations

Propos de Spellbound (chant) et NKS (guitare) recueillis par Alan Dujardin.


Comment vous sentez-vous à la sortie de cet album ? Êtes-vous fier du chemin parcouru ?

Spellbound (chant) : Si tu remontes à 2007, au tout début du groupe, il y a eu une évolution assez nette. Depuis notre album, L’Esprit des vents, on a franchi un certains pallier qu’on a voulu confirmer assez vite avec Pierre Brulées. On est surpris et très content du résultat. Le projet nous tient tellement à cœur que 15 ans après on est toujours là.

NKS (guitare) : C’est une fierté, car on avait le sentiment d’avoir atteint les sommets avec l’Esprits des vents et ressortir quelque chose aussi rapidement, c’était nécessaire pour nous. On ne voulait plus prendre autant de temps pour dévoiler un album. On s’est mis une pression pour tenir les délais.

Comment s’est passés la release-party à Clermont-Ferrand ? Ça fait quoi de retrouver ses fans après tout ce temps ? 

Spellbound : Bien que nous ne nous produisions pas, on a lancé un appel aux fans auvergnats et même de plus loin à venir célébrer la sortie de l’album. On a la chance qu’un ancien membre « live » du groupe tienne un bar. Donc, c’était l’occasion parfaite. Il était rempli… On a vendu des albums… Il y avait une bonne ambiance, on ne pouvait pas rêver mieux. Aller voir les fans en dehors des concerts dans ce cadre-là, ce fut une réussite.

NKS : C’était aussi l’occasion de se revoir nous les membres du groupe car nous habitons tous à des endroits différents donc ce n’est pas facile de se voir. Échanger sur les thématiques sur les concepts de l’album, c’était quelque chose d’intimiste. Notamment car tout le monde a joué ses parties sur cet album, ce qui est la première fois dans l’histoire du groupe.

Spellbound : Pouvoir se retrouver alors qu’on ne s’est presque pas vu pendant l’enregistrement de l’album, c’était déjà une soirée réussie. Bilan très positif.

Le son est bien plus chaud. Est-ce faire écho aux volcans d’Auvergne que vous dépeignez sur l’artwork ?

NKS : C’est un parti pris, car habituellement je m’occupe de la production. Sur Pierres Brulées, on a voulu faire confiance à un vrai ingénieur son. J’avais l’impression d’avoir atteint mes limites, je voulais pleinement me concentrer sur les parties de grattes.

Spellbound : Cette production-là convient totalement à l’album même si ça crée le débat. 

NKS : On voulait un son qui puisse rendre hommage à chaque membre du groupe. Aorlhac est vraiment devenu un groupe « live » depuis 2018. 

« J’ai encore la chance d’habiter dans le Cantal, tu croises un tas de pierres, des ruines, et tu sais qu’il s’est passé quelque chose ! »

Quelle a été la ligne rouge dans la création de cet album ? Quels ont été les objectifs à atteindre ?

NKS : Pas vraiment d’objectifs, on a trouvé la bonne recette avec Spellbound depuis La Cité des vents. Tout est bien préparé d’un point de vue instrumental mais en parallèle le chant doit être viscérale, vivant, pas préparé et instinctif. 

Spellboud : Il est hors de question de maquetter quoique ce soit. J’arrive avec mon micro, je bois des bières et je gueule ce que j’ai à gueuler avec quasiment rien de préparé. L’objectif en lui-même était d’enfoncer le clou vis-à-vis de l’esprit des vents comme une sorte de continuité alors qu’en même temps on sort de cette trilogie. Le but était de simplement faire le meilleur album possible.

NKS : C’était important de créer quelque chose ensemble. Faire du Aorlhac tout en tirant partie de chacun.

Spellbound : On a eu beaucoup de changement de line-up depuis le début du groupe. Désormais chacun joue son rôle de musicien ce qui est une plus-value. On est devenu un vrai groupe, car NKS devait parfois jouer la batterie ou la basse sur les anciens projets. On n’avait jamais eu cette relation de membre qui parte sur la route. C’est une belle expérience.

