Il aura fallu s’armer de patience pour retrouver l’ambiance des festivals, l’Alcatraz Festival a donné le ton mi-août avec une édition parfaite qui a redonné le sourire. En cette mi-septembre, c’est du côté de Bomal-sur-Ourthe, en Belgique, que nous nous déplaçons pour assister à la 24ème édition du Durbuy Rock Festival. Reporté deux fois, le festival a tenu bon et réussi à organiser son week-end. Le pass sanitaire est obligatoire et permet de laisser tomber le masque et les distanciations.

L’endroit reste le même, la salle du Sassin au cœur d’un village qui panse encore les plaies des inondations de mi-juillet avec des dégâts encore apparents. Entre ces inondations et la pandémie, c’est un miracle de pouvoir assister au festival et la foule est dense en ce vendredi 17 Septembre pour l’ouverture des portes. Cette première journée débute à 17h15, il faut saluer ici d’ailleurs le parfait respect des horaires, élément fondamental pour un festival. L’organisation reste la même avec une alternance de concerts entre la scène intérieure, Le Sassin, et le podium extérieur, ‘Metal Art’, du même nom que l’excellent magazine de nos confrères belges.

Par Franck Lasselle 

Crédit Photo : Moris D.C.


C’est Insomnia qui a l’honneur d’ouvrir les hostilités et de mettre fin à 18 mois de silence musical. La formation belge a vu le jour au milieu des années 90 et proposait un Thrash entre Slayer et Pantera. De retour depuis 2015, il a proposé nombre de prestations brûlantes, dont une ici même en 2019. il a depuis engagé un nouveau batteur, Adrien également membre de Drakkar. En ce début de soirée, il propose une prestation old school. Le groupe dispose de 25 minutes, mais il va parfaitement les exploiter. Devant une foule fournie et dans une ambiance qui ne va cesser de monter, il va balancer cinq bombes Thrash teintées d’un groove 90’s. Entre « Love », « Master Of Territory » et « Insomnia », il ne fait pas de quartiers. Fred est un parfait frontman, il va chercher le public au plus prêt des barrières et son ton aiguisé fait merveille. On savoure un ton puissant mais teinté de mélodie. Le final avec « Destruction » et « Regeneration » est explosif. Fred par un bon speech met le feu à foule et les titres font le même effet. Ce concert a été un joli plongeon dans le passé montrant qu’à cette époque la scène belge était déjà riche.

(Au moment où nous bouclons, nous apprenons la disparition de Fred, leader du groupe. Nous adressons nos condoléances à sa famille et ses proches, NDLR)

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Après cet uppercut, le podium extérieur se lance avec Droit Divin. Vainqueur du tremplin de Ittre il évolue dans un Stoner groovy teinté de bourbon qu’on penserait sorti d’un film américain avec de longs trajets en voitures sur des autoroutes interminables. Ce jeune trio va faire honneur à sa sélection et proposer un concert chaleureux et vivant avec la classe de vieux briscards ayant roulé leur bosse. La prestation est courte mais parfaitement tenue. Avec une voix éraillée travaillée au whisky, un groove typique à la guitare, une part d’alternatif pas loin d’un Therapy? et une dose de psychédélisme le groupe a ravi le public. Au détour d’un speech sympa, chacun a pu ressentir le bonheur des musiciens d’être sur scène dans un festival renommé. Avec cette prestation pleine de chaleur, Droit Divin a confirmé les espoirs placés en lui. Il sera intéressant de suivre son parcours tant il a montré un potentiel certain pour grimper les échelons très rapidement.

