On croirait rêver, mais c’est bien réel. Sortilège renaît de ses cendres à travers Phoenix, premier album de la nouvelle formation de Christian « Zouille » Augustin ! Les fans qui attendaient depuis si longtemps le retour du groupe dans les bacs peuvent enfin se réjouir et poser une oreille bien attentive sur les nouvelles interprétations de ses classiques. En quête d’informations sur ce qui l’a poussé à reformer ce groupe légendaire et sur ce qu’il nous réserve pour le futur – et en attendant la future performance que son groupe donnera au Splendid de Lille le 4 mars prochain -, nous sommes allés à sa rencontre.

Propos de Christian « Zouille » Augustin (chant) recueillis par Alan Dujardin 


Pourquoi avoir voulu rejouer du Sortilège après tant d’années ?

C’est avant tout l’engouement des fans et le concert du tribute à Sortilège au Petit Bain (Paris) (datant du 19 avril 2019, NDLR), au cours duquel j’ai été invité à chanter deux chansons, qui m’ont poussé à remettre la machine en marche. Aussi, notre futur label-manager, conscient du potentiel du groupe, nous a dit qu’il fallait absolument faire quelque chose, qu’on ne devait pas laisser le public comme ça ! (rires) Donc, il m’a convaincu de re-signer pour un bail.

Comment as-tu composé ce nouveau line-up de Sortilège ?

À la suite de plusieurs essais. La sélection des membres n’a pas été simple, car j’ai dû à la fois penser à la scène et au studio. Les musiciens se doivent d’avoir un bon niveau technique que ce soit sur scène ou en studio, ce qui n’était pas vraiment le cas au début de la reformation. Il m’a semblé évident d’intégrer Bruno Ramos dans le groupe, car il connaissait les morceaux par cœur depuis longtemps. Ensuite, je suis un ami de longue date d’Olivier Spitzer qui est guitariste. Je l’ai recruté. Désormais, il est un des compositeurs du groupe et aussi le directeur musical de l’album à venir. Il m’a présenté le bassiste Sébastien Bonnet du groupe Zuul FX. Ce dernier a proposé à Clément Rouxel, batteur, de venir jouer dans Sortilège, et il a tout de suite accepté. Ça a été très rapide. Dans le milieu de la musique tout le monde se connaît, donc les nouvelles vont très vite.

Comment avez-vous sélectionné les chansons à réinterpréter pour cet album d’auto-reprises ? 

Nous avons tout simplement repris les titres qu’on jouait sur scène à part quelques-uns, car ça aurait fait un album trop long. On avait le choix entre 16 morceaux. Nous avons pris les plus simples à reproduire. On a décidé avec la maison de disques de faire 12 morceaux et d’en ajouter deux nouveaux. 

Rejouer ces morceaux avec une nouvelle identité, c’était une façon pour vous de vous réapproprier le projet tout en donnant ta vision de ce que doit être Sortilège aujourd’hui ?

Ce n’est pas notre idée, mais celle de notre maison de disques qu’on avait conviée à une listening-session des maquettes. On nous a dit que c’était génial et qu’il fallait sortir ça. Nous, au départ, c’était uniquement à titre indicatif pour montrer ce qu’on pouvait valoir au niveau de la production et de l’enregistrement. le label a tellement été emballé qu’il voulait absolument qu’on les mette sur un album. Il n’y a ni eu de marchandage, ni de discussion, ça a été fait d’un commun accord très rapide.

Est-ce que Phoenix est le point de départ d’une nouvelle aventure pour Sortilège ? 

Nous avons plein de projets ! Déjà les concerts, le premier en Hollande, ensuite au festival de Vouziers, puis en décembre la Belgique… Enfin, il y aura la tournée européenne de trois semaines qui débute au mois de mars, le concert parisien reporté au 15 avril 2022 et la belle date du Hellfest. Puis, l’Amérique latine comme l’Uruguay, les pays de l’Est et le Japon qui nous tendent les bras !

Pourquoi Sortilège est-il autant connu à l’étranger ?

Je vais te dire que c’est une vraie surprise pour moi. J’étais parti dans un état d’esprit : « Ouais, on ne vend pas assez, on ne peut pas vivre de ça donc j’arrête pour aller bosser » mais je ne savais pas, sans vendre des millions d’albums, à quel point on avait pu marquer notre époque et je ne m’en rends compte que maintenant. Des fans qui ont de 50 à 60 ans qui nous disent qu’ils ont toujours été fans, qu’ils nous écoutent depuis le début. Certains d’entre eux attendaient que l’on se reforme depuis un moment ! Et la grosse surprise du chef, ce sont les jeunes ! Les gamins de 18, 20 ans, tu vois, c’est fou de voir à quel point notre musique touche différentes générations… Et on ne s’en rendait pas compte à l’époque. Maintenant, si. Que ce soit en Suède, en Grèce ou sur la croisière 70. 000 Tons Of Metal, tu t’aperçois que les gens connaissent les paroles phonétiquement… Ils chantent tous les refrains. C’est incroyable ! On fait partie du patrimoine, on en est très fiers, et c’est pour ça qu’on a envie de continuer et de faire plaisir à tous ces gens qui nous ont soutenu toutes ces années.