Est-ce que vous délaisser l’aspect médiéval de la « trinité » des vents pour quelque chose de nouveau ?

NKS : C’est mitigé. La conception de l’album fut rapide et instinctive. C’est surtout un objectif de faire un album à jouer en live, donc hormis l’interlude, on ne voulait pas surcharger d’éléments acoustique qu’on aurait dû « sampler » en live. Ça ne veut pas dire qu’on a tiré un trait là-dessus.

Spellbound : Je ne pense pas qu’il est vraiment d’éléments prépondérants médiévaux ou folklorique dans Aorlhac. On a toujours privilégié l’aspect frontal et direct des guitares et du chant. Les textes et les thèmes de cet opus se départissent des thématiques des anciens albums. Ici, on parle moins de figures locales ou de référence historique.

Le titre « Nos Hameaux Désespérés » me rappelle un peu Jour Pales, Spellbound aurait-il influencé ce morceau ?

NKS : Oui et non. (rires) Il y a toujours eu beaucoup d’influences qui sont très large. Je fais partie de l’école thrash, Black Nordique et Death. Peut-être qu’inconsciemment, vu que Spellbound se lance dans ce genre de projet, mais ce n’est pas dû à la création de Jours Pâles.

Spellbound : J’ai accueilli cet arpège avec grand plaisir car il y a toujours eu un aspect mélancolique dans le groupe. Si je dois résumer, NKS est influencé par des groupes comme Emperor, moi c’est plus le Rock dépressif suédois du genre Lifelover et là on s’est peut-être retrouvé sans vraiment y penser dans nos influences. Jours Pâles n’a pas le monopole sur les arpèges mélancolique. (Rires) On ne réfléchit pas. On y va direct.

NKS : C’est notre petit côté Paradise Lost qui ressort. (Rires)

Vous avez décidé de re-signer avec Les Acteurs de L’Ombre Productions. Pourquoi ? Ils vous ont d’ailleurs créé une sublime box.

Spellbound : La courbe ascendante d’Aorlhac est lié à sa signature chez Les Acteurs de L’Ombre Productions, label qui a édité L’esprit Des Vents. On a eu que deux propositions après sa sortie. Les Acteurs de l’Ombre Productionsest une équipe de passionné, on avait aucune raison d’aller ailleurs. Gérald et son équipe effectuent un travail excellent pour nous.

NKS : C’est le label qui nous convient le mieux, qui a fait beaucoup pour nous, qui propose plein de contenu. Ils sont à l’écoute et nous ont apportés énormément d’opportunités scéniques.

Spellbound : Ce côté polyvalent du label permet de faire évoluer les groupes

NKS : On a une relation de confiance. Le but c’est d’avoir des produits de qualité et une visibilité, pas gagner de l’argent. Ils trouvent toujours plein de bonnes idées notamment la box que tu mentionnés. Ils proposent des produits en rapport avec la thématique. On reste chez eux et on va rester chez eux.

Spellbound : La fameuse box que je pensais à 500 euros, oui. (Rires) C’est un super beau produit avec des objets propres et uniques à cette box. D’ailleurs, je souligne un bel effort sur le digipack avec un vernis translucide qui donne du relief sur la lave. C’est du détail, mais pour le mec qui veut un bel objet ou pour le collectionneur, c’est vraiment important.

Votre musique rend hommage à la culture de votre région…

Spellbound : On a un crédo depuis le début qui est : l’amour du terroir; revaloriser, mettre en exergue des histoires ou des dossiers, comme j’aime bien les appeler, de nos régions. Tu prends Victor de Mornac, peu de « métalleux » peuvent te dire qui il est. Peu importe les critiques, peu importe les ennemies, on fait notre truc. On s’est ce qu’on fait, on sait où on va. 

NKS : On a un regard respectueux sur nos aïeux. On a fait le groupe à trois avec SpellboundAshcariot, qu’on ne cite pas souvent, qui faisait en plus histoire de l’art, donc il était dans son élément. On en parle sans chauvinisme. On est dans un pays qui renie un peu ses origines. Et pourtant, on est dans des contrés où il y a tellement de choses à dire et des histoires à raconter. Pourquoi ne pas parler ce qui nous entoure ? Il n’y a aucune provocation, on ne va pas s’adapter à quoi que ce soit. Nous restons sur notre lancée.