À l’intérieur le ton va changer avec l’arrivée d’Hybridism. Le quatuor œuvre dans un Metal progressif instrumental à la sauce Djent. Cela aurait pu faire peur à certains mais la bonne humeur affichée par le groupe qui exprime sa joie d’être là va contribuer à la réussite du concert. D’entrée avec « Animal As Led Us », le ton est donné, ça joue avec une technique maîtrisée. Entre les deux guitaristes et la section rythmique les amateurs de djent se régalent. La suite est toute aussi réussie. Bien sur il faut encaisser ce tourbillon de notes mais le public est attentif personne ne perdant une miette de la démonstration. Celle-ci n’est pas stérile, le quatuor montre de la virtuosité mais évite la surenchère en aérant ses chansons en laissant de la place à des mélodies efficaces. Hybridism est jeune mais talentueux, on conseille aux amateurs de Progressif et de Djent de pencher une oreille sur lui. Il a proposé une prestation brillante qui a ravi la foule.

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Dehors, un premier gros morceau s’avance ensuite avec Sidilarsen. La foule est dense pour accueillir des Toulousains habitués des lieux. Tellement dense qu’il sera parfois délicat de se frayer un chemin pour approcher la scène. Il faut dire qu’entre Indus, Metal et Rock le groupe met le feu partout où il passe. Après une intro assez spatiale et une plus Indus, le groupe lance les hostilités avec « A Vif ». D’entrée, un wall of death se déclenche dans une ambiance dingue. On sent l’envie de chacun de se lâcher et d’oublier une période compliquée. Le titre est une claque de Metal industriel porté par le chant clair et puissant d’un David possédé. On pense à Prodigy ou Nine Inch Nails avec une force en plus venant du chant en français. La claque va continuer de plus belle avec « Money Game » ou « Retourner La France ». David bien accompagné au chant par Benjamin font un effet bœuf et l’ambiance est énorme. La suite avec « God’s Got Guns » et son message pour les Afghans, « On Va Tous Crever », un énorme cri de guerre ou « Comme On Vivre » est intense. Le groupe colle une claque à tout le monde et confirme sa force pour un métal industriel de tout premier ordre. Le final avec « Des Milliards » achevant une prestation de haute volée servie par un groupe toujours au message terriblement actuel.

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Après cette baffe, la scène intérieure accueille Saltatio Mortis. C’est un privilège de retrouver le groupe, phénomène en Allemagne où il attire des foules immenses, dans un cadre plus intimiste. Avec un Rock teinté Folk et médiéval sachant se faire métallique, il met le feu partout avec un esprit festif remarquable. Dès l’intro, l’ambiance est énorme, le public réserve au groupe un accueil royal. Visuellement le groupe en jette avec des cornemuses, de la vielle à roue, du bouzouki et autres. Passé cette belle intro Folk, le groupe met le feu avec « Bring Me Zurück ». Les musiciens sont parfaitement coordonnés et chacun apprécie le côté entraînant et puissant du titre. La fête est folle et la suite avec  « Wo Sind Die Clowns » puis « Dom Im Ohr », elle va devenir encore plus délirante. Alea est un parfait frontman qui sait chauffer un public et qui n’hésite pas à aller au contact. Les deux titres portés par son chant éraillé sont des belles claques folk entraînantes et dansantes. Avec des titres courts et directs le groupe fait un carton et va enchaîner les titres et cartonner. Avec « Loki », « Heimdall », « Für Immer Jung » et l’énorme tube « Hypa Hypa », il ne fait pas de quartiers et enflamme un public furieux. Le final avec « My Mother Told Me » ou « Nie Wieder Alkohol » va être parfait avec un esprit Folk festif irrésistible. Saltatio Mortis a fait honneur à son statut avec un concert de haute volée, il a chauffé un public prêt pour une suite qui s’annonce explosive.

