Le Mass Deathtruction l’a échappé bel. Déjà repoussé, l’événement – enfin relocalisé dans la Ferme du Biéreau à Louvain-La-Neuve, en Belgique – a finalement pu souffler sa dixième bougie en très bonnes compagnie, à une époque marquée par une nouvelle salve d’annulations en masse et par le renforcement des mesures sanitaires. Seules conditions pour festoyer avec nos amis belges : montrer patte blanche à l’entrée, porter le masque à l’intérieur et boire, à l’extérieur. Ce qui n’a pas été un réel souci en soi. Nous avons tout de même pu apprécier les performances des groupes à l’affiche qui se sont partagées les deux scènes aménagées pour l’occasion (seul Slaughter Messiah manquera à l’appel pour raisons personnelles). 

Texte : Axl Meu / Crédit photo : Moris D.C.


Bliss Of Flesh amorce les hostilités sur la scène principale à 12h10 avec comme principal objectif, celui de défendre son dernier album en date, Tyrant. Ici, la scénographie est archi-millimétré et les protagonistes sur scène incarnent bien leur art, à l’instar de Necurat, habité, qui se plaît à jouer des scènes de la passion du Christ… C’est simple, ici, la performance ne laisse aucune place à l’improvisation : les transitions symphoniques donnent du relief aux compositions typées Black Metal matinées de Death Metal, et les protagonistes font un bon usage des artéfacts mis à leur disposition. Musicalement attractif, visuellement irréprochable, Bliss Of Flesh met la barre haut en ce début de festival. Excellent. 

Place désormais à Soul Dissolution, formation belge, venu présenter dans la pénombre de la deuxième salle un Post-Black atmosphérique metal assez scolaire : ça reproduit bien les gimmicks (aller/retours, atmosphérique planantes), mais ça manque cruellement d’originalité ! On passe à la suite !  

Bodyfarm est vite revenu nous remettre les pendules à l’heure ! Dernièrement remanié suite au décès brutal de son chanteur/guitariste, Thomas Wouters, la formation hollandaise a su se remettre sur pied en recrutant Ralph De Boer à la basse et au chant (Alex Seegers est alors passé à la guitare) et David Schermann à la batterie. Un changement assez conséquent donc ! Et pourtant, la formation nous livre un concert digne de ce nom, fidèle à tout ce que le groupe a toujours été. Malgré le caractère solennel du concert, Bodyfarm n’oublie pas qu’il est là pour mettre la fosse sens dessus dessous… Et naturellement, quand sont exécutés les superbes (et non moins ‘’groovy’’ « Manhunt », « Slaves Of War » – et on en passe), les fans ne se font pas priés et se rentrent littéralement dans le lard. Bref, c’était gras, pure et authentique. Excellent. 

Après le séance Grind « express » proposée par Mucus (qui a littéralement retourné la scène annexe avec son Grind pipi/caca), nous ne comprenons plus trop ce qui se passe. Nous apprenons vite que Sinister prendra le créneau de Groza en retard, car victime d’un vol de matériel à Bruxelles. Néanmoins, on nous confirme qu’ils sont sur la route et qu’ils prendront le créneau laissé vacant par Slaughter Messiah sur la petite scène. En attendant, le public en profite pour se désaltérer en extérieur (car rappelons qu’il était interdit de consommer à l’intérieur. Boire ou voir des concerts, il fallait choisir). Le nôtre a été fait : notre curiosité nous amène à voir Warhammer, combo de Thrash/Black grec, qui malheureusement ne fera pas l’unanimité. Partie avec de belles intentions, la formation, qui compte tout de même trois albums à son compteur, peinera à nous faire rentrer dans son univers. Il faut dire que la configuration n’aide pas. Évoluant à trois, la seule guitare du groupe se retrouve écrasée (et ne parvient pas à se relever). Résultat, c’est assez brouillon et l’ensemble reste globalement décevant. 

On se rattrape très vite avec Sinister qui n’est pas venu pour faire de la figuration. Même si le son dans son ensemble est un poil décevant, il reste agréable de voir une telle formation qui transpire la passion défendre son dernier opus en date, Deformation of the Holy Realm. En bon représentant de la scène Death Metal, les Hollandais enchaîne sans discontinuer les standards de son catalogue (« Sadistic Intent’, « The Carnage Of Death »…) et, à l’instar de Bodyfarm quelques heures plutôt, ravit les amateurs de sensations fortes qui, toujours masqués, s’en donnent à coeur-joie dans le pit ! Sinister nous a offert la deuxième claque de la journée, tout simplement ! 

