Le renouveau de la scène Black Metal porte un nom et c’est Der Weg Einer Freiheit. Déjà remarquée et adoptée par la communauté Black, la formation n’en est pas à son coup d’essai et continue de redéfinir les contours d’un style qui n’a pas fini de nous surprendre. Et ce n’est pas Noktvrn, paru dernièrement chez Season Of Mist, qui nous fera mentir… Son principal compositeur, Nikita Kamprad, nous a accordé une interview à l’occasion de sa sortie

Propos de Nikita Kamprad (tous les instruments) recueillis par Axl Meu


Comment te sens-tu malgré la pandémie ? 

Je vais bien ! Le groupe de même. Je n’ai pas eu de contact sérieux avec le virus, ce qui est plutôt une bonne chose en soi. Après, je nous estime chanceux, car je ne dépends pas du groupe pour subvenir à mes besoins. J’imagine que la situation est particulièrement délicate pour toutes les autres formations qui vivent de leur musique. Nous, nous avons tous un job à côté, ce qui nous permet de relativiser. La crise sanitaire ne nous affecte pas tant que ça. 

Noktvrn est un album sensiblement différent par rapport à ce que vous aviez proposé sur Finisterre en 2017. Après m’avoir présenté ce nouvel opus, peux-tu me dire comment tu as abordé sa composition ? 

Je suis le compositeur principal de l’album, et du groupe… En fait, l’année dernière, au tout début de la pandémie, j’ai monté un nouveau studio d’enregistrement, ici, chez moi. J’avais besoin davantage d’espace pour m’exprimer, pour me retrouver. J’ai toujours tout composé, mais je n’avais pas toujours le bon matériel à ma disposition pour assouvir ma soif de créativité. 

Pour ce nouvel album, je me suis donc équipé en conséquence et, clairement, ça a affecté ma méthode de composition. Désormais, je peux même mixer des groupes depuis chez moi. Et là, pour ce qui est de Noctvrn, tout est allé plus vite. J’ai tout composé, tout envoyé aux autres membres. Une fois les morceaux prêts, nous avons dans un premier temps travaillé sur les pré-productions puis enregistré l’album dans des conditions « live ». Noktvrn est le premier album que nous avons créé ensemble. 

L’album commence sur l’instrumental « Finisterre II ». 

Je voulais tout simplement construire une passerelle entre Finisterre et ce nouvel opus. À l’époque, je m’étais servi de Finisterre pour exprimer une certaine anxiété. Rien n’allait et le climat était particulièrement anxiogène et surtout apocalyptique. Quatre années plus tard, rien n’a changé. J’ai toujours l’impression que quelque chose cloche sur cette fichue planète. C’est aussi pour cette raison que j’ai décidé d’inclure ce morceau « Finisterre » en ouverture. Cette piste est courte, mais permet de poser les fondements de ce nouvel opus. 

Une fois encore, Der Weg Einer Freiheit propose des morceaux intenses parfois plus hargneux, parfois plus doux. Comment as-tu équilibré ces différentes atmosphères ? 

Jouer sur ces contrastes a toujours été l’une des marques de fabrique de Der Weg Einer Freiheit. Dans la vie de tous les jours, il peut être difficile de trouver un bon équilibre. Le jour s’oppose à la nuit, la lumière à l’obscurité, et le bien au mal… Dans notre musique, c’est un peu pareil. Elle comprendra toujours des sections plus dures et d’autres plus « light ». J’essaie également de retranscrire cette dualité dans mes écrits tout en trouvant le bon équilibre entre les deux bords.

J’ai l’habitude d’écrire la nuit, et cela fait partie intégrante du concept de l’album. La thématique de la nuit revient régulièrement dans mes écrits. Et je voulais également apporter un peu ça sur la pochette : elle n’est pas tout à fait sombre. Tout n’est pas qu’ombre, il y a toujours une lueur d’espoir. Notre musique, comme notre pochette, illustre cette idée. 