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Avec No One Is Innocent, nous passons de la fête à l’engagement. Il n’est guère utile de présenter ce pionnier d’un Rock français qui sait bouger les foules avec un esprit de révolte ancré en lui. La scène extérieure est étroite tant la foule est dense et celle-ci explose dès l’explosive intro. Porté par un Kemar toujours aussi charismatique, le groupe va balancer un concert d’une incroyable force. « Doberman » puis « Silencio » posent le ton. La première est une claque de Heavy teinté d’alternatif avec un Kemar au ton abrasif possédé par ses paroles. La deuxième a ce pur groove 90’s pas loin de RATM avec des paroles engagées. Avant « Nomenklatura », Kemar remue le public avec efficacité, le titre restant d’une rare pertinence plus de 20 ans après sa sortie et son ton Thrash a fait son effet. Extraites du nouvel album, « La Caste » et « Forces du Désordre » montrent que le groupe n’a rien perdu de sa qualité d’écriture avec un côté groovy et des textes engagés. « La Peau » met le feu, ce titre antique n’a pas pris une ride, son refrain intense est hurlé par une foule en communion avec le groupe. Tout aussi engagé et intense, « A la Gloire du Marché » fait mal avec un côté Thrash costaud. Après un excellent « Ali (King Of The Ring) » No One met le feu avec la reprise de « Bullet In The Head », le titre lui allant comme un gant avec son discours offensif. Le final va être explosif. « Charlie » est un hommage poignant aux victimes des attentats. Enfin avec le puissant « Chile » et « What The Fuck » en duo avec Niko de Tagada Jones le concert se conclut parfaitement. Kemar et ses camarades montrent une forme impressionnante et les chansons font leur effet avec des textes en forme de cri de révolte. En ces temps troublés savourer un concert de No One Is Innocent fait du bien à l’âme. Engagé contre le populisme et le racisme, il confirme son statut de porte drapeau du Rock français.

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Après ce cri de révolte la tête d’affiche de la journée est attendue avec impatience. Alestorm a déjà mis le feu en 2015 et 2018 et les fans ne sont pas lassés. Le merch’ a été pillé et la salle est blindée avec un public prêt à faire la fête. L’intro pose le ton et les hostilités se sont lancées avec « Keelhauled ». L’ambiance est délirante, la folie gagne un public qui évacue avec bonheur tant de frustrations. Parfait concentré de piraté Metal mélodique le titre est met le feu avec une belle mélodie Folk et un côté Speed irrésistible. Derrière le groupe va enchaîner les hits. Il sort pour la première fois « Treasure Chest Party Quest », un énorme moment porté par un clavier au top et fait un carton avec le classique « Mexico ». Avant ce hit repris en chœur par le public dans un bel esprit de communion Christopher ne cache pas sa joie d’enfin revenir sur scène. La salle est chauffée à blanc et « The Sunk’n Norwegian » ne va pas calmer les ardeurs. Véritable chanson à boire, elle permet de fêter l’anniversaire de Gareth Murdock dans un esprit Folk Metal le tout dans une ambiance de folie. En fond de scène le canard, emblème du groupe trône fièrement confirmant le côté délirant du groupe. La suite avec « Shipwrecked », « Alestorm » et « Tortuga » est fabuleuse. Entre Heavy et Folk le groupe met le feu avec des titres directs portés par des refrains irrésistibles. Christopher communique souvent avec la foule et semble comme possédé totalement entraîné dans la folie de l’instant. Cette dernière partie va être énorme avec « 1741 », « Magnetic North » ou « Captain Morgan’s Revenge » qui sont de fiers représentants d’un Folk Metal débridé. Un wall of death furieux se lance dans une ambiance totalement délirante. Les rappels vont être intenses, « Drink », « Pirate Metal Drinking Crew » et « Fucked With An Anchor » forment un trio génial. Chacun savoure un pur Folk Metal qui invite à la fête et à boire. Alestorm est venu et a vaincu, il laisse un public heureux et lessivé qui a savouré cette prestation sans s’économiser un seul instant.