« Les maquettes du nouvel album sont déjà enregistrées. Il s’intitulera Apocalypso. Il ne reste plus qu’à le réenregistrer pour faire les choses proprement : mettre des chœurs par exemple, et pour avoir le gros son comme on a sur Phoenix »

De quoi parle la chanson « Toujours Plus Haut » ?

Au premier degré, c’est l’histoire d’un oiseau né sans ailes qui, à force de volonté, a réussi à se faire accepter par sa communauté d’oiseaux. Ce dernier a développé le sens de la télépathie, ce lui qui lui permet de transmettre des images par télépathie aux autres oiseaux. Après, il y a le deuxième et le troisième degré. C’est une chanson qui s’adresse aux personnes qui ne sont pas comme toutes les autres. Ça peut être destiné à un aveugle, à quelqu’un qui est sourd… Si tu es capable de t’accrocher et de travailler, tu peux vivre une vie normale, même si tu n’es pas tout à fait comme les autres.

Le nouvel album va-t-il prendre la même direction que « Toujours plus Haut » et « Phoenix » ?

Oui, et pour te dire les maquettes du nouvel album sont déjà enregistrées. Il s’intitulera Apocalypso. Il ne reste plus qu’à le réenregistrer pour faire les choses proprement : mettre des chœurs par exemple, et pour avoir le gros son comme on a sur Phoenix. Il sera aussi diversifié avec plein d’autre surprises, comme le morceau éponyme qui sera du Doom, des morceaux plus Rock… Pour moi, ça va être l’album de Sortilège, car il couvre un maximum de genre de Metal, et c’est intéressant de faire ce mélange avec ma voix et mon style mélodique. J’ai hâte qu’il sorte celui-là, on en est particulièrement fiers. Il comptera neuf à dix titres.

Comment procédez-vous pour l’écriture des chansons ? Tout le monde a son mot à dire ? L’idée de base vient de toi ?

Ça se passe toujours de la même façon. Un guitariste me propose une structure, des accords. J’écoute. Il me vient alors la mélodie, une trame, et ensuite une histoire. J’ai une image qui m’évoque la chanson. Je vais prendre comme exemple la chanson « Les Valkyries » qui figurera sur le prochain album. Tout de suite, ce qu’on m’a proposé m’a fait penser à la légende des valkyries, ces femmes qui allaient sur les champs de bataille pour recueillir les soldats les plus courageux morts au combat pour les emmener au Valhalla. Tout de suite, le riff très « Maiden » m’a fait penser aux valkyries. Ensuite, quand j’ai le thème, je chante « en yaourt » pour ensuite le faire sonner en français avec une histoire. Ça s’est toujours passé comme ça.

Les paroles me font penser à « La Hargne Des Tordus » qui a la même thématique.

C’est exactement ça ! Ça prouve que le message passe. (Rires) Ces gens ont le droit d’avoir les mêmes droits et le même respect que les autres.

Ta voix ayant radicalement changé, n’as-tu pas craint de « dénaturer » l’âme-même du groupe ?

Non, je n’ai jamais eu peur. J’ai toujours foncé dans la vie. J’y vais et on voit après. (rires) Au départ, j’étais aidé par Lynda Basstarde (chant, basse, Furies, NDLR). Elle m’a permis de prendre confiance en moi, de retravailler ma voix et de faire comprendre que ma voix ne serait plus comme avant… Donc, j’étais totalement décomplexé. Ça a plutôt bien marché quand tu regardes avec le travail… Je suis quand même arrivé à de sacrées performances. Si ça se fait tant mieux. Si ça ne se fait pas tant pis, je vois ça comme un jeu. Je ne vais pas mourir demain si Sortilège ne marche pas, tu vois, j’ai un métier à côté.

Peut-on s’attendre à des réédition des deux premiers albums ? Aujourd’hui, ils sont très prisés et se revendent à plus de 100 euros.

Je pense que oui. Tout à l’heure, le patron de chez LGL Productions (à l’origine des premières rééditions sorties chez Axe Killer Records, NDLR) est venu me voir pour me dire que ça le bottait toujours de rééditer les albums, qu’il avait toujours les bandes et que nous pourrions remasteriser l’ensemble pour sortir quelque chose de sympa. Au départ, on ne pouvait pas, car nous étions en bisbille avec l’autre partie de Sortilège, mais maintenant, il n’y a plus de frein. N’importe qui a le droit de rééditer les albums à partir du moment où les royalties sont déversées aux auteurs-compositeurs. Donc, on va sûrement le faire d’ici peu, car il y a de la demande.

Je te laisse le mot de la fin.

Le mot de la fin, c’est celui qu’il y a dans « Phoenix » : « N’abandonne jamais ». Allez jusqu’au bout de vos passions, laissez votre cœur, vos tripes parler. Si ça ne marche pas, ça ne marche pas, mais ne lâchez pas le truc.


Sortilège, c’est : 

Christian « Zouille » Augustin : Chant 

Stéphane « L’anguille » Dumont : Guitare 

Didier « Des » Demajean » : Guitare

Daniel « Lapin » Lapp : Basse 

Jean-Philippe « Bob Snake » Dumont : Batterie 

Discographie :

Sortilège (EP-1983)

Métamorphose / Metamorphosis (1984)  

Larmes de Héros / Hero’s Tears (1986)

Phoenix (2021)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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