La pochette est assez particulière. Elle a été réalisée par Max Loeffler avec qui vous aviez déjà travaillé par le passé… 

Oui, nous avions déjà travaillé avec lui pour Finisterre et Stellar. En fait, tout est venu de manière très spontanée. Pour ce nouvel opus, il est arrivé avec quelques esquisses qu’il nous a montrées par la suite. Nous avons tout suite accroché sur cet sorte de cadran qui passe de la lumière aux ténèbres et ainsi de suite. On peut vraiment l’interpréter comme bon nous semble ! 

« Dans la vie de tous les jours, il peut être difficile de trouver un bon équilibre. Le jour s’oppose à la nuit, la lumière du jour à l’obscurité, et le bien au mal… Dans notre musique, c’est un peu pareil. »

Certaines paroles sont en anglais. C’est une première pour vous ! Doit-on attendre que vous composiez plus de morceaux dans cette langue à l’avenir ? N’as-tu pas peur de perdre de vue l’essence du groupe en faisant cela ? 

C’est un risque, c’est vrai. On a quand même longtemps réfléchi avant de le faire. Ce qui faisait la spécificité de Der Weg Einer Freiheit à l’époque, c’était l’usage unique de la langue allemande. Le fait que nos paroles étaient exclusivement écrites en allemand invitait nos fans à s’intéresser à notre langue natale, à l’apprendre même ! Mais pour tout avouer, je ne suis pas toujours à l’aise avec. Elle ne se prête pas trop au chant clair… Plus au chant crié en fait. Raison pour laquelle nous avons essayé l’anglais pour « Immortal » et « Haven ». Les démos rendaient bien, donc, pourquoi ne pas concrétiser l’ensemble et évoluer ? 

Est-ce que tu peux m’en dire plus au sujet de « Haven ». Ce morceau est très posé, très calme… 

Ce morceau évoque l’idée d’un havre de paix, d’un endroit où tu peux te réfugier, te ressourcer et reprendre des forces. 

Quelques mots concernant « Gegen das Licht » ? Pourquoi l’avoir placé en avant-dernière position ? 

Ce morceau est particulièrement long. Il culmine à presque 12 minutes… En fait, quand j’estime avoir assez de morceaux, je réfléchis à la manière dont ils seront agencés dans l’album. Par exemple, « Finisterre II » nous amène progressivement à « Monument ». Tout se fait progressivement et naturellement, et les transitions sont soignées. Il faut avant tout donner l’impression que tous les morceaux se suivent ! Ce n’est pas évident, mais nous y parvenons à chaque fois. 

Quid des prochains concerts à venir ? 

Pour le moment, il est difficile de se projeter. Il y a trop de restrictions et cela nous empêche encore de programmer des dates à l’étranger. Nous aimerions bien partir en tournée et revenir en France, mais la conjoncture actuelle ne nous le permet pas encore. Pour le moment, nous pouvons encore nous produire à domicile, mais pas encore à l’étranger. 

Der Weg Einer Freiheit est l’un des représentants du Black Metal contemporain… Chez nous, nous sommes particulièrement fiers de Regarde Les Hommes Tomber et de The Great Old Ones, groupes que vous connaissez bien d’ailleurs.

Oui, la scène française est florissante en ce moment. J’adore aussi Deathspell Omega et Blut Aus Nord… 

Est-ce que tu t’inspires de ces groupes pour composer ? 

Non, pas tellement. Il y a quelques années, j’ai découvert le groupe Les Discrets. J’ai tout de suite adhéré à son esthétique… Son album, Prédateurs (paru en 2017 sur Prophecy Records, NDLR) est tout simplement génial. Il m’a beaucoup inspiré. Aussi, je dois avouer que j’ai un gros faible pour la discographie d’Alcest… Et que dire de Regarde Les Hommes Tomber Ascension est énorme. 


Der Weg Einer Freiheit, c’est : 

Nikita Kamprad : Basse, programmation batterie, guitares, chant 

Tobias Schuler : Batterie

Nico Ziska : Basse 

Nicolas Rausch : Guitare

Discographie : 

Der Weg einer Freiheit (2010)  

Agonie (EP-2011) 

Wacht / In die Weiten (EP-2012)   

Unstille (2012)

Stellar (2015)  

Finisterre (2017)

Noktvrn (2021)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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