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La fête n’est pas finie. Après cette folie furieuse, les survivants sont de retour dehors pour le final de la scène Metal Art. Avec Tagada Jones ils vont retrouver un ton engagé, rebelle et incisif dans un esprit teinté d’Alternatif et de Punk. Après une intro idéale pour poser l’ambiance, le groupe déboule et balance un énorme « A Feu et à Sang ». Pure claque entre Metal et Punk, il met le feu à un public bien présent et motivé. Niko vit ses paroles avec intensité et hurle sa rage. Après une rapide présentation, la hargne se fait encore plus forte avec « Nous Avons la Rage ». Ce cri de révolte renvoyant à la crise des gilets jaunes est une claque Punk qui fait mal. Après ce début parfait le groupe va enfoncer le clou. L’accueil du public est royal et l’ambiance brûlante malgré le froid extérieur. Cri de rage pour la liberté d’expression « Je suis Démocratie » est une autre claque au refrain intense dans un pur esprit Punk. La suite va s’avérer toute aussi puissante et intense. Avec « Le Dernier Baril », « La Peste et le Choléra », « Nation To Nation » ou « Le Feu aux Poudres » Tagada Jones ne fait pas de quartiers. Entre Rock, Metal, Punk et avec une pointe d’Indus, il montre une forme insolente avec à sa tête un Niko enragé qui ne cesse de remuer un public qui ne ménage pas sa peine. Ce concert cri de colère va s’achever avec d’autres chansons porteuses de messages d’actualité. Avec « Vendredi 13 », « Elle Voulait Pas » et le final sur l’intense « Mort aux Cons » le groupe se fait revendicatif en porte parole de toute une génération qui veux faire bouger les choses. Tagada Jones a fait impression avec cette prestation intense. Il confirme sa grande forme et a marqué les esprits.

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La journée a été bien remplie mais elle n’est pas finie. Il reste le dessert d’after show avec  la venue de Baraka. Formé en 2005 du côté de Braine l’Alleud, la formation est un OVNI musical qui vient présenter son Belgian Fritcore avec une féroce envie de s’amuser mais aussi de tout démolir. Décrire la formation n’est pas simple. Il faut imaginer des musiciens au look digne d’un épisode de Strip Tease jouant un mélange de Hardcore et de Metal avec une pointe de Death et quelques breakdowns. Le tout avec un sens du délire total avec des chansons aux titres improbables dans une bonne humeur certaine avec un côté fait maison. Les amateurs sont au rendez-vous, le groupe joue en terrain conquis en ayant mit le feu ici en 2019. Ils sont massés devant la scène et prêt à faire la fête mais aussi à en découdre férocement. Le moment qui va suivre va être totalement fou, dansant, furieux et festif. Pogos, wall of death et slams vont s’enchaîner, et ni la fatigue ni l’alcool ne semblent pouvoir freiner les ardeurs. Après une intro décalée, le groupe débarque et enchaîne deux grosses baffes avec « Binouze » et « French Cancore ». Entre Grind et Hardcore et porté par un gros son le groupe donne une bonne claque. Il cherche un public qui lui répond bien. Et le délire avec « Le monde fou de Tex Avery » au milieu ajoute à la folie ambiante. Le mélange est dansant et le public savoure le délire. Après un bien gras « Black Dahlia Burger », le groupe reprend Le Grand Jojo et son « Chef un petit verre on a soif ». Dans un état d’esprit alcoolisé, le titre passé à la moulinette hardcore dépote. La communion est totale avec un public rincé mais heureux de s’amuser ainsi. « Ma Kette » avec un bout de Lara Fabian repris en chœur fait son effet. Puis « Fritcore » et « Gueule de Bois » finissent le concert avec la même énergie hardcore teinté de Grind. Le groupe se retirant sur le mythique ‘Allumer le Feu’ de Johnny. Baraka achève la journée en beauté avec une sympathique touche de folie. Après un tel concert, l’envie de boire des pintes entre potes est dans la tête de tout le monde. Et on ne peut que conseiller d’aller faire un tour sur la page Youtube du groupe qui a eu la bonne idée de filmer le concert.

Cette première journée a été riche, le festival est lancé de manière idéale et il tarde à tout le monde de vite revenir pour une deuxième journée qui s’annonce encore plus explosive.

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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