Il aura fallu attendre plus de trente ans pour qu’ADX prennent le temps de travailler sur la version française de Weird Visions, album culte – et désormais introuvable – au destin malheureusement tragique. Alors, plutôt que de vous entêter à retrouver l’original, penchez vous sur ce « reboot » moderne et bien efficace : Étranges Visions, attendu pour la semaine prochaine. Phil Grélaud, le chanteur de la formation, nous a tout dit à son sujet.

Propos de Phil Grélaud (Chant) recueillis par Axl Meu


ADX revient enfin avec la version française de son album culte, Weird Visions, originalement paru en 1990. J’imagine que vous l’avez renregistré pour ses trente ans… 

Non, pas forcément. C’est juste une coïncidence. Avec tout ce qui s’est passé dernièrement, nous avons tout simplement eu assez de temps pour enregistrer la version française de l’album. 

Personnellement, je ne m’attendais pas à voir ADX revenir avec cet album, sachant que vous n’avez pas pu défendre Bestial, votre dernier album en date, paru l’année dernière, sur scène. 

Disons que ça faisait pas mal de temps que l’enregistrement de la version française de Weird Visions était dans les tuyaux… Là, on a décidé d’arrêter la promo de Bestial. Ce n’était plus la peine d’inonder le public avec ça… On a eu l’opportunité de retravailler et le temps de retravailler les morceaux de Weird Visions, et il se trouve que le résultat nous a plu. Donc, on a décidé de tout ré-enregistrer. Tout simplement. 

Weird Visions est un album assez particulier pour ADX. Aujourd’hui encore, c’est le seul album de votre répertoire à avoir été chanté et interprété en anglais. Dans quel contexte l’album était-il sorti à l’époque ? 

Le contexte, il est très simple. À l’époque, nous avions été contactés par Noise Records. Ce label nous avait demandé de faire un album. Au départ, il était prévu qu’il sorte à la fois en version française ET anglaise. Nous avions voulu garder notre langue maternelle quoi qu’il arrive et enregistrer une version anglais pour « au cas où » intéresser un public plus large. Finalement, nous n’avions enregistré que la version anglaise, puis Noise Records nous a totalement laissé tomber… Du jour au lendemain, nous nous étions retrouvés sans label avec un album à défendre. Bon, nous avions quand même réussi à donner quelques belles dates et à partir en tournée avec Gamma Ray. Mais après, c’était tout. Beaucoup savaient qu’une version française de l’album était dans les papiers malgré tout et beaucoup nous le réclamaient. Trente ans après, il sort enfin. Weird Visions est devenu Étranges Visions. 

Sur ce « reboot », vous avez décidé de ne pas inclure votre reprise de « Kill The King » de Rainbow. Il aurait très bien pu devenir « Tue Le Roi » !

Oui, à l’époque, c’était un « bonus-track ». Mais bon, aujourd’hui, ces morceaux sont hyper-protégés et je ne pense que Richie Blackmore aurait voulu que l’on transforme ce morceau. 

Concernant les paroles d’Étranges Visions (les paroles en français), il me semble que tu les avais écrites en 1991. Les as-tu cependant retravaillées ? 

Oui, voilà. On avait déjà les paroles, que nous avons par la suite remaniées. De toute manière, que ce soit les guitares, les paroles, tout a été réactualisé. Pareil pour les lignes de chant… De toute manière, il y a certaines choses que je ne peux pas faire comme il y a trente ans, et je ne veux pas me mentir à moi-même. Il faut se mettre ça en tête. Donc, voilà, Weird Visions a été remanié, reconstruit et actualisé de sorte à créer un ensemble cohérent dont nous sommes tous fiers aujourd’hui.

Sur ce « reboot », il ne reste plus que Didier (Bouchard, batterie) et toi du line-up historique…

Il y a aussi Deuch, notre bassiste historique. Il intervient sur deux morceaux, « Sacrifié pour la Cause » et « Terre de Colère ». En fait, nous l’avions revu dans le cadre du PMFF où il avait été invité à se produire avec son groupe de Punk. Ça faisait dix ans qu’on ne s’était pas vus ! Nous lui avons tout simplement demandé s’il était intéressé à l’idée de jouer sur un ou deux morceaux sur l’album. Il l’était et a accepté notre proposition. Donc, il s’est rendu sur Paris et a fait ses prises de basse. On s’est bien amusés. 

« Weird Visions a été remanié, reconstruit et actualisé de sorte à créer un ensemble cohérent dont nous sommes tous fiers aujourd’hui. »

Que vos autres membres, relativement jeunes, ont-il apporté à ce « reboot » ? Comment se sont-ils réapproprié l’ensemble ? 