Après Almost Dead et son Thrash Groovy (qui semble bien marcher dans la salle annexe) et la performance intense, mais un peu longue de Diabolical, nous retrouvons Putrid Offal. Bien rodés, les dignes de représentants de la scène Death/Grind nordiste (et hexagonale) et héritiers de Carcass, dans leurs habits de boucher, tirent le meilleur de leur répertoire (« Dura Mater », « Purulent Cold », « Let There Be Rot »…) et nous livrent un concert mémorable : le chant growlé de Franck est maîtrisé, et les rythmiques acérées parfaitement exécutées. Il n’en fallait pas moins pour nous donner un bon coup de fouet ! 

Par le temps de niaiser, on fonce de l’autre côté pour assister au concert d’Asphyx. Référence du genre, la formation hollandaise nous est revenue cette années avec Necroceros, un album de Death Metal classique, parfois plus lourd dans son approche, qui a fait l’unanimité au sein de la rédaction. Naturellement, l’album est défendu comme il se doit lors de concert généreux : Martin Van Drunen est en voix et encourage régulièrement les fans de musiques extrêmes à ne pas respecter la distanciation sociale. Il faut dire que les classiques « Deathhammer », « Forgotten War », « Scorbutics » se prêtent trop facilement au jeu du headbang’ et compagnie. Bref, jusqu’au final de « Last One On Earth », Asphyx a su divertir les amateurs de Death Metal. De notre côté, un seul petit regret. Le mix’ était assez désordonné. L’ensemble des instruments était noyé dans la basse…  

Malgré son retard, Groza compte bien faire bonne figure et faire oublier sa petite mésaventure. Ce que ses membres, dont les visages resteront occultés du début jusque la fin, feront avec brio. Auteurs d’un premier opus, The Redemptive End, les Allemands, à qui l’on reproche souvent de pomper (littéralement) leurs cousins polonais de Mgla, font pourtant bonne impression en proposant une musique de Black atmosphérique qui, si elle ne se démarque pas par son originalité, a le mérite d’être efficace et bien exécutée (malgré le contexte – rappelez-vous qu’ils ne jouent pas avec leur matériel). Bref, la prestation est de bonne facture et – malgré sa trop forte ressemblance avec le catalogue de MglaGroza nous a donné envie de suivre son aventure !  

On arrive déjà au gros morceau de la journée : Belphegor. Sans conteste la formation autrichienne la plus reconnue à ce jour. Et que dire si ce n’est que son décorum se fond particulièrement bien avec la charpente de la ferme ? Les artefacts sataniques (les deux croix inversées…) sont de sortie permettant alors à Helmuth (chant/guitare) d’entreprendre son rituel comme bon lui semble. Naturellement, puissance d’exécution et violence sans frein étaient les maîtres mots de ce concert qui nous a fait plonger dans les catacombes de Louvain-la-Neuve… Il faut dire que la prestation a brassé le meilleur du répertoire des Autrichiens pour nous plonger dans leur univers : « Stigma Diabolicum », « Lucifer Incestes », « The Devil’s Son » et bien sûr « Baphomet ». De plus, chose rare pour être soulignée : les balances étaient parfaitement équilibrées assurant alors un confort auditif digne de ce nom. Deux formations doivent encore se produire, mais il y a fort à parier que beaucoup retiendront la performance irréprochable de Belphegor

Après la performance amusante et potache des Grindcoreux de Gronibard (au cours de laquelle la formation a dévoilé le nom de son prochain opus, Regarde Les Hommes Sucer), nous retrouvons Batushka. Lequel ? On ne sait pas trop. Il faut dire que la formation polonaise n’a cessé de se multiplier ces dernières années suite au départ de son chanteur Bartłomiej Krysiuk en janvier 2019. Quoi qu’il soit, polémique ou pas, la performance livrée par les Polonais ne trompe pas. Les encensoirs sont de sortie, et la Ferme du Biéreau prend vite des airs des lieux de culte orthodoxe. Un sentiment vite renforcé lorsque les nombreux chœurs viennent épauler les riffs cycliques et saturés de son répertoire. Un peu redondant, mais une belle option pour finir la journée sur une belle note !

Bien que compromise, la journée n’a souffert d’aucun temps mort et a pu se dérouler « normalement ». On remerciera tout simplement Pedro (et toute son équipe) pour ce moment de convivialité placé sous le signe des musiques extrêmes.

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Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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