La formation de Death/Black ukrainienne, 1914, repart en campagne avec un nouvel album, Where Fear and Weapons Meet, sorti tout dernièrement via Napalm Records. L’occasion pour nous de rencontrer Ditmar Kumarberg, son chanteur, qui, en plus d’être un frontman aguerri, s’avère être un fin connaisseur de son époque historique de prédilection, à savoir la Première Guerre Mondiale.

Propos de Ditmar Kumarberg (chant) recueillis par Axl Meu


Salut ! Est-ce que tu pourrais, pour commencer, me présenter le groupe ? Pourquoi avez-vous décidé de vous consacrer à la Première Guerre Mondiale ? 

Je déteste cette question ! (Rires) Comme tu dois t’en douter, j’aime beaucoup l’Histoire et surtout celle de la Première Guerre Mondiale. Cependant, je n’aime pas l’acte de guerre en tant que tel, mais plutôt les faits historiques qui ont un rapport avec la guerre. À titre personnel, j’ai déjà visité de nombreux lieux en rapport avec cet événement de l’histoire, comme le mémorial de Verdun, mais aussi les champs de bataille de la Marne… Je me sers de toutes ces visites pour nourrir mes morceaux et l’univers de 1914. Comme beaucoup, j’ai grandi avec la Première Guerre Mondiale. On peut dire qu’elle fait partie de mon histoire personnelle. 

Vous jouez donc d’un Blackened Death Metal...

Oui. Voilà. Je ne pense pas que le Stoner retranscrirait bien l’horreur de la guerre… (Rires) Le Power Metal ? Mouais. Même si on a déjà un groupe qui le fait, un groupe sur lequel je ne préférerais pas m’étendre ! (Rires) Bref, notre style de musique donne une image claire de ce qu’était la guerre à cette époque. À l’image de notre musique, la guerre était boueuse et puait le désespoir, la peur, et tout un tas d’autres sentiments en lien avec la Mort. Et à mon sens, seuls le Black Metal, le Death Metal et le Doom Metal réunissent les conditions permettant de faire un bon album sur la Grande Guerre. 

Est-ce que tu peux me présenter ce nouvel album, Where Fear and Weapons Meet ? En quoi est-il différent de The Blind Leading the Blind, paru en 2018 ?

The Blind Leading the Blind parlait de la Mort, du désespoir… Chacun des personnages auxquels je faisais allusion sur l’album sont tous morts. Là, sur ce nouvel album, c’est différent. Les personnes qui font l’objet de mon récit ne sont pas mortes au front. Ils sont tous rentrés chez eux en héros. C’était aussi important pour moi d’aborder la guerre sous cette angle, même si la pochette de l’album sous-entend l’inverse. Elle représente un soldat recouvert de boue, de sang. Il voit sa vie défiler devant ses yeux, mais finalement, la Mort refuse de l’emporter et lui fait comprendre qu’il mérite de vivre. 

Est-ce que tu as consulté des archives pour écrire les paroles des morceaux ? Je pense notamment à celle de « Vimy Ridge (In Memory of Filip Konowal) »…

Bien sûr. Je me documente énormément. Au cours de mes visites, je prends soin de rapporter le maximum de documents. Chez moi, j’ai des livres français, belges et allemands portant sur la Grande Guerre. Bien sûr, ici aussi, en Ukraine, nous avons nos propres documents qu’il me plaît de consulter. Aussi, je regarde beaucoup de films, je lis des mémoires… La Grande Guerre ne m’a pas encore livré tous ses secrets. Je continue de creuser !

« seuls le Black Metal, le Death Metal et le Doom Metal réunissent les conditions permettant de faire un bon album sur la Grande Guerre »

Est-ce que tu peux m’en dire plus sur ce morceau « Corps d’autos-canons-mitrailleuses (A.C.M) » ? 

Écoute, l’histoire racontée dans cette chanson est totalement dingue. Elle raconte l’itinéraire dingue de 300 soldats belges envoyés en Russie pour renforcer le front de l’Est. Ces soldats sont partis de chez eux en vélo, sont arrivés à St-Pétersbourg, puis à Kiev, puis en Galicie. Ce n’est qu’à ce moment qu’ils ont commencé à se battre contre l’ennemi, en étroite collaboration avec l’armée russe. Finalement, ils ne sont restés que deux ans sur place. Après ça, les Bolchevik ont pris le pouvoir en Russie et en Ukraine, mettant un terme à l’engagement des Russes. Mais la guerre n’était pas finie pour autant. Finalement, ces soldats ont refusé de reprendre les armes et ont décidé de s’en aller du côté du Caucase, puis en Mongolie, puis en Chine et sont retournés du côté de la Russe pour prendre le Chemin de fer transsibérien. Arrivés en Alaska, ils ont décidé de faire le tour des États-Unis pour ensuite revenir en France à quelques mois de la fin de la guerre. À leur retour, ils ont été acclamés comme des héros… Peu sont au courant de cette anecdote. Je ne comprends pas pourquoi elle n’a pas fait l’objet d’un film ! J’espère que cette chanson permettra à nos fans d’en savoir plus à son sujet ! 

Quelques commentaires au sujet de votre reprise d’Eric Bogle, « The Green Fields of France » ? 

Peut-être que tu es au courant, mais la version originale de cette chanson est sans doute l’une des chansons anti-guerre les plus connues de notre temps. Je l’adore. Elle est forte d’une « vibe » celtique, raison pour laquelle j’ai décidé d’y incorporer de la cornemuse au début. Je l’ai tout simplement reprise à ma manière et d’y inclure des parties de Sludge, de Death Metal, puis de Black Metal… Enfin, le morceau se conclut à la manière d’un morceau de Funeral Doom…

Votre nouvel album est scindé en deux parties distinctes séparées le morceau « Cowards », une piste acoustique. 

Oui, c’est un morceau de Folk. Il est placé stratégiquement au milieu de l’opus. La première partie de l’album évoque l’espoir, tandis que la deuxième, la mort… Cette chanson reprend les gimmicks de celles que chantaient les soldats dans les tranchées. Je m’en suis tout simplement inspiré ! 

Pensez-vous que la situation actuelle vous permettra de défendre votre album dans les mois, voire semaines qui viennent ? 

En ce moment, vu l’état du monde, nous ne savons pas encore ! On espère ! J’espère que 1914 pourra prendre la route le plus vite possible. D’ailleurs, nous avons déjà quelques dates en prévision pour l’année prochaine. Il me semble que nous nous produirons sept ou huit fois en France, mais c’est encore à confirmer !


1914, c’est : 

5.Division, Ulanen-Regiment Nr.3, Sergeanten – Vitalis Winkelhock : Guitares 

9.Division, Grenadier-Regiment Nr.7, Unteroffiziere – Armin fon Heinessen : Basse 

37.Division, Feldartillerie-Regiment Nr.73, Wachtmiester – Liam Fessen : Guitares 

2.Division, Infanterie-Regiment Nr.147, Oberleutnant – Ditmar Kumarberg : Chant 

33.Div., 7.Thueringisches Inf.-Reg’t. Nr.96, Gefreite – Rusty Potoplacht : Batterie 

Discographie : 

Eschatology of War (2015) 

Für Kaiser, Volk und Vaterland ! (EP-2016)   

The Blind Leading the Blind (2018) 

Where Fear and Weapons Meet (2021)  

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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