On a un crédo depuis le début qui est : l’amour du terroir; revaloriser, mettre en exergue des histoires ou des dossiers, comme j’aime bien les appeler, de nos régions.

L’Auvergne et l’Occitanie sont vos berceaux, vos sources d’inspiration. Au delà de ses aspects purement historiques, pourquoi en êtes-vous si attachés ? 

NKS : C’est un contenu infini. On a toujours de quoi écrire pour le prochain album. Ce qui me touche et me fait plaisir, ce sont les personnes qui cherchent à comprendre les textes et les histoires que l’on retrouve dans nos chansons. Ce n’est pas que de la musique, les gens lisent le livret. J’ai encore la chance d’habiter dans le Cantal, tu croises un tas de pierres, des ruines, et tu sais qu’il s’est passé quelque chose !

Spellbound : On ne connait pratiquement que ça. J’adore voir d’autres lieux, mais on est absolument liés à notre région, on aime tout ici. La musique est aussi importante que le texte. Je vois dans les commentaires que ça touche les auditeurs.

Quelles sont les dates les dates à venir ? Comment appréhendez-vous la scène après tout ce temps ? 

NKS : On est très confiants et très impatients. C’est comme le vélo en fait, ça ne se perd pas. (Rires) 

Spellbound : On vraiment hâte d’enfin remonter sur scène, partager ses moments intenses avec le public. On a pour l’instant Le Ferrailleur à Nantes le 15 octobre et le Night Fest Metal XI en Belgique le lendemain.

Il y a de nombreux groupes qui s’inspirent de l’univers médiéval : Véhémence, Darkenhöld… Que penses-tu de cette vague ?

Spellbound : La scène Black Metal médiéval ne me touche pas tant que ça, même si je pourrais citer Léon de chez Antiq label avec ses différents projets que je trouve super qualitatifs. Je n’ai pas de connexion particulière avec les groupes qui pourraient être dans notre mouvance.

NKS : On n’a jamais voulu créer une communauté Black Médiéval pour faire des concerts ensemble, ni faire un « Big 4 médiéval ». (rires) On n’a pas une communauté soudée ou quoi que ce soit, mais ça ne nous empêche pas d’écouter et d’apprécier ces groupes.

Spellbound : Je ne sens pas qu’on soit affilié à une scène… Et je pense même qu’Aorlhac n’est pas du Black médiéval. On fait ce qu’on a à faire sans trop réfléchir. On est plutôt isolés. Ce ne sont pas vraiment les choses qu’on écoute tout le temps. Par contre, j’aimerais bien faire une date avec Lifelover ou Psychonaut 4, mais je ne suis pas sûr que le plateau Aorlhac et Psychonaut 4 fonctionnerait. (Rires) 

NKS : Si on fait une date avec Dissection et Emperor, je veux bien ouais, même si ça va être compliqué. (Rires) 

Je vous laisse le mot de la fin ! 

NKS : On te remercie Alan pour cette interview et tes questions pertinentes. On remercie vraiment Les Acteurs de L’ombre Productions, puis on espère faire des belles scènes et vivre de grandes choses. 

Spellbound : On a une envie avec ce groupe, celle de le porter le plus loin possible et le plus longtemps. J’avais 19 ans quand Aorlhac a été créé, on veut faire prospérer ce projet. Aujourd’hui, j’ai 34 ans et je suis au meilleur de ma vie en grande partie grâce au groupe. Quand je regarde en arrière et quand je vois ce qu’on vient d’accomplir, c’est une belle épopée, une belle aventure.


Aorlhac, c’est : 

NKS : guitare 

Spellbound : chant 

K.H. : batterie  

Ärvn : Guitare, chant 

Discographie : 

À la croisée des vents (2008)

La cité des vents (2010) 

L’esprit des vents (2018) 

Pierres brûlées (2021)   

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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