Ça s’est très bien déroulé. Nous leur avons laissé une part de liberté. Certains thèmes n’ont pas été retouchés, mais les solos, un peu. Ils se sont tous les trois bien amusés comme si c’était un nouvel album d’ADX ! La différence entre les deux opus se fait ressentir, même si certaines modifications ne s’entendent pas forcément. C’était assez intéressant, car ils ont leur style à eux, leur propres approches de la musique… 

La production est très moderne. Elle est à des années-lumière de ce que vous aviez proposé dans les années 90 et s’inscrit ici dans la continuité de l’album Bestial… Où Étranges Visions a-t-il été enregistré ? 

Au studio Sainte-Marthe en compagnie de Francis Caste. Il est devenu fan du groupe par la suite ! (Rires) Nous avons opté pour lui, car, comme tu le sais sans doute, il est tous les jours amené à travailler sur différents univers de son. On ne voulait pas d’un ingénieur qui ne fasse que dans le Metal, mais à la place quelqu’un d’ouvert, tu vois ? On s’est rendu compte par la suite que Francis était un ingénieur très ouvert d’esprit, très proche des musiciens avec qui il travaille.  Il n’a pas essayé de changer notre son, mais nous a donné des conseils pertinents ! Souvent, ses idées ont fait la différence. 

La pochette originale de Weird Visions a également subi un petit lifting. Et c’est Stan W. Decker qui s’en est occupé. Ce n’est pas la première fois que vous faites appel à lui. 

Non, c’est la quatrième fois ! On ne voulait pas trop dénaturer l’ensemble, garder l’idée de l’ancienne tout en l’améliorant. Donc, nous avons donné des idées à Stan qui, lui, est revenu avec les siennes. Après quelques propositions, il nous a proposé la pochette finale qui, au final, ne trahit pas l’originale. 

Il me semble que la version originale de Weird Visions est introuvable aujourd’hui. C’est un peu comme les premiers pressages de Sortilège qui ne se trouvent qu’à des prix exorbitants… 

Ça l’est encore plus pour Weird Visions, car il n’y a presque aucune trace de l’album. Noise Records a fermé boutique et je ne sais même pas si les bandes de l’album existent encore. Moi-même je n’ai pas le pressage original, c’est dire. Avec les déménagements, je ne sais plus où je l’ai mis ! Un jour, si tu le trouves à un prix correct, tu le gardes bien pour toi ! (Rires) 

Est-ce qu’il y a une volonté d’endiguer le marché noir en sortant la version française de l’album ? 

Non, non. Je ne suis pas du genre à encenser le marché noir, mais disons que c’est ce genre de petits trucs qui contribuent au côté « fan » de la musique. Certains objets ont plus de valeurs que d’autres, ça a toujours été comme ça chez les fans et les collectionneurs. Si certains sont contents d’avoir acheté un album rare, tant mieux pour eux. C’est leur plaisir à eux. C’est la pièce qui manque à leur collection. Après, il ne faut pas tomber dans le piège de la surenchère. Il faut rester raisonnable… Et parfois, sur Ebay, c’est du grand n’importe quoi. 

Est-ce qu’il y a d’autres albums d’ADX que tu voudrais réenregistrer à l’avenir ? 

Non. D’ailleurs, pour le cas présent, à savoir Weird Visions, ça faisait un moment que nous devions présenter la version française à nos fans. Et pour rien au monde je ne retoucherais les autres albums d’ADX. Ils sont très bien comme ils sont. Au fil de notre carrière, beaucoup m’ont dit qu’Exécution était un classique. Pourquoi en proposerions-nous une nouvelle version ?  

Beaucoup des groupes français qui chantent en français rencontrent un franc succès auprès des connaisseurs à l’étranger. Comment expliques-tu cela ? 

Écoute, je ne lance de fleurs à personne. Peut-être qu’il y a des qualités de composition, une certaine façon de voir les choses qui plaisent… Une fois tombés dedans, les gens continuent d’être fidèles, car ces groupes français auxquels tu fais allusion n’ont jamais essayé de faire autre chose que du Heavy Metal. En ce qui nous concerne, nous essayons toujours de nous améliorer. À priori, on y arrive. 


ADX, c’est : 

Didier Bouchard : Batterie

Phil Grélaud : Chant  

Julien Rousseau : Basse 

Nicklaus Bergen : Guitare

Neo : Guitare 

Discographie :

Exécution (1985) 

La Terreur (1986) 

Suprématie (1987) 

Weird Visions (1990) 

Résurrection (1998) 

Division blindée (2008)

Terreurs (2010)  

Immortel (2011)   

Ultimatum (2014)   

Non Serviam (2016) 

Bestial (2020)

Étranges Visions (2021)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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